Il faut avouer quelque chose à priori: je n'avais jamais vu "Close Encounters" durant toute ma vie. Quand j'étais jeune, j'avais une peur bleue de ces bestioles de l'espace, comme des fantômes. Avec le temps, ces peurs ont laissé lieu à une fascination sans borne, mais le film m'a échappé lors de sa présentation DVD. Pour un film qui a le même âge que moi, difficile de me prétendre cinéphile sans l'avoir vu... hé bien, c'est maintenant chose faite et j'en suis marqué à jamais.
Après Jaws (1975), plus personne ne voulait se baigner. Tout comme Hitchock avait réussi à effrayer les gens à prendre une douche, Spielberg a terrifié les spectateurs de l'océan. Peu après, soit en 1977, le réalisateur a quelque peu changé son fusil d'épaules, terrifiant à première vue, mais fascinant par la suite, laissant une vive empreinte chez quiconque l'a vu, "Close Encounters" est probablement un des meilleurs films dans la longue et prodigieuse liste de films du metteur en scène, agissant également ici à titre de scénariste.
Roy Neary (Dreyfuss) est un électricien qui a vécu une expérience hors du commun. Pour lui, c'est une inlassable fascination, mais ceux qui l'entourent, notamment sa famille, sont effrayés par son éloignement et son manque de rationalité. Dans la même ville, plusieurs personnes voient des lumières venues du ciel. Ces visiteurs troublent tous les appareils électriques, les jouets à pile et les électroménagers. Une équipe de scientifiques découvre un signal caché derrière cinq petites notes respectives: des coordonnées. À mesure que les témoins d'objets volants se multiplient, les services secrets mettent un plan sur pieds pour détourner l'attention des curieux. Ils tentent de trouver des explications normales, mais les témoins ne sont pas dupes. Neary prend sa voiture et, avec l'aide d'une autre témoin qui a perdu son fils, tente par tous les moyens de trouver le site qu'il a en tête et qu'il ne cesse de reproduire en sculptures. Au terme d'un périlleux voyage, l'attend ce que toute quête procure: les réponses.
Oubliez les extraterrestres et les effets spéciaux du Independence Day de Rolland Emmerich, il n'a rien inventé et les effets de "Close Encounters" sont utilisés ici avec modération pour un bien meilleur résultat. "Close Encounters" est probablement l'un des meilleurs films traitant du sujet de la vie au-delà des étoiles. Spielberg offre ici une superbe histoire doublée d'une humanité peu commune. Les apparitions sont en lien avec le détachement du père de famille (Dreyfuss), qui ne voulait définitivement pas assister à ce type d'événement. À cet instant dans sa carrière, Spielberg a découvert plusieurs thèmes qu'il utilisera à maintes reprises dans ses films. La destruction du noyau familial est ici un thème omniprésent et les échos de tous les membres de la famille sont entendus, avec des conséquences graves pour tous. Richard Dreyfuss offre une composition sensible, sentie et un détachement peu commun. Il est effrayant par moment, tendre dans d'autres, mais jamais il n'est vaudeville ou se permet de jouer réaliste. Son comportement perd en rationalité ce que le personnage perd en valeurs familiales et en détachement humain. Lorsque le générique de "Days of our lives" apparaît en coin d'écran, Neary comprend ce qu'il a perdu, essayant de se reprendre en mains. Seulement, rien n'est aussi facile. On pourrait interpréter le film comme une parabole en lien avec ce qui arrive quand un parent perd sa famille. Les tentatives des autorités à contrôler la population sont également à l'agenda de Spielberg, qui montrait déjà les infamies des Nazis dans Schindler's List (un titre que nous avons bien hâte de voir apparaître sur Blu-ray). La photographie de Vilmos Zsigmond est très belle. Son attention aux humains est sans pareille et il ne perd jamais l'instant magique de capturer l'essence d'une scène sur pellicule. Quant à la musique de John Williams, elle est comme tout ce que le musicien a composé dans les années 70: icône, classe, marquant, éternel. On aimerait en dire autant de ses récentes compositions, mais disons seulement que son travail est colossal pour cette époque. L'apparition du vaisseau mère lors du troisième acte est à couper le souffle, bien plus réussie et bien avant l'avènement des effets numériques. Spielberg possède un réel talent pour faire grimper la tension et ce talent arrive à son apogée dans ce film. Il parvient à manipuler le spectateur et le mener dans son épopée galactique grâce à ces cinq petites notes mythiques répétées tout au long du métrage. La finale est renversante et parvient à émouvoir, fasciner, effrayer, trois émotions qui reviennent tour à tour à plusieurs moments. Spielberg a réussi son pari: son chef-d'œuvre précurseur à ses autres œuvres toutes aussi accomplies E.T.: The Extra-Terrestrial et A.I. Artificial Intelligence.
Pour ce qui est de l'aspect visuel sur ce disque Blu-ray, rassurez-vous: Sony Pictures s'est mis à la tâche pour vous offrir un transfert parfait. Les contrastes, couleurs et saturations en offrent pour leur argent. Le grain de pellicule, essentiel aux films des années 70 et 80, est très présent, mais n'occulte pas la beauté et les multiples détails des différentes textures. Qu'ajouter de plus, sinon qu'il s'agit probablement du plus beau résultat depuis sa présentation en salles... quand même en 1977. Les pistes de langues offertes sont très compétentes et offrent une belle profondeur de champs. Il y a une certaine limite à ces pistes et on discerne bien quelques défauts comme un léger crépitement lors des scènes à grand déploiement, mais sinon, le tout est d'une beauté des plus adéquates et saura vous ravir, même si ça n'est pas le film idéal pour tester votre système de cinéma maison.
Cette édition voulue ultime se tire très bien d'affaire en sa première incursion sur Blu-ray. "Close Encounters" offre tout ce qu'il est possible de souhaiter, excepté une piste de commentaires de Spielberg (de ce que j'en sais, il n'a jamais enregistré de commentaires et ne risque pas de changer la donne de sitôt). Le premier disque n'offre qu'un supplément, soit "A View From Above" (une exclusivité Blu-ray). Le second disque offre la revuette "Steven Spielberg: 30 Years of Close Encounters", le documentaire "Close Encounters of the Third Kind Making of", des scénarimages, une galerie exhaustive d'images, la revuette "Watch the skies" (datant de 1977), des scènes coupées et des bandes-annonces.
"Close Encounters" rejoint cette longue lignée de chef-d'œuvres des années 70 qui ont reçu une nouvelle vie sur format haute définition. Déjà, le film de Spielberg était très beau sur DVD, maintenant, c'est la plus belle édition possible. Le transfert vidéo est tout simplement superbe et les pistes de langages en offrent pour leur argent, même si elles ne sont pas aussi parfaites que l'image. Côté suppléments, vous serez servis puisque rien n'a été laissé au hasard et permet autant de divertir que d'informer. Le classique de Steven Spielberg est arrivé (depuis un bon moment) pour fêter son trentième anniversaire et Sony lui a offert le plus grand honneur possible. Faites-vous une fleur et procurez-vous ce coffret des plus indispensables.
| Film | 10 |
| Présentation | 10 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 10 |
| Audio | 8 |