1998 a probablement été l'année la plus vaste pour les films de guerre. The Thin Red Line de Terrence Malick et Saving Private Ryan de Steven Spielberg ont littéralement révolutionné le genre par leur lyrisme et leur réalisme. À moins de s'appeler Clint Eastwood, il est très difficile de proposer quelque chose de nouveau. Malgré sa belle filmographie, le cinéaste français Jean-Jacques Annaud échoue à surprendre avec "Enemy at the Gates", dont le format Blu-ray est identique à l'édition DVD standard.
En 1942, l'armée nazie fait une percée incroyable au sein de la Russie. Elle est aux portes de Stalingrad et personne ne semble être capable de l'arrêter. Afin de motiver ses troupes, Nikita Khrouchtchev (Bob Hoskins) demande à l'officier Danilov (Joseph Fiennes) de faire de la propagande. Du jour au lendemain, le tireur d'élite Vassili Zaïtsev (Jude Law) devient un héros du peuple, suscitant l'admiration d'un tout et chacun, dont la très jolie Tanya (Rachel Weisz). La menace est telle que les Allemands décident de convoquer le major König (Ed Harris) pour lui demander de chasser ce nouvel ennemi.
La particularité de ce long-métrage est de s'intéresser à un fait historique inconnu aux yeux de la grande majorité du public nord-américain. Il n'est question que de Russes et d'Allemands, qui sont malheureusement tous campés par des comédiens étasuniens et britanniques qui parlent uniquement l'anglais. Cette décision s'explique par la quête absolue de box-office au détriment du souci de réalisme. Ce choix, clairement condamnable, ne se répercute toutefois pas trop sur les comédiens. Bob Hoskins apparaît trop rarement, Rachel Weisz multiplie les sourires niais, Joseph Fiennes semble un peu coincé et Ron Perlman ne fait qu'une apparition éclair, mais le duo Law et Harris fonctionne généralement bien. Le premier est sauvé par son minois et sa dévotion, alors que le second percera tous ses adversaires de ses yeux bleus d'acier.
Cela n'est toutefois pas toujours suffisant pour sauver le récit du marasme. Les amateurs du genre risquent toutefois de passer un bon moment. Il y a suffisamment d'action, de séquences violentes, de confrontations musclées et de guet-apens pour garder en haleine. En revanche, le scénario aurait pu être beaucoup plus affûté et l'émotion est généralement absente. Ces données primordiales semblent avoir été remplacées par un héroïsme dégoulinant, des bons sentiments proéminents et des discours lassant sur la bravoure. Il n'y manque qu'un formulaire pour s'engager.
La musique concoctée par James Horner s'inspire beaucoup trop de ses propres créations sur le sublime Braveheart. Les airs sont interchangeables et encore plus pompeux, ce qui est parfois le comble. Les pistes sonores, très inspirées au niveau des enceintes situées sur le côté (qui regorgent de bruits de wagons, d'avions, d'ogives, de tirs, d'explosions, etc.) le sont beaucoup moins à l'avant. Les dialogues sont parfois même entravés par cette cacophonie guerrière. Pour y remédier, il est toujours possible d'insérer de très visibles sous-titres blancs. La photographie, comme toujours merveilleuse chez Annaud, offre un niveau intéressant d'images détaillées aux couleurs toujours justes. Il n'y a toutefois rien qui sort du lot, si ce ne sont ces contrastes un poil trop sombres et cette blancheur un peu omniprésente.
L'intrigante pochette montre Joseph Fiennes et Jude Law dans des tons sépia qui ressemblent beaucoup à la superbe conclusion de l'ouvrage. Le menu principal du Blu-ray reprend le tout en demeurant très statique. La triste mélodie qui se fait entendre annonce les drames à venir. Les suppléments sont les mêmes que sur l'édition DVD. Deux documentaires assez intéressants multiplient les anecdotes et les bons mots sur tout le monde, plusieurs scènes supprimées amènent une nouvelle profondeur aux personnages et une bande-annonce très américanisée est de la partie. Cela pouvait suffire en 2001, mais huit années plus tard, il fallait s'attendre à quelques bonus supplémentaires.
En Europe, "Enemy at the Gates" s'intitule "Stalingrad". Le long-métrage a toutefois changé de nom pour le public américain. Le nouveau sobriquet, plus commun et beaucoup moins original, ne laisse aucun doute sur le résultat final: il s'agit d'un film d'action traditionnel qui arrive à intéresser grâce au contexte historique imparfait et à la composition des acteurs. Cela fonctionne sur le plan du simple divertissement, sauf que les amateurs du cinéaste seront déçus de la démarche du créateur de L'ours et de La guerre du feu. Plus le projet est coûteux, plus les producteurs prennent le dessus sur le réalisateur? Il semble bien que oui.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |