Dante's Inferno
Ricochet Releasing

Réalisateur: Sean Meredith
Année: 2007
Classification: NR
Durée: 78 minutes
Ratio: 1.77:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
8 juin 2008

En réinterprétant un des plus grands chefs d'œuvre que la littérature n'a jamais connu, le projet derrière "Dante's Inferno" aurait facilement pu s'avérer mercantile et inutile. Au contraire, l'animation est généralement réussie et imprévisible, mélangeant du vieux avec du neuf pour décrire une société toujours brûlante d'actualité.

Avec La bible et les écrits d'Homère, le triptyque de La divine comédie, écrit par Dante Alighieri entre 1314 et 1321, est une des pierres angulaires de la littérature. Cette odyssée au sein de l'être humain a survécu aux siècles tout en étant toujours étudiée de nos jours. Par le passé, les adaptations et les hommages ont été nombreux, avec généralement plus de succès que d'échecs. En 2007, quelques fantaisistes ont décidé d'adapter le premier tome en le métamorphosant dans la réalité quotidienne du 21e siècle, le tout avec des marionnettes dont il est possible de voir les fils!

Bien entendu, il ne faut surtout pas comparer cette animation à son modèle original. La transposition est sommaire et limitée, reprennent les faits importants en quelques 77 petites minutes. Le résultat détonne... et c'est généralement pour le mieux. À Los Angeles, Dante (voix de Dermot Mulroney) se réveille brusquement et il décide de suivre Virgil (James Cromwell) à travers L'enfer. Pendant leur long périple, les deux hommes découvriront des lieux souvent déstabilisants qui mettront leurs âmes à dures épreuves.

L'idée était casse-gueule et pourtant, elle tient généralement bien la route. La prose de Dante est universelle et ce monde en déconfiture représente généralement le réel. Ce lieu prend ici forme par la violence et la haine, la sexualisation à outrance et le mensonge, triomphant par l'égoïsme et se remettant en selle par ces affrontements nécessaires avec ses doubles. Au passage, il y a de multiples clins d'œil à la culture populaire, passant des Kennedy à Patsy Cline, de Dick Cheney à Barney le dinosaure! Ce capharnaüm d'entités et de songes tend parfois par saouler, surtout lorsque le réalisateur se prend pour Mike Judge avec cet humour primaire et même dégueulasse. Il évite cependant les extrêmes au sein de cette ode existentielle et philosophique.

En plus de parfaitement appuyer le propos, la forme embrasse parfois la poésie pour marquer les esprits. Les héros sont des marionnettes qui agissent dans des environnements préfabriqués tels du papier mâché. En épousant la pièce de théâtre avec ses transitions et ses tombées de rideaux, le récit se permet de nombreuses mises en abyme qui ne nuisent jamais à la progression. Au contraire, derrière une animation rudimentaire se cache un charme désuet certain, qui est alimenté de belles images aux détails proéminents. Les couleurs sombres ressortent bien, les contrastes sont tout à fait cohérents et outre la présence de grain, la rétine est rapidement séduite.

La musique omniprésente est mélodique et très agréable à écouter. Ces élans au demeurant plus introspectifs sont secondés par une trame sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 qui s'avère plutôt développée. Des sons et des bruits ressortent des différentes enceintes, recréant aisément du feu, des échos d'une foule, des applaudissements, une sonnerie de téléphone et des oiseaux. Les dialogues, généralement très audibles, ne bénéficient d'aucun sous-titre, ce qui est toujours dommage lorsque les voix se veulent légèrement moins élevées.

La pochette cauchemardesque voit un homme être séparé de son corps! Parfait pour piquer la curiosité... des amateurs de Fantasia. Le menu principal du DVD s'ouvre sur un chapiteau aux icônes en mouvement, un lent montage de scènes et une jolie mélodie ample. Les suppléments débutent par un documentaire sur le tournage où il est possible de voir l'équipe technique en action et de se plonger au cœur du script et des costumes dans une ambiance décalée de pantins. Le quart d'heure passe à la vitesse de l'éclair. Il y a ensuite une galerie de photos statiques qui représentent l'envers du décor, l'honnête bande-annonce originale, une série de publicités et des options musicales qui peuvent être visionnées (écoutées) sur l'ordinateur. Voilà pour la section poids plume. Les pièces de résistance sont plutôt ces deux pistes de commentaires. La première est narrée des voix du réalisateur Sean Meredith, du directeur artistique Sandow Birk et du marionnettiste en chef Paul Zaloom. Ces trois hommes s'amusent à décrire leurs univers et ils s'intéressent particulièrement aux détails techniques et aux défis rencontrés. Encore plus soutenus sont ces propos de l'expert en marionnettes John Bell et de Peter Hawkins, un éminent professeur et admirateur de Dante Alighieri. Cette fois, les détails fusent de tout part, à tel point que leur narration s'avère presque aussi intéressante que le récit final.

Généralement fascinant et déroutant, "Dante's Inferno" se veut une bonne initiation post-moderne au célèbre chef d'œuvre italien. L'adaptation mélange bien le passé au présent et la quête d'un futur meilleur est toujours de mise. Quelques tics du réalisateur risquent cependant de titiller un public plus adulte qui n'acceptera pas ces élans à la Beavis & Butt-Head. Heureusement, ces fautes de goût sont de courte durée, et le charme de l'animation finit par excuser ce flottement narratif et ce rythme pas toujours soutenu.


Cotes

Film7
Présentation6
Suppléments7
Vidéo8
Audio8