Patlabor: The Movie
Image Entertainment / Bandai Visual

Réalisateur: Mamoru Oshii
Année: 1990
Classification: NR
Durée: 99 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Japonais (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 29
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
14 mai 2006

Avant le sublime doublé Ghost in the Shell et sa magnifique suite présentée au Festival de Cannes, le réalisateur Mamoru Oshii baignait déjà dans l'ère des histoires robotiques compliquées avec "Patlabor", le premier film de la série culte.

Les balbutiements de "Patlabor" remontent aussi loin que 1986, avec une série en plusieurs émissions (Original Video Animation) qui était diffusée à la télévision. Au départ, cela s'appelait "The Early Days" et devant les succès fulgurants rencontrés presque instantanément, il y a eu de nombreux dérivés qui sont apparus tout au long des années 1990. Évidemment, avec une telle poule aux œufs d'or, la tentation était trop forte pour ne pas exploiter le filon avec quelques films. Akira venait de sortir et le paysage des animations japonaises se modifiait drastiquement. De plus en plus de personnes considéraient cette forme de divertissement comme un art en bonne et due forme. Pour développer cette adaptation, qui de mieux que le réalisateur de la série originale Mamoru Oshii? Résumer de multiples épisodes en 99 minutes devenait impossible, et le traitement derrière "Patlabor: The Movie" était de présenter les rouages d'un icône à un nouveau public. À la sortie du récit en 1989, les gens étaient plus qu'enthousiastes et le long-métrage a reçu quelques prix prestigieux.

Un peu comme l'adaptation cinématographique de l'OVA de Escaflowne, il est extrêmement difficile de résumer la trame de "Patlabor" tant elle est complexe et déroutante, deux qualités propres à tous les essais de Oshii. Dans un proche futur (1999 plus précisément), les nouvelles technologies de robots semblent se rebeller de plus en plus souvent contre leur maître. Ces incidents surviennent à des endroits précis et personne ne peut expliquer pourquoi. Les instances gouvernementales ne veulent intervenir, de peur de perdre des entreprises qui rapportent beaucoup d'argent. De leur côté, les inventeurs de ces machines troubles multiplient les tests pour déterminer exactement ce qui se passe réellement. Entre ces feux de non-interventions, différents Patlabor (une police robotique de protection) ignorent les ordres et posent des questions. Le jeune Asuma et la candide Noa sont justement sur une piste sérieuse et avec l'aide de collègues, ils se plongeront dans ces mystères qui impliquent un scientifique suicidé.

Très souvent, les histoires qui touchent les robots évoquent la littérature de Philip K. Dick et Isaac Asimov et "Patlabor" ne fait pas exception. Les machines se révoltent, des enquêtes se multiplient et un voile de questions apparaît très rapidement. Fidèle à tous ses scénarios, les écrits de Oshii sont opaques, ils méritent plusieurs visionnements et une concentration de tous les instants. Pourtant, il est difficile de s'y ennuyer. La trame narrative tient en haleine, il y a beaucoup d'humour et l'action peut apparaître soudainement pour ne plus lâcher pendant de nombreuses minutes. Entre les explosions et les données techniques, le réalisateur touche à plusieurs pistes qui évoquent la réflexion et même la religion. Par exemple, les références bibliques sont légion. Il y a une arche, le projet Babylone, un scientifique énigmatique qui se fait appeler Jéhovah et une héroïne quasi-mystique répondant au nom de Noa (Noé).

Un autre aspect incroyablement convainquant de cette production est l'apport musical du vieux fidèle Kenji Kawai. Il souligne l'action à la perfection, tout en faisant vibrer les éléments de suspense et en apportant des rythmes assez cocasses dans les instants de drôleries irrésistibles. Cette trame sonore, combinant le rock avec des touches plus orchestrales, rappelle indéniablement quelques jeux vidéo et la bonne vieille époque des années 1980 où un thème pouvait repasser en boucle s'il était saupoudré d'éléments synthétiques. Pour accompagner cette musique judicieuse est une utilisation assez exceptionnelle des différents haut-parleurs. Le vent, l'eau, les explosions, le métal qui brûle: l'atmosphère se développe rapidement pour offrir une superbe sensation d'oppression qui fait souvent sursauter. En revanche, ces bruits peuvent nuire à la bonne compréhension du récit en anglais. Les dialogues sont nombreux et lorsqu'il y a la moindre action, il n'est pas difficile de perdre quelques éléments importants. Un problème qui n'est toutefois pas très catastrophique, car la piste sonore dans la langue de Shakespeare n'est pas très bien doublée. Les voix sont souvent faussées, pénibles à entendre, et elles sont loin d'équivaloir le côté satirique de la version originale. La piste nipponne est donc tout à fait appropriée, et ce, même si les réserves sont présentes. Les sous-titres anglais sont de belle facture, mais ils sont beaucoup trop petits. Ce choix est cependant compréhensible. Il faut le moins possible brimer cette magnifique image qui a été améliorée au fil des années. Les dessins compliqués pour l'époque sont accompagnés de teintes réalistes et crédibles, offrant des couleurs riches qui ne saturent jamais l'écran. Les ambiances sombres succèdent à des éléments plus gracieux, la combinaison du noir et du blanc se chevauchant à la perfection. Quant aux effets de lumière, ils sont superbes et ils offrent une excellente prémisse de la façon dont le tout allait évoluer au cours des prochaines années.

À l'image du film, le dessin ornant le boîtier de "Patlabor" est très classe. Il montre Noa et un gigantesque robot. Le menu principal du DVD est beaucoup plus simple avec un montage de deux machines. Il n'y a pas de musique, mais le fond bouge quelque peu. Les icônes ne sont pas mélangeantes, il est aisé de s'y retrouver. Cependant, c'est pas mal tout, car les bonus sont tout simplement ridicules. Il y a un "DVD Credit" montrant le générique, ainsi que des bandes-annonces, des avant-goûts et des publicités sur l'animation. Rien de très intéressant ou de stimulant. Quelle chance qu'un incroyable livret de 15 pages accompagne le tout. Il jette les bases sur l'intrigue, le commencement de la série culte, l'évolution au cours des années, le succès rencontré, les différents robots et leurs caractéristiques, ainsi qu'une courte biographie des différents personnages. Ce n'est peut-être pas l'endroit pour tout savoir sur le mystérieux Gotoh, mais c'est une très bonne introduction.

Presque tout de "Patlabor: The Movie" relève du brio. L'histoire tient en haleine et s'adresse autant aux intellectuels qu'aux amateurs d'action. La musique est très bien adaptée et les images n'ont pas perdu de leur force. La pochette est grandiose et le sublime livret sera une excellente source d'informations pour bien comprendre le récit. Il ne manque que les suppléments, qui ont totalement été oubliés. Pour en avoir, il faudra se procurer une édition spéciale qui est toutefois beaucoup plus onéreuse.


Cotes

Film7
Présentation9
Suppléments2
Vidéo9
Audio9