Film de fiction à la fois fascinant et trop rigide sur une des figures les plus importantes de la Beat Génération, "Howl" donne aisément le goût de se replonger dans la littérature américaine de la dernière décennie.
Les années 1950 battent leur plein. Une vague de changements déferle sur l'Amérique, prenant racine dans une ville comme New York. Allen Ginsberg (James Franco) vient de publier Howl et quelques autres poèmes. Sa prose est unique, dérangeante. À tel point qu'un procureur conservateur (David Strathairn) décide de poursuivre son éditeur pour atteinte à la moralité. Un procès s'ensuit et ses répercussions auront des impacts considérables sur son époque et sur les générations à venir.
Voilà un drôle de film, court dans sa durée (à peine 84 minutes) mais qui mérite une attention particulière, étant constitué presque uniquement de joutes oratoires. Dans un premier temps, il y a l'écrivain qui récite son œuvre si importante dans la précédente décennie, dévoilant du même coup son quotidien, ses préférences homosexuelles, sa visite en psychiatrie et sa relation avec sa mère. Par son humour et son charisme, James Franco livre une forte prestation, sans doute moins éclatante que dans 127 Hours mais presque aussi nourrie. Périodiquement l'action se transporte au tribunal où quelques témoins (Marie-Louise Parker, Jeff Daniels, etc.) prennent position pour ou contre ses écrits. En résulte alors une intéressante exploration des mœurs et coutumes, de la liberté d'expression dans l'art et la création. Ces deux univers manquent parfois de fluidité, ce qui peut apporter des ellipses un peu brusques et une légère baisse d'intérêt dans la seconde partie.
Une splendide animation exprime graphiquement les mots et les idées du principal intéressé. Elle n'est pas toujours présente, mais lorsque c'est le cas la rétine ne peut qu'être impressionnée. Sinon le rendu vidéo de l'édition Blu-ray est très séduisant, avec de belles couleurs précises, un noir et blanc exquis, des teintes surprenantes et des contrastes généralement homogènes. Il y a même quelques archives insérées ici et là qui fonctionnent totalement. De quoi oublier ce blocage qui peut parfois se faire ressentir. La piste sonore se veut également très dynamique dans sa façon de faire ressortir des enceintes des bruits de sirènes, d'oiseaux et de métros. Le tout aurait cependant pu être plus immersif. Les voix s'entendent correctement et les nombreux dialogues peuvent être soutenus par des sous-titres anglophones et francophones. Dommage qu'ils soient parfois difficiles à lire.
La pochette jaune et noire est composée d'une multitude de mots et des visages des principaux acteurs. Le menu principal du disque offre plutôt un efficace montage de séquences et une mélodie inspirante. Les icônes lilliputiennes donnent rapidement mal aux yeux. Les suppléments sont beaucoup plus inspirants que l'ouvrage final. Il y a une fabuleuse piste de commentaires des réalisateurs et de James Franco qui évoquent le processus de recherches et d'inspirations, un pertinent documentaire de 40 minutes sur le tournage, des éclairantes entrevues avec les cinéastes, une rencontre avec des amis de l'écrivain et une lecture d'extraits de Howl qui sont effectués par James Franco (son timbre sonore manque parfois de conviction) et, cerise sur le gâteau, par le vrai Allen Ginsberg qui semble parfois entrer en transe.
Brillamment mis en scène par Rob Epstein et Jeffrey Friedman qui avaient offerts à une autre époque l'extraordinaire Times of Harvey Milk, "Howl" est un projet d'une grande rigueur sur une des figures littéraires les plus importantes du siècle dernier. Sans doute que le traitement verbomoteur n'est pas pour tout le monde, sauf que les plus courageux ouvriront leurs oreilles pour ne rien manquer. Un premier pas vers quelque chose d'encore plus essentiel.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |