Cela devait arriver un jour. Après des années de très grands films, Clint Eastwood prouve qu'il est un homme comme les autres, sujet à faire des erreurs. C'est ce qui arrive sur "Hereafter", un inégal drame ésotérique qui en décevra plus d'un.
Des êtres humains doivent apprendre à vivre avec la mort. Marie (Cécile de France) a survécu à un tsunami qui l'a terriblement affectée. Le jeune Marcus (Frankie Mclaren) est encore traumatisé du décès de son frère jumeau. Au simple touché de ses semblables, George (Matt Damon) est capable de deviner leurs souffrances, conversant même avec les êtres disparus. Un jour, ces trois individus vont se croiser par hasard...
On le savait fragile depuis son précédent Invictus. Clint Eastwood n'allait plus dans la bonne direction, se laissant peu à peu envahir par ses lourds discours moralisateurs et son sentimentalisme exacerbé. Le voilà franchir un nouveau pas vers le bas avec "Hereafter" qui pose d'excellentes questions sur la vie, la mort et la nécessité de créer des liens avec autrui, sans pour autant proposer une réflexion intéressante sur le sujet. Une démarche qui laisse perplexe, surtout de la part de quelqu'un qui a su percer avec brio la complexité du genre humain, par exemple dans ses grandioses Mystic River et Letters from Iwo Jima.
À la façon d'un Altman ou d'un Iñárritu, il embrasse le film choral avec un résultat qui laisse grandement à désirer. De ses trois histoires, il y en a au moins deux qui s'enlisent assez rapidement. Tout d'abord celle du garçon qui ne sert qu'à titiller les larmes du cinéphile, au grand dam de Frankie McLaren qui joue juste dans un double rôle. Puis celle de la reporter française. Chapeau d'avoir ouvert son essai dans la langue de Molière, proposant rapidement une fabuleuse scène catastrophe qui glace le sang. Il n'y a pourtant rien de plus qui en ressort par la suite, ce qui n'empêche pas Cécile de France d'offrir une vibrante prestation.
Il faut donc se tourner vers le récit du très sobre et convaincant Matt Damon, qui fait fi des quelques faux pas en place (tous ces parallèles à Charles Dickens et son fameux A Christmas Carol), pour offrir une émotion qui est réelle, jamais maniérée. À la façon du héros de l'important Unbreakable de Shyamalan, il est capable d'en savoir beaucoup sur quelqu'un après un simple contact physique. Ses pouvoirs en disent pourtant davantage sur lui, figure solitaire qui cherche un chemin qui lui est propre.
Malgré ses quelques agréables séquences et ses solides numéros d'acteurs, "Hereafter" traîne royalement en longueur, jouant avec la patience du spectateur par son horrible montage (qui passe toujours de Marie, à George, à Marcus, avant de revenir à Marie...) et sa musique mielleuse, n'exploitant que partiellement sa prémisse au fort potentiel dramatique. Une déception certaine, surtout de la part du talentueux scénariste Peter Morgan (qui a travaillé sur The Queen et The Damned United).
La qualité de la technologie Blu-ray rachète quelque peu le tout, du moins sur le plan technique. Les images sont vraiment très jolies. La palette de couleurs est riche, les teintes précises captent favorablement la lumière et les contrastes parfaitement homogènes (les ombres sont vraiment importantes) font complètement oublier ce léger blocage. Les pistes sonores sont également impressionnantes, surtout lors de la scène d'introduction avec le tsunami qui sait comment faire vibrer les différentes enceintes. Cela se calme par la suite. Un peu trop, d'ailleurs. Les voix sont claires, mais parfois un peu faibles. Il y a un doublage français et de très visibles sous-titres blancs en français, en anglais et en espagnols.
En plus du disque Blu-ray, le boîtier comporte également une copie DVD et une copie digitale. La pochette dans des tons de bleu, de blanc et de noir montre les visages de Matt Damon et de Cécile de France. Le menu principal s'approprie cette pose statique en la gonflant d'une mélodie solennelle. Les suppléments comprennent neuf intéressantes vignettes de 44 minutes sur la production (on y a aborde notamment la vie après la mort, le choix de la distribution, les lieux de tournage et la nécessité que des Français parlent le français à l'écran, etc.) et un long documentaire sur le cinéaste. Même s'il s'étend sur 89 minutes, on apprend finalement bien peu sur le metteur en scène.
Un endroit de "Hereafter" laisse peut-être deviner le Clint Eastwood de demain. Le personnage de Matt Damon suit un cours de cuisine et il y rencontre une jolie fille interprétée avec délice par Bryce Dallas Howard. Ils se séduisent grâce à la nourriture, multipliant les répliques savoureuses qui font rapidement leur effet. Par le passé l'ancien homme sans nom a déjà usé de la comédie (dans Space Cowboys, et même au sein de Gran Torino qui faisant souvent rire aux larmes), et il serait peut-être temps qu'il se prenne un peu moins au sérieux pour enfin laisser émaner sa fibre humoristique.
| Film | 5 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |