Après les recettes monstres d'Independence Day en 1996, les studios s'arrachèrent immédiatement le réalisateur afin de le convaincre de réaliser tel ou tel film. Des rumeurs (non fondées) prétendaient qu'il préparait une suite à son épopée extraterrestre, mais rien ne pouvait être plus loin de la réalité. Emmerich travaillait en fait sur son remake de Godzilla, rejetant le scénario préalablement écrit par le populaire duo composé de Ted Elliott et Terry Rossio (responsables entre autres des scénarios de Shrek, Pirates of the Caribbean, The Mask of Zorro, etc.). Le résultat final ne séduisit pas les foules lors de sa sortie en salles et le film, doté d'un méga budget (près de 180 millions), coula à pic toute possibilité pour le réalisateur de créer ses propres suites au mastodonte japonais. Chronique d'un flop annoncé.
Dans les eaux japonaises, des bateaux pêcheurs sont attaqués par une masse qu'ils ne peuvent identifier. Ailleurs, pendant qu'il est en train de poursuivre ses recherches sur les vers de terre dans les environs de Tchernobyl, Nick Tatopoulos (Broderick) est interrompu par les services secrets, le forçant à les suivre sans mot dire, le menant sur une île où il constate avec frayeur la taille réelle de la bête. Au large de New York, la créature fait son apparition et provoque le chaos et la destruction partout où elle met le pied. Au même instant, une équipe des services secrets de France sont également à ses trousses, mais leurs intentions sont voilées quant à leur présence. Bientôt, la population est forcée de quitter la ville et l'armée tente par tous les moyens de faire quitter la créature, même si cela voulait dire l'abattre. Le hic, c'est qu'aucun missile ne semble l'atteindre et que les dégâts montent en flèche. Au fil des événements, Nick se lie avec les services français afin de les aider à éradiquer quelque chose de plus grave que Godzilla: les œufs pondus par la bête et qui menacent d'éclore à tout instant.
Emmerich n'a jamais été reconnu comme un réalisateur de films classiques aux portées lyriques et son Godzilla est exactement ceci: une longue suite de séquences de destructions massives, des personnages à la psychologie plus que douteuse, un message environnemental des plus ratés, sans parler de la fausse critique contre la France et son usage du nucléaire (comme si les USA étaient nettes dans l'affaire) et des clichés en abondance. Les effets spéciaux qui avaient fait la réussite de Independence Day sont, cette fois, beaucoup moins réussis, mais dressent un tableau intéressant quant à la démolition d'édifices et de monuments reconnus de tous. Emmerich prouve qu'il est un clone plus ou moins légitime de Michael Bay, s'efforçant de façon inutile à créer une intrigue à l'avenant, menée par des dialogues qui auraient tous pu être remplacés par un long silence et des effets sonores. Les performances ne volent pas haut non plus, mais Matthew Broderick et Jean Reno sont les seuls à offrir un semblant de talent devant la caméra.
La réalisation faiblarde d'Emmerich filme mollement ses sujets ainsi que la ville, donnant un aspect de je-m'en-foutisme à son "œuvre", préférant davantage les scènes de foules ou l'omniprésence de la destruction justifiée ici par les effets numériques. Néanmoins, il y a un certain plaisir qui s'insinue (à notre insu). Et puisque Roland Emmerich et compagnie ont préféré faire un derby de démolition de deux heures et quart, le tout se regarde un peu comme un feu de foyer: ça réchauffe un peu, tant qu'on ne s'approche pas trop et on sait où ça va mener quand il ne restera que les braises. Si l'on devait faire la liste des défauts, il faudrait noter la pauvre narration, d'une prévisibilité déconcertante, le peu de logique qui subsiste qui se dissout à mesure que le film avance, une forte impression d'imbécillité (Nick photographie durant une opération secrète, une pharmacie dont rien n'a été dérangé durant que Godzilla est passé à quelques pieds du local, les décisions majoritairement stupides des personnages, les effets sonores souvent ridicules, l'humour potache injecté pour alléger le récit, on voit le visage du réalisateur qui reflète sur une porte de taxi, etc.). Bref, il ne faut pas s'attendre à ce que ce film guérisse le cancer... sinon les médecins finiront bien par prouver que ça peut le donner. Malgré tout, l'ensemble demeure sympathique et parfois, il est agréable de regarder un film où l'on peut compter un tel nombre d'inepties, mis à part Plan 9 From Outer Space.
Nous avons affaire à un transfert de qualité. Les teintes de peau sont un peu rouges, les arrière-plans sont parfois un peu trop granuleux et on perd un peu de profondeur dans certains plans d'effets spéciaux. C'est à peu près le seul problème avec ce transfert, sinon le reste demeure nickel. La saturation est très appréciable, ne dépassant jamais, les textures variées sont reproduites avec fidélité, les contrastes sont profonds et texturés. En bref, c'est une édition très performante à ce niveau et les quelques menus défauts ne sauraient décevoir en si petite quantité. Si le transfert visuel livre la marchandise, c'est la piste sonore qui mérite tout l'intérêt: la profondeur de champ est impressionnante, la palette d'effets sonore est claire et fidèlement reproduite et quant aux dialogues, bien qu'ils soient stupides, ils offrent une excellente référence en la matière. La musique est adroitement jaugée, l'ambiophonie procure de très bons moments et les basses fréquences dirigées à l'extrême-grave mettent le plancher à rude épreuve.
Nous avons droit à quelques maigres suppléments, qui ne font pas le poids en comparaison au lézard géant, mais qui procurent un bref divertissement. Une piste de commentaires sur les effets visuels répartis sur les scènes en cause, une piste est intéressante, mais qui ne plonge pas trop en détail quant au tournage. La revuette "Dans les coulisses avec Charles Caiman", l'acteur Harry Shearer reprend son rôle de reporter le temps d'une trop courte revuette sur la production. "Les meilleures batailles de Godzilla" est un montage qui n'a pas vraiment sa place sauf pour vous intéresser dans les autres films de la série japonaise. Vient ensuite le vidéoclip "Heroes" des Wallflowers et le jeu interactif Godzilla duquel on se lasse rapidement qui se joue une fois sans vraiment plus. Avec "Movie IQ", via BD-Live, vous pouvez accéder à une bande d'information quant à la distribution, l'équipe technique, la musique et la production. Il manque bien entendu les bandes-annonces et les quelques épisodes animés disponibles sur la dernière édition DVD. Étrange que le Blu-ray contienne moins que le DVD.
Si vous aviez en tête de voir un film qui changerait votre vie, il faudra passer votre tour sur celui-ci. Les dialogues sont niais au possible, les effets sont rarement réussis, l'action est mollassonne et les performances de la distribution de second ordre ne méritent aucun éloge. Le transfert visuel est de très bonne facture et procure un spectacle qui ne se dément pas, mais l'audio mérite la plus haute distinction avec une piste agressive, active et qui voyage avec merveille dans les enceintes du système. Quant aux suppléments, il y en a bien quelques-uns, mais ils n'offrent que très peu d'indices sur le tournage. Si vous l'avez déjà vu, vous savez à quoi vous attendre. Sinon, les nouveaux venus préféreront peut-être risquer la location avant l'achat.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 10 |