Certains films approchent leurs sujets de façon artificielle et couvrent le tout d'une épaisse couche de sucré pour tenter d'enrayer le manque de développement. Les équipes impliquées jettent la poudre aux yeux en effets visuels jamais vus, mais oublient (souvent volontairement) de mettre la chair autour de l'os, donnant lieu à des films de qualité douteuse. Avec "Kick-Ass", on se retrouve devant l'exception qui confirme la règle: les superhéros ne sont plus des êtres dotés de pouvoirs extraordinaires. Ils ne sont que des humains bloqués dans leur évolution, le costume étant désormais relégué à un rite de passage à un autre chapitre dans la vie des personnages impliqués.
Dave est un adolescent qui n'a absolument aucune spécialité dans sa vie. Il ne plaît pas aux filles, il n'a que de rares amis se moquant de lui et il partage avec eux une passion certaine pour la bande dessinée. Ou plus particulièrement au culte du superhéros. Sa passion intervient bien souvent dans sa vie quotidienne, se demandant pourquoi personne ne l'avait fait auparavant. Lorsqu'il reçoit ce qu'il convoitait depuis si longtemps, Dave se trouve un nom (le titre du film), des armes et s'entraîne comme il peut avec les rares moyens qu'il a, à transcender son image et devenir un héros. Seulement, sa première incursion se solde en un coup de poignard dans l'estomac et une rencontre face à face avec un véhicule. Quelques temps plus tard, les médecins lui apprennent qu'il a une plus grande tolérance à la douleur... il n'en fallait pas davantage pour qu'il reprenne néanmoins du service, avec un presque super-pouvoir en plus. Bientôt, il est la coqueluche sur le web et sa première apparition fait jaser toutes les classes de la société, notamment les hauts placés dans l'illégalité.
Ayant le double rôle de réalisateur et co-scénariste, Matthew Vaughn jongle très bien avec le genre de la comédie et du film d'action, autant que l'adaptation de la bande dessinée. Usant du thème de l'adolescent passant à l'âge adulte, Vaughn s'intéresse aux motivations des jeunes à revêtir des habits moulants et combattre le crime où qu'il se trouve. Le personnage de Aaron Johnson, "Kick-Ass", est à l'opposée d'un Alex de Clockwork Orange, ce dernier étant destiné à détruire. Ici, "Kick-Ass" n'est que le reflet du subconscient de Dave, c'est-à-dire de répandre le bien au détriment de sa personne, en plus d'accepter, bien souvent, les responsabilités d'autrui sur ses épaules. Le récit de Vaughn ne s'arrête pas aux clichés habituels des adaptations de superhéros, du moins pas pour le personnage principal. Dave n'a aucune vendetta personnelle, aucune mutation corporelle, il n'en veut à personne et n'a aucune histoire de violence dans sa famille ni de trouble psychotique. Il n'est qu'un adolescent vraiment ordinaire et sa quête de faire le bien, comme l'adolescence qu'il s'apprête à quitter, est de courte durée, mais nécessaire. Aaron Johnson, acteur anglais, communique une très crédible et sincère interprétation des deux côtés du masque. Il nous ramène quelques bribes de Peter Parker ici, Clark Kent là, mais ne tombe jamais dans la caricature pure et simple. Son attirance pour les superhéros semble provenir d'un trou béant et vide que son existence procure.
Mark Strong offre sa forte présence et son charisme dans le rôle du caïd du monde interlope et Christopher Mintz-Plasse joue un dérivé de son personnage de Superbad, mais encore une fois avec conviction et un peu plus de maturité. Les tics de discours de Nicolas Cage, sous son apparence héroïque, rappellent ceux de Adam West dans la série Batman des années 60 (laquelle ne sortira certainement jamais en DVD étant donné les problèmes légaux entre Columbia et la Warner). Quant à Chloë Grace Moretz, elle livre une performance peu commune dans la peau de la très exubérante et malpolie "Hitgirl". Ses prouesses de combat lui valent les meilleurs instants du film en guise d'action. La distribution est un plaisir à voir jouer à l'écran et le récit est mené tambour battant par la réalisation de Vaughn, dont on espère voir un long-métrage aussi bon dans un avenir rapproché. La musique composée par trois (comptez-les sur la pochette) musiciens s'adapte très bien au propos. Elle sait devenir héroïque, intimiste et silencieuse au moment opportun. Si l'on a peine à imaginer un "Kick-Ass 2", sachez toutefois que la porte est laissée grande ouverte pour une suite... remarquez, conclure un film de la sorte prouverait d'un meilleur acte de foi que s'étendre inutilement (Matrix 2 et 3, quelqu'un?). C'est-ce que le film nous démontre scène après scène: il faut savoir doser... et le film comporte son lot d'importance à ce sujet, évitant de sombrer dans la redite et les moments trop exagérés. Ne nous le cachons pas, certaines scènes manquent de crédibilité physique, mais lorsqu'on regarde le tableau complet, Vaughn ne néglige pas non plus de livrer un travail visuel des plus accomplis et fascinants en terme de héros réaliste. De plus, il ne recule pas devant un lot de violence un peu excessive qui ajoute un charme certain au film.
Lionsgate propulse "Kick-Ass" sur Blu-ray avec un transfert des plus performants. On ne dénote que quelques moments moins réussis, notamment les scènes d'hélicoptère où l'on voit la ville en paysage. Ces instants conservent une certaine instance de bruit interrompant quelque peu l'intérêt et la cohérence visuelle. Sinon, le reste est absolument impeccable et surprenant. La saturation de couleur rappelle qu'on regarde un film tiré d'une bande dessinée, les textures et contrastes sont habilement reproduits, bref, le spectacle est d'une grande beauté et ce transfert rend honneur au film en tout instant. Lionsgate offre sur ce disque une bande son agressive et en lien avec le transfert vidéo et la qualité du film. La basse est présente et subtile, excessive lorsque demandé, les effets sonores ne semblent pas sortis d'une librairie de sons entendus mille fois, la profondeur de champ est très bonne et l'ambiophonie fait travailler le cinéma maison à merveille.
Pour ses gros canons, Lionsgate réserve habituellement une pléthore de suppléments et "Kick-Ass" ne fait pas exception à la règle. Dans cette édition, vous trouverez un mode BonusView "Ass Kicking", une piste de commentaires de Matthew Vaughn, un documentaire de plus de deux heures sur la production, les revuettes "Les origines de Kick-Ass", "L'art de Kick-Ass" ainsi que les archives du marketing de Kick-Ass. Vous en aurez pour des heures à regarder ces suppléments très bien préparés, pertinents et amusants à la fois. Lionsgate vous procure un ensemble qui vous permet d'en apprendre autant sur le film que sur la bande dessinée. Après avoir vu tout ceci, je me mets de l'argent de côté et m'achète la bande dessinée dès que possible!
"Kick-Ass" est un succès dans tous ses aspects: l'histoire est bien ficelée, les personnages sont menés par des acteurs de talent, l'action n'est pas ignorée et la dose de violence rend le tout quelque peu "cartoon". La réalisation est très compétente et le transfert audio et vidéo offert par Lionsgate est tout simplement percutant. La liste de supplément est non seulement intrigante, son contenu fascine presque autant que le film de par sa pertinence. "Kick-Ass" n'est ni plus ni moins que l'un des meilleurs films de superhéros pour la génération actuelle et procure une satyre très intéressante sur le culte du héros de bandes dessinées. Cette première incursion en Blu-ray reçoit une très chaude recommandation. Placé aux côtés de Scott Pilgrim Vs. The World, vous passerez rien de moins qu'une excellente soirée avec le meilleur des deux mondes. Reste maintenant à savoir lequel regarder en premier...
| Film | 9 |
| Présentation | 10 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |