Les fans des deux Batman de Christopher Nolan qui ne jurent que par Christian Bale seront sans doute intéressés par "The Machinist" où leur idole trouve probablement son meilleur rôle en carrière. Et pourquoi ne pas opter pour la version Blu-ray qui est encore toute chaude?
Trevor Reznik (Bale) n'a pas dormi depuis un an. Son état psychologique commence à lui jouer des tours, à moins que ça soit ses camarades du travail qui ne semblent pas toujours l'apprécier à sa juste valeur. Menant une vie morne, il passe son temps auprès d'une gentille prostituée (Jennifer Jason Leigh) et d'une réconfortante serveuse (Aitana Sanchez-Gijon). Jusqu'au jour où il commence à réaliser que quelque chose ne tourne pas rond dans son quotidien...
Hommage efficace au cinéma d'Hitchcock qui n'hésite pas à recycler la matière première des meilleurs films noirs des dernières décennies (Memento, American Psycho, Fight Club, Jacob's Ladder, etc.), "The Machinist" prend aussi sa source dans la littérature de Kafka et de Dostoïevski. Malgré toutes ces influences, le long-métrage, très bien mis en scène par Brad Anderson, bénéficie d'un solide scénario déconstruit de Scott Kosar où les ellipses chronologies sont la norme. Bien que le symbolisme et que les métaphores soient omniprésents, le suspense fonctionne au quart de tour et ce, même si la prémisse se veut assez prévisible.
L'ensemble est surtout relevé par le jeu vibrant des interprètes. Christian Bale a perdu plus de 30 kilos et il ressemble à un squelette ambulant. C'est son jeu physique qui marque les esprits et sa performance glacera le sang à plusieurs cinéphiles. Ses acolytes campent des personnages beaucoup moins définis et ils le font avec justesse et acuité. Surtout Jennifer Jason Leigh, cette excellente actrice qui trouve rarement un rôle à sa mesure.
Comme dans ses précédentes réalisations, le cinéaste sait insuffler un style à son récit. Ici, le climat nocturne se veut rapidement étouffant. Tout y est gris, et c'est cette sombre palette de couleurs qui donne une atmosphère si particulière à la production. La très jolie photographie est également dotée de superbes contrastes et d'une image étonnante où les détails sont nombreux. Il n'y a finalement que le blocage qui vient parfois gâcher la sauce.
Sur le plan sonore, les différentes enceintes ne servent qu'à créer une ambiance lourde où les bruits de moteurs de voitures, de machines quelconques et d'avions font bon ménage. Les voix, un peu faibles, ne sont cependant jamais entravées, et mieux vaut insérer de très visibles sous-titres blancs en français plutôt que la très ordinaire traduction française. La musique de Roque Banos, aussi inquiétante que datée, doit beaucoup au mythique compositeur Bernard Herrman.
La sinistre pochette représente un terrifiant Christian Bale. Le menu principal du Blu-ray reprend ce concept en demeurant statique et sans musique. Les suppléments s'avèrent suffisamment complets, et ce, même si le tout aurait pu durer encore plus longtemps. Il y a tout d'abord un intéressant documentaire qui permet au scénariste et au réalisateur de parler des thèmes, des personnages, des lieux de tournage et de la transformation démentielle du protagoniste. Éclairant. Tout autant que cet excitant segment où les deux hommes lèvent le voile sur les nombreux puzzles qui ornent leur ouvrage. À regarder impérativement après le film. Il y a ensuite une chronique de tournage qui permet d'apercevoir Brad Anderson diriger son équipe technique, huit scènes supprimées un peu trop révélatrices et une bande-annonce ratée qui en dit beaucoup trop sur les mystères du long-métrage. Le tout se termine par une pertinente piste de commentaires narrée par le metteur en scène qui se plaît à disséquer son nouveau bébé.
"The Machinist" est un très honnête suspense fauché qui n'a rien à envier aux superproductions hollywoodiennes. Sans être fondamentalement originale, l'intrigue tient aisément en haleine, la composition de Christian Bale se veut marquante et cette édition Blu-ray offre suffisamment de bonus pour donner le goût de réécouter le tout une seconde fois. Cinq années après sa sortie, son aura est encore intacte, et c'est pour le mieux.
| Film | 6 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |