Sous ses aspects conventionnels, "The Ides of March" est un suspense politisé qui en dit long sur la nature humaine et sur sa capacité à assurer sa survie personnelle avant celle du clan. Un film verbeux, mais passionnant, qui se savoure davantage à la deuxième écoute.
La politique est une arène féroce où les joueurs peuvent perdre leur âme. Stephen (Ryan Gosling) est un attaché de presse et il croit beaucoup en son patron (George Clooney) qui est en pleine campagne pour l'investiture du parti démocrate. Il a cependant maille à partir avec un compétiteur (Paul Giamatti) qui lui propose un emploi alléchant...
George Clooney n'est pas seulement un excellent comédien. C'est également un très bon metteur en scène qui alterne entre les oeuvres importantes et les longs-métrages plus divertissants. "The Ides of March" se trouve à la croisée de ces deux chemins, captivant par son scénario brillant et ses dialogues qui fondent dans la bouche. Bien que son nouveau récit ne soit pas extrêmement original ou même très subtil, il interroge le sens des valeurs et l'intégrité des hommes et des femmes qui sont en politique. Le constat qui en ressort est loin d'être rose.
L'idéalisme ne dure pas très longtemps dans ce milieu de fauves où les trahisons sont nombreuses. Naviguant au sein d'une réalisation sophistiquée, les acteurs s'en sortent brillamment. Ils sont presque tous épatants, de Philip Seymour Hoffman à Paul Giamatti, en passant par Jeffrey Wright, Marisa Tomei, Ryan Gosling et George Clooney lui-même dans la peau d'un politicien plus blanc que blanc. Seule Evan Rachel Wood est coincée d'un personnage plus ou moins bien développé, qui fait dériver l'intrigue vers quelque chose de moins essentiel.
Les images précises et détaillées sont un plaisir à regarder. Les teintes sont développées, la palette de couleurs est toujours juste et les contrastes sont dotés de plusieurs couches de noirs. La musique délicate d'Alexandre Desplat ne tarde pas à faire son effet. Les pistes sonores atmosphériques surprennent lors de moments plus importants (par exemple ces applaudissements qui envahissent soudainement les enceintes). Les nombreux échanges s'entendent parfaitement, le doublage francophone n'est pas négligeable et il est possible d'insérer de très jolis sous-titres blancs.
Cette édition comprend deux disques. Le premier est un Blu-ray et le second un DVD, qui fait également office de copie digitale. La pochette est étonnante, superposant le visage de Ryan Gosling à celui de George Clooney. Le menu principal du disque opte plutôt pour un montage aéré de scènes qui est orné d'une mélodie solennelle. Les bonus reviennent sur les origines théâtrales de l'histoire et l'élaboration de la distribution, les interprètes racontent la joie de travailler avec le cinéaste et un consultant politique parle de son métier. Ces quatre segments totalisent environ 26 minutes d'informations pertinentes. Il y a également une drôle et instructive piste de commentaires de son réalisateur et de Grant Heslov qui agit en tant que producteur et co-scénariste.
Le meilleur film mis en scène par George Clooney depuis son illustre Good Night and Good Luck, "The Ides of March" est une étude fascinante et éloquente d'un royaume cruel où le plus rusé à bien souvent le dernier mot. Malgré son classicisme d'ensemble et son petit côté années 1970 pleinement assumé, l'ouvrage séduit allègrement et il se bonifie grandement au fil des visionnements. Il est donc conseillé de le voir plus d'une fois, seulement pour découvrir de nouveaux éléments qui enrichissent l'intrigue, les thèmes et les motivations des personnages.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |