Film culte par excellence de l'animation japonaise, Ghost in the Shell a influencé le septième art, popularisant un genre qui ne finit plus de faire des petits. Le succès fut tel qu'il y a eu une (excellente) suite présentée à Cannes et deux séries animées portant le nom de "Stand Alone Complex". Comme les fans étaient insatiables, les créateurs ont décidé de prolonger leur plaisir en offrant trois nouveaux volets qui viennent finalement de voir le jour en format Blu-ray: "The Laughing Man", "Individual Eleven" et "Solid Stage Society".
"The Laughing Man" est un dessin animé de 160 minutes qui résume les 26 épisodes de 30 minutes de la première saison de Stand Alone Complex. L'agente spéciale Major Motoko Kusanagi, le vénérable Batou, les robots Tachikomas et leurs acolytes de la Section 9 sont appelés à enquêter sur un pirate informatique qui perpètre des crimes audacieux. Le récit complexe à saveur politique est une introduction à l'univers de "Ghost in the Shell": c'est verbeux et le rythme est parfois trop lent, mais le résultat est sans cesse passionnant et hypnotisant. Les enquêtes policières sont parsemées d'action et des dialogues pertinents, supérieurs à la moyenne. Il faudrait toutefois aller plus loin que cet essai qui simplifie la plupart de ses enjeux, titillant la fibre littéraire et philosophique sans l'embrasser complètement (on y cite toutefois J.D Salinger), se sentant le besoin de tout expliquer pour ne pas perdre son spectateur. Le résultant, très divertissant, n'est parfois que l'ombre des longs-métrages et de la série.
"Individual Eleven" reprend les pistes de la seconde saison de Stand Alone Complex pour les détourner légèrement. Des réfugiés dirigés par un leader charismatique menacent la sécurité intérieure du Japon. Bien que terriblement efficace et beaucoup moins brouillon que son prédécesseur, ce long effort (de 162 minutes!) ne ressemble pas tellement à un produit "Ghost in the Shell". On y retrouve peut-être les mêmes personnages et des sujets similaires, sauf que la réflexion a été remplacée par une surabondance de séquences vitaminées et un traitement étonnamment linéaire. L'intrigue est cependant bien troussée et les nombreux liens avec l'histoire et la réalité parallèle (par l'entremise de l'Internet) maintiennent constamment l'intérêt.
"Solid State Society" est le seul épisode véritablement à part de la série. Les membres de la Section 9 doivent mettre la main sur un être mystérieux qui est surnommé le "Puppeteer" et qui pousse des gens à se suicider. Encore là, l'histoire touffue prend le haut du pavé, proposant quelques interrogations soignées sur le monde qui nous entoure. À tel point que les amateurs d'action risquent de trouver le temps long tant les rebondissements s'adressent à la raison et non aux sentiments. Même si pour une fois la durée est tout à fait respectable (113 minutes) et que le spectacle se regarde sans broncher, il y manque des éléments fondamentaux qui ont fait la marque de commerce des "Ghost in the Shell", dont les références à la culture populaire et le superbe basset.
L'animation aux traits simples est ornée de couleurs précises, d'une intéressante définition des contours et de bons contrastes. Il lui manque toutefois une pincée de paprika pour la rendre encore plus séduisante à la rétine. La musique mélange les genres avec une rare aisance. Les pistes sonores anglophones et japonaises sont virevoltantes, faisant tout sauter lors de moments plus explosifs. Elles ne briment heureusement jamais les nombreuses conversations. Bien que le doublage dans la langue de Shakespeare soit convenable, mieux vaut opter pour les voix originales et insérer de visibles sous-titres blancs.
D'agréables dessins sont présentés sur les trois pochettes. Les différents menus principaux des Blu-ray offrent un habile montage de scènes sur une mélodie enlevante. Quelques bonus se retrouvent sur les disques. "The Laughing Man" et "Individual Eleven" sont accompagnés d'un documentaire d'environ 30 minutes qui expliquent les passages de la série au long-métrage, un segment humoristique quoiqu'un peu inutile avec les charmantes Tachikomas et des bandes-annonces. "Solid State Society" propose une gamme encore plus complète de suppléments, dont des entrevues avec l'équipe technique, un document sur la construction des robots, sur la création de l'animation et des voitures, un tour de piste avec les gens qui ont prêté leur voix à la version anglaise, différentes publicités et, bien entendu, un nouveau clin d'œil à l'univers des Tachikomas. Une piste de commentaires aurait toutefois été la bienvenue.
Un chef-d'œuvre comme Ghost in the Shell ne pouvait qu'offrir son lot de produits dérivés. Même s'ils ne sont pas du même calibre, "The Laughing Man", "Individual Eleven" et "Solid Stage Society" méritent l'attention, seulement dans leurs façons d'explorer plus en profondeur des thèmes nécessaires et fascinants, dont le rapport entre l'être humain et les robots, la vie et la mort, les sentiments et la raison. Le tout étant porté par de captivantes intrigues labyrinthiques où les échanges musclés ont généralement plus d'importance que le coup de mitraillette. À quand un troisième film?
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 4/4/7 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |