Le réalisateur Leo McCarey décédé en 1969, réalise en 1962 son dernier film en carrière, "Satan Never Sleeps". Par le passé, McCarey avait souvent palpé avec succès le thème de la religion au cinéma, nous n'avons qu'à nous souvenir de ses deux grands classiques du milieu des années quarante Going My Way et The Bells of St. Mary's.
L'histoire de "Satan Never Sleeps" se déroule en Chine à l'aube de 1949, l'année de la création de la République populaire de Chine, où une mission catholique est persécutée par les Communistes de Mao Tsé-Toung. William Holden tient ici le rôle du père O'Banion, un prêtre catholique assigné à venir remplacer à la mission le père Bovard (Clifton Web). Un peu plus tard, les soldats de l'armée rouge, dirigés par Chung Ren (Robert Lee), envahissent la mission et décident d'en faire leur centre local de commande. Par la suite, Chung Ren viole la cuisinière de la mission Siu Lan (France Nuyen) sous les yeux horrifiés du père O'Banion forcé à assister contre son gré à ce geste barbare et répugnant. Les deux prêtres (O'Banion et Bovard) affligés par tant de cruauté demeurent malgré tout à la mission, apportant un peu d'espoir aux gens du pays en dépit du harcèlement incessant et de l'inhumanité de Chung Ren et de ses hommes.
Tiré du roman China Story de Pearl S. Buck, le scénario laborieux du long-métrage "Satan Never Sleeps" manque beaucoup de profondeur et d'objectivité. L'intrigue est plutôt élémentaire et de piètre qualité, truffée de clichés ridicules, plus insignifiants les uns que les autres, traduisant artificiellement l'esprit même du livre de Buck. On a affaire ici à un travail de réalisation mal ficelé, à un Leo McCarey totalement absent dans sa direction artistique et à un ennui insupportable, causé principalement par la propagande anti-communiste omniprésente dans ce récit insipide. Les acteurs démontrent peu de plaisir devant la caméra et jouent de façon très irrégulière à l'exception d'une France Nuyen toujours très enjoué qui prouve une fois de plus son immense talent.
Beaucoup de scènes furent tournées en studio et cela est très perceptible pour des yeux avisés surtout lorsqu'il y a de gros plans sur les acteurs par exemple au moment où William Holden et France Nuyen tentent de fuir en Jeep... nous percevons parfaitement le procédé de l'écran bleu sur lequel on filme des acteurs ou encore, on remplace ce fond bleu par un film. Vous remarquerez une légère bande noire qui encadre les acteurs et la Jeep, ce qui était un problème fréquent de l'écran bleu. Il est également amusant d'observer le conducteur tourner le volant dans le sens contraire de l'image arrière.
La qualité de l'image est douteuse, on a réalisé le transfert à partir d'un interpositif de qualité médiocre où les taches et les égratignures sur la pellicule sont plus qu'apparentes. Les couleurs sont saturées et manquent de stabilité, offrant des arrière-plans flous et des contours qui ne sont pas toujours très bien définis en avant-plan. Vous verrez parfois un effet d'arc-en-ciel communément appelé "cross-coloration" qui consiste en l'apparition de fausses couleurs dans l'image. La palette de couleurs est chaude et elle déborde notamment vers le rouge donnant aux teintes de peaux beaucoup trop de rougeâtres.
Vous constaterez un problème de "color bleeding", c'est-à-dire un étalement de couleurs qui se produit lorsqu'une couleur s'étale sur une zone contiguë de l'image de manière inappropriée, une surdéfinition des contours et une fluctuation de la brillance surtout au générique du début où les caractères des lettres rouges sur fond gris sont tout simplement illisibles. Les noirs manquent de force et d'intensité. La dynamique de la bande-son est tout à fait standard pour l'époque de production du film. La musique et surtout les effets sonores sont bien rendus et parfaitement intégrés au reste de la bande-son. Les dialogues sont en permanence parfaitement intelligibles. Comme suppléments, il y a plusieurs bandes-annonces de films à caractère religieux.
En somme, "Satan Never Sleeps" est un désappointement à tout point de vue. Donc, ne dépensez surtout pas vos précieux dollars pour cette production fade et sans attrait à moins d'être un fan inconditionnel de William Holden.
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