Persepolis
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateurs: Vincent Paronnaud, Marjane Satrapi
Année: 2008
Classification: 14A
Durée: 95 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
25 juin 2008

Fort d'un succès éclatant partout sur son passage et d'applaudissements nourris au Festival de Cannes en 2007, "Persepolis" arrive finalement en format DVD. Contrairement à l'animation Les Triplettes de Belleville et ces autres œuvres si souvent louangées avant leurs sorties, l'adaptation cinématographique de la bande dessinée de Marjane Satrapi par l'auteure elle-même et son complice Vincent Paronnaud ne déçoit pas. Un film majeur de 2008 dont il faudra se rappeler lors du palmarès de fin d'année!

C'est l'histoire de Persepolis, petite fille vivante à l'esprit vif pendant la mutation de Téhéran à la fin des années 1970. De la chute du régime du Chah à l'instauration de la République islamique, des multiples tortures, meurtres et disparitions aux conflits entre l'Iran et l'Irak, en passant par la perte des repères et des idéaux. En grandissant, l'héroïne ira explorer Vienne et la France, des chocs de cultures incommensurables pour une adolescente rebelle et une jeune femme en devenir, timorée entre émancipation naturelle et dévotion aux parents, entre liberté d'expression muselée et attachement à la terre et à ses racines aussi salvatrices que destructrices.

Des bulles à l'écran, la bande dessinée de Satrapi prend du galon et il est aisé de reconnaître l'œuvre et le style de la dessinatrice. Son premier long-métrage, d'une profondeur immuable, se décortique de différentes façons. À commencer par son animation en apparence simpliste qui tend vers le réalisme. L'importance est de décrire le passé et le présent en extrapolant, lorgnant ici vers l'expressionniste allemand et là, vers le surréaliste italien. Des traits en noir et blanc qui acceptent parfois la couleur, recréant des spectres très précis à l'auteure (le tout y est largement autobiographique), s'évadant selon les bons vouloirs de sa protagoniste pour renaître en ombres et dans des tons de gris. Ce rendu devient encore plus palpable par la présence de très belles images. La définition des contours y est impeccable et seule la présence de blocage vient nuire aux formes et aux teintes si uniques.

La forme n'est pas tape à l'œil, car le récit a quelque chose à dire. La politique se mélange à l'historique, le social doit cohabiter avec la morale, révélant autant ce pays qui se dégrade que ces autres pôles d'influence. Le ton évite cependant le didactisme et la simple prise de position. Au contraire, l'emphase est mise sur l'enfant qui mûrit et sur ses liens avec sa famille. Les relations entre la fille, les parents, la grand-mère et le reste de l'entourage surprennent par leur épaisseur. Sans doute qu'il faut s'habituer à ces élans verbeux et à ces dialogues qui n'évitent pas d'être légèrement moralisateurs, mais il n'y a rien de trop lourd ou de compact. Le rêve et le rire allègent les drames et les injustices, les rendant au passage plus supportables.

Tout cela en partie grâce à la belle trame sonore riche et variée d'Olivier Bernet. Elle donne au récit une énergie à la fois brute et délicate, venant agrémenter les situations simples ou périlleuses. Les pistes sonores en anglais et en français sont en Dolby Digital 5.1 et elles utilisent convenablement les enceintes. Régulièrement, de la musique, des cris de la foule, des explosions et des chants d'oiseaux s'échappent des haut-parleurs situés sur le côté. Si la traduction dans la langue de Shakespeare est tout à fait convenable (Sean Penn, Gena Rowlands et Iggy Pop prêtent leur voix aux personnages), l'originale est néanmoins supérieure. Et en cas de nécessité, il y a de très visibles sous-titres blancs en français et en anglais.

Le tout ne serait pas aussi réussi sans l'apport des voix qui ont été enregistrées sans même l'apport des images. À ce chapitre, il n'y a que des bons choix qui perpétuent une certaine idée familiale du cinéma français. Le rôle titre est dominé par le timbre sonore si particulier de Chiara Mastroianni. Sa propre mère, Catherine Deneuve, joue justement la figure maternelle en prenant bien soin de ne jamais lui voler la vedette. Et il y a la grand-maman, la touchante Danielle Darrieux, qui a souvent incarné à l'écran... la mère de Deneuve, la côtoyant notamment dans Les demoiselles de Rochefort et 8 femmes! Parfois, l'émotion est un peu approximative et une phrase clé telle "Tu n'es pas en prison?!" manque de passion, sauf que ce défaut n'apparaît heureusement pas trop souvent.

La pochette du film est plus que soignée. Dans des tons de noir et de bleu, il y a une jeune femme qui repense à quelques évènements importants de son existence. Le menu principal du DVD offre un long montage de scènes qui est bercé par une mélodie enveloppante. La pertinence des suppléments n'est pas négligeable. Il y a tout d'abord un documentaire de 30 minutes où les deux réalisateurs parlent du concept en racontant le lien avec l'histoire, les extrapolations de la bande dessinée originale, les choix artistiques et schématiques, etc. Il y a ensuite un segment de neuf minutes entièrement en anglais où différentes personnes (Iggy Pop, Gena Rowlands, etc.) parlent de leurs passions et de leurs intérêts pour leur personnage. La cerise sur le gâteau serait toutefois cette séance de questions et de réponses de 30 minutes qui a été enregistrée au Festival de Cannes de 2007. Les auteurs et les gens qui prêtent leurs voix répondent aux questions des journalistes le plus simplement possible. Un peu long, mais néanmoins intéressant. Outre une série de publicités, les bonus se terminent par une description de quatre croquis par Satrapi, et un commentaire de trois séquences par la réalisatrice, par son collègue Vincent Paronnaud et par l'actrice Chiara Mastroianni. Étrangement, le français passe à l'anglais et s'il y a des sous-titres en anglais, il n'y en a jamais en français!

D'une durée tout à fait appropriée (95 minutes), "Persepolis" se révèle être un joyau d'animation, si éloigné des objets plus divertissants comme Bee Movie, Surf's Up et même Ratatouille, injuste gagnant de l'Oscar du meilleur film d'animation devant la production beaucoup plus nécessaire et universelle de Marjane Satrapi. Le discours y est essentiel, le trait inoubliable et les voix enchanteresses. Surtout que n'importe qui pourra en apprendre davantage et que les mots, avant de s'accaparer l'esprit, passent par le cœur.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments7
Vidéo8
Audio7