Troisième volet de la trilogie des dollars, "Le Bon, la Brute et le Truand" du réalisateur italien Sergio Leone portait alors à son apothéose, lors de sa sortie en 1966, le style que l'artiste avait développé dans ses films précédents et confirmait ainsi sa place parmi les grands metteurs en scène de western de la planète. Personne n'aurait alors cru qu'il pourrait faire encore mieux, mais c'est ce qui arriva pourtant avec son film suivant Il était une fois dans l'ouest. Mais cette histoire est pour une autre fois...
Pour l'instant, on est plus qu'enthousiaste de la sortie en Blu-ray d'un des chefs-d'œuvre du cinéma européen. Tout comme ce film de Leone arrivait à point à l'époque pour redonner vie à un genre cinématographique qui se mourrait enfermé dans ses conventions rigides et moralistes, on peut aussi dire que sa sortie sur disque bleu (qui est argenté en fait!) est parfaite pour montrer à un jeune public qu'avant des réalisateurs au travail stylisé comme Quentin Tarantino, Roberto Rodriguez ou John Woo il y avait ce maître du baroque. Souvent copié, jamais inégalé, il fait bon revoir les grands films de cet admirateur de John Ford qui su créer son propre univers et se démarquer du réalisateur américain, allant même jusqu'à le surpasser aux yeux de certains ... dont je suis!
L'histoire du film se déroule sur un fond de guerre civile américaine avec un trio de mécréants qui entend parler de sources variées d'un trésor en pièces d'or qu'un officier sudiste aurait caché pour empêcher les nordistes de mettre la main dessus. Or les trois brigands en question - Le bon Clint Eastwood, la brute Lee Van Cleef et le truand Eli Wallach - détiennent chacun une bribe d'information qui leur permettra de récupérer cette fortune. Ils devrons tour à tour faire alliance, se trahir, se faire chanter ou se violenter pour essayer de soutirer à leurs collègues les renseignements précieux. Le tout les mènera finalement au triel final légendaire dans le cimetière où se trouve l'or...
Plus qu'un simple western à l'américaine avec des bons, des méchants et une fille ou une famille à sauver ou protéger, le film de Leone introduit, outre une façon de tourner nouvelles avec ses gros plans extrêmes, ses paysages déserts et ses villages aux habitants piteux et sales, toutes sortes d'éléments surprenants dans sa construction. Par exemple, il n'y a plus clairement de ligne de morale entre les bons et les méchants, les uns pouvant maintenant utiliser la torture, le chantage ou simplement rester indifférents aux injustices et les autres étant capables de galanterie, de compassion et même d'amour. Il n'y a plus non plus de jugement de la situation et de prise de position face à un conflit comme la Guerre de Sécession. Les soldats nordistes sont ici aussi vils et méchants que les Sudistes et leur combat n'est pas plus juste aux yeux des protagonistes qui ne sont intéressés que par l'appât du gain. Aussi, la violence qui existait sous toutes ses formes dans l'Ouest mythique est ici montrée crûment et durement, sans nuances et sans excuses. Et ainsi de suite...
La qualité audiovisuelle du disque est impeccable. On a su faire ressortir assez les éclats de lumière et les détails des couleurs pour rendre le tout merveilleusement chaleureux et émotif lorsque nécessaire. La superbe direction photo, avec ses nuances de brun poussiéreux et l'importance qu'elle accorde aux ombres et aux lumières est ainsi mise en valeur pour la première fois depuis bien longtemps. Et puis on a bien travaillé la copie de transfert, nous donnant un résultat aussi impeccable que possible considérant l'âge du long-métrage. Pour le son, la musique d'Ennio Morricone qui, on le sait, est centrale aux films de Leone, est ici bien mixée et les effets achevés par le choix de tel ou tel instrument ou tel ou tel bruit amplifié et répété à satiété fonctionnent parfaitement dans un environnement ambiophonique 5.1. Ils semblent ajouter à l'ambiance de tension précédant les scènes de mort et travaillent ainsi dans le sens désiré par Leone qui accordait beaucoup d'importance aux paysages sonores de ses univers.
En suppléments sur ce DVD on retrouve deux commentaires audio d'historiens du cinéma (Richard Schickel et Christopher Frayling), une revuette sur le tournage, une sur le réalisateur et sa carrière, une sur le compositeur fétiche de ce dernier, Ennio Morricone, qui joua un rôle important dans le style de Leone et une dernière sur le travail de restauration et de remodelage du film pour sa sortie en Blu-ray. On retrouve aussi quelques scènes retranchées du montage final ainsi qu' un documentaire sur la Guerre civile américaine qui sert de toile de fond à "Il Buono, Il Brutto, Il Cattivo" et une bande-annonce en français.
| Film | 9 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |