Robert Duvall livre une prestation exceptionnelle dans "Get Low", un film à petit budget qui en avait bien besoin. Sans l'apport de ses excellents comédiens, l'oeuvre aurait difficilement retenu l'attention.
Dans la région du Tennessee dans les années 1930, le nom de Felix Bush (Robert Duvall) n'est guère favorable. L'homme vit en ermite depuis 40 ans et les gens qui le croisent n'ont pas que des bons mots à dire à son sujet. Conscient qu'il est à la fin de sa vie, le vieux grincheux décide d'organiser une fête pour célébrer son enterrement... et ainsi dire ses quatre vérités aux villageois. Il peut compter sur l'apport de Frank (Bill Murray), un croque-mort qui ne déteste pas l'argent, et la veuve Maddie (Sissy Spacek), probablement la seule femme qu'il n'ait jamais appréciée.
Directeur de la photographie (notamment pour Kiss the Girl) et réalisateur du court-métrage Two Soldier (qui a remporté un Oscar), Aaron Schneider offre son premier long essai avec "Get Low", un récit de festival (avec ses forces et ses faiblesses) inspiré d'une histoire véridique. L'essai, délibérément lent et dénué d'action, ne comporte pas une mise en scène à tout casser. Le rythme vacille par moment, l'intrigue tarde avant de captiver et quelques personnages auraient pu être explorés beaucoup plus en profondeur.
Tout comme le supérieur Winter's Bone de Debra Granik, c'est aux spectateurs de faire les efforts pour ne pas rendre les armes au bout de trente minutes, car ils seront les premiers récompensés. Par une recréation d'époque sans tache qui explore finement la situation économique de l'endroit. Par un mélange de drame prenant et de comédie subtile qui surprend au détour. Et par des thèmes à la fois essentiels et universels, qui vont de la rédemption à la quête de bonheur, en passant par un amour inavoué et la sérénité de l'âme. Ce qui semblait si simple se complexifie par moment, à l'image de cette existence qui ne défile jamais parfaitement.
S'il y a une seule raison de voir l'effort, c'est pour la magnificence de sa distribution. Robert Duvall livre une autre immense performance, qui peut rappeler celle dans The Apostle. L'acteur ressemble à un ogre au grand cœur, et c'est extrêmement dommage qu'il n'a pas décroché une nomination aux Oscars. À ses côtés, Sissy Spacek développe merveilleusement un rôle délicat avec une sensibilité à fleur de peau, et Bill Murray ne tente jamais de faire rire même si ses répliques font souvent sourire.
L'ouvrage s'affiche dans une édition Blu-ray aux images extrêmement détaillées, aux couleurs riches, aux contrastes totalement homogènes et aux teintes sidérantes. En fait, le tout serait parfait s'il n'y avait pas de blocage. Le soin audio est tout aussi éblouissant. Les pistes sonores sont immersives à souhait, faisant aisément ressortir des enceintes des bruits de pluie, d'éclairs et de coups de fusil. Les voix demeurent claires et afin de saisir toutes les subtilités des accents, il est possible d'insérer de visibles sous-titres blancs... ou d'opter pour l'ordinaire doublage parisien. La musique, à la fois légère et dramatique, soutient admirablement les situations.
La pochette bleue et verte montrant Bill Murray et Robert Duvall est assez rigolote. Le menu principal du disque réutilise cette pose, en faisant bouger quelques objets, dont un chapeau et des oiseaux. Une mélodie inspirante est également présente. Les suppléments comportent une bande-annonce, une série de publicités, un documentaire sur la création du projet, un autre qui permet de mieux saisir les personnages et un dernier sur l'élaboration du scénario. Il y a ensuite une première sur tapis rouge, une séance questions/réponses un peu superficielle enregistrée lors du Festival de Tribeca, du contenu promotionnel via l'onglet BD-Live et, heureusement, une très intéressante piste de commentaires où Robert Duvall, Sissy Spacek, Aaaron Schneider et le producteur Dean Zanuck discutent de ce qui apparaît à l'écran, éclaircissant parfois le tout d'anecdotes savoureuses.
S'il est parfois difficile de l'aimer de A à Z, il ne faut pas oublier que "Get Low" est un premier film, mineur et imparfait, comportant suffisamment de scènes réussies qui laisse présager un avenir ensoleillé pour le cinéaste Aaron Schneider. C'est surtout l'occasion d'être impressionné par une distribution d'interprètes aguerris qui, à l'image de leur personnage, aimeraient bien faire un dernier bon coup avant qu'il ne soit trop tard.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |