Cette critique sera plus anecdotique que détaillée, puisque les trois films ont déjà fait l'objet de commentaires sur ce site. Pour la critique du coffret en format DVD, veuillez vous référer à l'excellent texte de mon collègue Martin Gignac. Avec un minimum d'effort, vous retrouverez aussi mes critiques d'éditions antérieures des deuxième et troisième films.
Le roman de Mario Puzzo était déjà un best-seller depuis plusieurs années lorsque le tournage de "The Godfather" débute en 1971. Entouré de controverse, le projet avait subi les foudres de la communauté Italo-Americaine, ainsi que des membres du Sénat et du Congrès de l'État de New York. Après des tentatives d'intimidation et quelques appels à la bombe, des rencontres entre les différentes parties réussissent à calmer les esprits et à convaincre les sceptiques. Les ennemis deviendront des alliés, offrant même leur collaboration aux artisans du film.
La tâche d'assembler l'étincelante distribution incombe au producteur Albert S. Rudy et au réalisateur Francis Ford Coppola. Marlon Brando était l'un des acteurs considérés pour le rôle de Don Vito Corleone, mais à cause de son caractère plutôt difficile, il ne faisait pas l'unanimité. Mais Brando voulait tellement se glisser dans la peau du Parrain qu'il improvisa lors d'une audition privée en se noircissant le dessous des yeux avec du cirage à chaussures et en se bourrant le dedans des joues avec des Kleenex. Un des personnages les plus mémorables de l'histoire du cinéma était né.
Plusieurs candidats de renom se bousculaient pour obtenir les rôles cruciaux des fils de Don Vito, mais sont écartés au profit d'acteurs moins connus, mais jugés plus authentiques: James Caan, John Cazale et le jeune Al Pacino, qui sera propulsé au rang de star grâce à son portrait remarquable de Michael Corleone. Dans la seconde partie, Robert de Niro, considéré comme un choix-surprise pour le rôle de Vito Corleone, obtiendra l'Oscar du meilleur acteur de soutien pour sa prestation. Robert Duvall, Talia Shire, Diane Keaton, Lee Strasberg, Morgana King et plusieurs autres apportent également une contribution inestimable au succès de cette saga familiale. La tradition de la distribution impeccable se poursuit avec le troisième opus, 18 ans après le premier film, quand Andy Garcia est choisi pour camper l'ambitieux Vincent Mancini. Pacino, Keaton et Shire reprennent du service et Sofia Coppola, Eli Wallach et Joe Mantegna viennent s'ajouter à cette distribution exemplaire.
Le souci de la perfection est poussé jusque dans le choix des figurants, à qui l'on enseigne les particularités et les traits de comportement qui leur permettront de se fondre dans l'atmosphère de l'époque représentée. En plus, l'attention méticuleuse aux détails au niveau des décors, des costumes et des accessoires contribue à faire de la trilogie un modèle de profondeur et de subtilité. Vingt-huit nominations et neuf Oscars plus tard, cette chronique familiale qui s'étend sur trois générations et tisse une toile complexe à la fois intimiste et épique demeure un chef-d'oeuvre de cohésion. Du grand art.
Comme le titre l'indique, chacun des films a fait l'objet d'une restauration exhaustive supervisée par Coppola et le directeur photo Gordon Willis. Il aura fallu plus d'un an à Robert A. Harris, qui a aussi démontré son savoir-faire sur entre autres Lawrence of Arabia et Spartacus, pour arriver à ce résultat étonnant. Sans surprise, c'est le premier film qui bénéficie le plus du travail d'Harris. Presque plus de traces d'impuretés, le grain de la pellicule a retrouvé son apparence d'origine et l'image est claire et propre. La palette de couleurs jaune-orangé, choisie par le cinéaste parce qu'elle lui rappelait l'aspect des films maison tournés dans les années 1940, est rendue avec justesse et le niveau des contrastes et des détails sur les trois films est excellent. Au rayon audio, chacun des longs métrages propose une piste sans perte en Dolby TrueHD. L'activité est concentrée à l'avant, avec un bon équilibre entre les dialogues et la trame musicale de Nino Rota, et tous les canaux s'activent lorsque les pistolets crachent. Le mixage sur le second et troisième film est plus équilibré et procure une ambiance sonore plus enveloppante.
Tous les suppléments des éditions précédentes en format DVD ont été reportés sur celle-ci. On retrouve une excellente piste audio de commentaires avec le cinéaste sur chacun des films, qui n'hésite pas à aborder ce qu'il considère comme des erreurs ou des faux pas. Par la suite, "Behind the Scenes" jette un regard aux différentes facettes du tournage agrémenté de plusieurs anecdotes, "The Filmakers" s'attarde au processus créatif, "Additional Scenes and Chronology" nous présente du matériel coupé des versions présentées en salles, "Acclaim and Responses" nous amène à plusieurs soirées des Oscars et "Family Tree" nous permet de voir les membres de la famille Corleone par l'entremise d'extraits. Les trois films proposent également des scénarimages, des galeries de photos et la bande-annonce.
Ce n'est pas fini puisque plusieurs suppléments en haute définition produits spécialement pour cette édition sont inclus. La revuette "The Masterpiece That Almost Wasn't" aborde le chaos entourant le studio Paramount alors que le premier film était en développement, "Godfather's World" nous propose les commentaires d'experts (même Homer Simpson!) qui discutent de l'impact de la trilogie, le fascinant "Emulsional Rescue" s'attarde au processus de restauration, alors que "When the Shooting Stopped" nous entraîne dans l'univers de la postproduction. Dans "The Godfather on the Red Carpet, inutile, les vedettes de "Cloverfield" nous offrent leurs observations sur la saga. Pour terminer, on a droit à "Four Short Films on the Godfather", quatre courts condensés de certains éléments marquants de ces classiques, au segment "Crime Organizational Chart", qui résume la carrière criminelle de différents personnages et à l'album de photos de mariage de Connie et Carlo.
Le coffret inclut aussi un encart d'une douzaine de pages, mais il est curieusement collé à l'arrière de la jaquette cartonnée qui recouvre le boîtier. J'ai réussi à l'insérer à l'intérieur, mais il dépasse un peu. Agrandir la jaquette de quelques millimètres ne devait pas être si difficile! La couverture et les menus sont empreints de classicisme et les quatre disques occupent le recto/verso de segments articulés.
Version incontournable d'une trilogie incontournable. Vous voulez faire plaisir à un cinéphile? Offrez-lui ce coffret Blu-ray pour Noël!
| Film | 9/10/8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |