"Goodfellas", avec Taxi Driver et Raging Bull, constitue la crème de la crème de l'oeuvre du grand cinéaste américain Martin Scorsese. Adapté du roman Wiseguy de Nicholas Pileggi par Scorsese et l'auteur lui-même, "Goodfellas" est probablement l'oeuvre la plus personnelle du réalisateur puisqu'il a grandi à New York dans les années 1940, dans le quartier de la Petite Italie. Enfant à la santé fragile, il avait tout le temps, comme le jeune Henry Hill dans la scène d'ouverture du film, d'observer les allées et venues et les manigances de ces gangsters tirés à quatre épingles qui conduisaient de grosses bagnoles et ne semblaient jamais manquer de rien.
"As far back as I can remember, I always wanted to be a gangster" (Henry Hill)
Le jeune Henry Hill (Ray Liotta), un jeune new-yorkais d'origine italo-irlandaise, est "adopté" par la mafia locale dirigée par le taciturne Paul Cicero (Paul Sorvino). Avec ses deux comparses, Jimmy Conway (Robert De Niro), spécialiste du vol et de l'extorsion, et Tommy DeVito (Joe Pesci), homme de main instable et violent, il gravira les échelons et goûtera à la vie facile de ceux qui peuvent tout prendre sans jamais rien demander.
Alors que The Godfather nous offrait une fresque épique avec des personnages shakespeariens, "Goodfellas" adopte un canevas plus intimiste qui s'attarde à décortiquer avec minutie les rouages du crime organisé et de ses opérations quotidiennes. Il n'est donc pas étonnant que "Goodfellas" ait eu une influence directe sur la série The Sopranos. Les gangsters sont plus ou moins des cols bleus qui, en dehors de leurs activités criminelles, jouent aux cartes, se tirent la pipe et prennent soin de leur famille. Les relations entre les personnages et la dynamique de la famille sont au coeur du récit, sans surprise, puisqu'il s'agit d'un thème récurrent dans l'oeuvre du cinéaste.
La distribution est exemplaire et Ray Liotta, dont la narration appuie judicieusement l'intrigue, possède un charme et une énergie contagieuse qui laissent peu à peu place au désespoir lorsque la boucle sera bouclée et qu'il retrouvera son statut d'exclus. De Niro nous offre du De Niro typique et le rôle du mafieux habile et rusé lui sied comme un gant, et Joe Pesci habite un personnage d'anthologie, un psychopathe sadique imprévisible doté d'un sens de l'humour douteux qui fera tout de même rire le spectateur, même si le rire est parfois jaune. La réalisation de Scorsese est impeccable et il déploie tout un arsenal de techniques innovatrices avec une maîtrise époustouflante: panoramiques et travellings rapides, zooms truqués, longs plans-séquences, arrêt sur image, ralentis, compositions d'images inventives, montage nerveux, etc. Toutes des techniques avant-gardistes qui ont considérablement influencé les jeunes réalisateurs par la suite. Sans "Goodfellas", il n'y aurait jamais eu de Pulp Fiction.
Malheureusement, cette édition "20e anniversaire" ne propose rien de nouveau au rayon audio/vidéo par rapport à l'édition Blu-ray parue en 2007. Dommage puisqu'il y avait certainement place à l'amélioration. Le transfert est inégal et la qualité de l'image varie d'excellente à médiocre. Les scènes très éclairées sont impressionnantes de clarté, mais celles tournées de nuit ou dans des intérieurs sombres sont inutilement granuleuses et floues. Le niveau des contrastes et des détails est donc problématique et, autour de la 75e minute, on retrouve la même ligne qui traverse l'écran que sur les versions précédentes. Au rayon audio, on peut noter l'absence de piste audio sans perte. La piste en Dolby Digital 5.1 est acceptable, mais encore une fois, on aurait espéré mieux. L'ambiance sonore est agréable et équilibrée, même si les effets ambiophoniques provenant des enceintes arrière manquent de tonus. Les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente.
Cette édition bénéficie du traitement "digibook" à couverture rigide, qui inclut une trentaine de pages de photos, biographies et notes de productions. Les suppléments sont identiques à ceux de l'édition spéciale en DVD parue en 2004 et incluent deux excellentes pistes audio de commentaires: "Cast and Crew Commentary", avec le réalisateur, quelques acteurs, le coscénariste, les producteurs et la responsable du montage, et "Cop and Crook Commentary", avec le véritable Henry Hill et l'agent du FBI Edward McDonald. Un quatuor de revuettes suit, "Getting Made" nous offre un "making of" exhaustif, "Made Men: The Goodfellas Legacy" nous propose des entrevues avec des admirateurs du film (réalisateurs pour la plupart), "Paper is Cheaper than Film" nous propose un court comparatif entre séquences filmées et scénarimages, et "The Workaway Gangster" s'attarde au mode de vie du gangster typique des années 1960.
Un second disque (en définition standard) nous offre l'excellent documentaire "Public Ennemies: The Golden Age of the Gangster Film", qui retrace l'historique des films du genre, par l'entremise d'extraits vidéos et d'entrevues avec des historiens du cinéma, des auteurs de polars et quelques cinéastes. Veuillez noter que ce documentaire était également inclus dans le coffret "Warner Brothers Gansgters Collection Vol. 4". Quatre dessins animés complètent les suppléments.
"Goodfellas" est peut-être le meilleur film des années 1990. Malheureusement, une restauration s'imposait et on devra attendre si l'on veut se procurer l'édition "définitive" de cette oeuvre incontournable.
| Film | 9 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |