Facilement une des animations les plus fascinantes à avoir vu le jour dans les quarante dernières années (et même avant), "La Planète Sauvage" est un hymne spirituel et philosophique sur l'existence, le sens de la vie et le désir de s'affranchir. Culte, majeur, fascinant et saisissant.
Des humanoïdes bleus de douze mètres appelés les Draags habitent la planète Vgam. Ces entités passent leur temps à s'amuser, à apprendre et à méditer. La jeune fille Tiwa adopte un bébé Oms qui est un petit animal de forme humaine. Elle l'appelle Terr. À force de côtoyer des gens supérieurs, cet esclave est initié à une forme suprême de connaissance. Cette façon de mieux saisir l'environnement qui l'entoure l'encourage à s'évader et à se joindre à des Oms vivant en liberté. Une nouvelle existence qui n'est pas si sereine, car un énorme conflit s'annonce. La voie de la survie pourrait bien être cette planète sauvage, un lieu pratiquement inaccessible recelant de multiples secrets.
Cette co-production entre la France et la Tchécoslovaquie a remporté le prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1973 et le passage de plusieurs décennies n'a fait que décupler son pouvoir évocateur. Adapté du roman Oms en série du visionnaire Stefen Wul par René Laloux (qui a également signé "Les Maîtres du temps" quelques années plus tard du même Wul), "La Planète Sauvage" est une transposition riche et élégante d'une société du futur. Une classe de l'humanité représente des dieux et il y a de la vermine dérangeante désirant s'émanciper. Une idée qui était à la base des Planet of the Apes. Sauf que cette fois, les élans poétiques et philosophiques sont de la partie et le résultat est tout simplement époustouflant. Les questionnements spirituels sont profonds, ouverts et ils touchent toutes les strates de la population. Un peu comme la littérature de Bernard Werber, les desseins sont multiples et la raison chevauche souvent une imagination débridée plus que probable. Ces laisses limitant les actions des êtres humains, n'est-ce pas un concept devenant de plus en plus réalité? Un peu comme le brillant Gattaca d'Andrew Niccol, ce qui est impensable hier devient commun aujourd'hui. Une annonce foudroyante faisant peur sur ce qui peut arriver demain tout en fascinant sur les portées infinies des nombreux messages.
L'apport de superbes dessins pèse dans la balance pour la réussite de cette pièce d'orfèvre. L'animation est souple, fluide, extrêmement originale. Le style rappelle celui utilisé beaucoup plus tard par Michel Ocelot dans Kirikou. Les contours sont impeccables, la couleur est belle et les détails demeurent très définis. Par moment, quelques taches noires peuvent apparaître et les égratignures ne sont pas toutes éliminées, mais ces défauts sont plus que mineurs. Même s'il n'y a aucune option pour insérer des sous-titres, l'excellente traduction ne posera aucun problème. Les voix, toujours très élevées, n'ont aucune difficulté à se frayer un chemin au sein de ces sons et bruits baroques. La stupéfiante trame sonore d'Alain Goraguer campe une atmosphère très appropriée, à mi-chemin entre béatitude et oppression, et elle est sans doute l'inspiration du travail de pionniers comme Air. La musique est presque de tous les instants et elle inonde littéralement les haut-parleurs situés à l'avant.
Tout aussi soignée est la très jolie pochette. Deux dessins s'emboîtent parfaitement et les écritures jaunes sont très claires. Le menu principal reprend cette vision en y superposant une musique très rythmée. Tout y est statique, mais le fond semble se liquéfier par moment. Une transformation qui est loin d'être agréable pour les yeux! Si cette animation est digne de recevoir un traitement royal de Criterion, la distribution de Christal Films privilégie le coût au détriment des suppléments. Il est donc tout à fait possible de débourser moins de 20 dollars pour acquérir ce classique. Il n'y a pas de piste de commentaires, de documentaires ou d'entrevues incroyables et exclusives, mais seulement trois petites bandes-annonces. Mieux vaut peut-être savourer le plat principal plusieurs fois que se complaire dans le dessert éphémère.
Aussi beau que mélodieux, "La Planète Sauvage" est surtout un voyage futuriste inoubliable au cœur de la psyché humaine. Des productions de Walt Disney en passant par la pâte à modeler de Nick Park et des décors gothiques de Tim Burton, difficile de trouver une animation aussi importante et nécessaire que cette version abrégée des lubies de Stefan Wul. Le sablier a beau s'écouler à l'infini, rien ne viendra entraver la magie de ce petit trésor.
| Film | 9 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |