À Memphis dans les années 1950, un jeune blanc-bec du nom de Huey Calhoun se met à fréquenter une boîte de nuit tenue par des "gens de couleur", malgré les avertissements de son père qui lui a toujours dit d'éviter le quartier "sombre" de la ville. Il tombe en amour avec cette musique interdite qui annonce la naissance du rock'n'roll, mais surtout avec l'une des vedettes du club, Felicia Farrell. Il promet à la chanteuse noire de diffuser son disque dans une station de radio commerciale un jour, et de faire découvrir sa voix délicieuse au grand public. À force de persévérance, Huey deviendra disc-jockey et brisera plusieurs tabous en faisant tourner des chansons poliment qualifiées de raciales dans cet État du Sud déchiré par la ségrégation et le puritanisme. Le succès commercial remporté par son émission lui permettra de conserver le micro malgré le racisme ambiant, mais le DJ refuse de cacher publiquement son amour pour la chanteuse noire, au risque de briser sa carrière et celle de la femme qu'il aime.
L'histoire de "Memphis" est inspirée de Dewey Phillips, un des premiers blancs à diffuser la musique des "gens de race" sur les ondes radiophoniques américaines. Le livret signé par Joe DiPietro a remporté plusieurs prix et pour cause, puisque les textes constituent véritablement le point fort de cette production. Il n'est pas évident d'aborder une période historique aussi sombre à la manière Broadway, mais le sujet est admirablement exploité ici grâce à l'humour et à l'intelligence des textes. On se permet même de rire des chanteurs blancs ringards de l'époque, en qualifiant l'une de ces légendes de Perry Coma. En fin de compte, le récit nous offre un divertissement certes, mais toujours doublé d'un propos profond.
Les comédiens ont été choisis avant tout pour leur voix et à ce registre, le travail vocal et les agencements harmoniques livrés par les membres de la distribution sont splendides. Le jeu d'acteur qu'on retrouve dans "Memphis" est caractéristique d'une pièce de Broadway, c'est-à-dire une interprétation exagérée qui doit être visible depuis le fond de la salle tout en demeurant tout de même naturelle. Dans le rôle du personnage principal, Chad Kimball possède un timbre juste quand il chante, mais sa performance contribue davantage à l'aspect comédie de la production, tandis que le côté musical est assuré avec brio par Montego Glover, qui incarne Felicia Farrell avec une voix digne des grandes chanteuses de l'étiquette Motown. Les chorégraphies se démarquent assez peu dans l'ensemble.
Une bonne place est évidemment faite aux chansons. La musique composée par David Bryan (le claviériste de Bon Jovi) s'inspire du son des fifties, mais les arrangements souvent trop modernes ajoutent une touche d'anachronisme musical qui déplaira aux puristes du genre. Les pièces sont majoritairement dérivées des standards du blues, du rock et du gospel, mais revisitées à la sauce Broadway. Il faut bien sûr pouvoir discerner chaque parole dans une comédie musicale où l'ensemble des répliques sont chantées (d'autant plus qu'il n'y a pas de sous-titres sur le Blu-ray), mais on a mis un peu trop à l'avant l'ensemble des voix dans le mixage audio, ce qui a pour effet de diminuer la présence de la musique d'accompagnement. Les cuivres percent le spectre sonore avec un son cristallin, mais on perd la présence des basses de façon générale.
Le Blu-ray de "Memphis" propose une captation dynamique du spectacle et non pas une adaptation filmée pour l'écran. La présentation est en haute définition, mais affiche une texture semblable à celle des diffusions télévisées plutôt qu'un grain de cinéma. La qualité des images est toutefois limpide et nous permet même de voir les gouttes de sueur perler sur le visage des interprètes. On se trouve donc aux premières loges, surtout qu'en combinant les plans de vue d'au moins trois caméras différentes à un montage créatif, les réalisateurs Don Roy King et Christopher Ashley ont réussi à dépasser le simple exercice de théâtre filmé. Lorsque le DJ passe de la radio à la télévision par exemple, la prise de vue bascule dans la résolution de l'époque, avec des images granuleuses en noir et blanc. Le graphisme du boîtier, tout comme celui des menus, reprend les couleurs violettes et le design de l'affiche originale, avec un lettrage de néons superposé à une photo prise dans le feu de l'action. Le disque lui-même est un bel objet, ce qui est assez rare, avec son imprimé qui imite le motif d'un vieux 45 tours. On compte plusieurs suppléments au programme, notamment la bande-annonce, mais aussi le livret numérisé qu'on peut consulter page par page, les salutations de tous les membres de la distribution, et une revuette qui met en vedette l'auteur, le compositeur et les réalisateurs qui nous expliquent leur démarche pour créer et capter le spectacle.
On retrouve dans "Memphis" les mêmes qualités qu'un classique comme West Side Story, soit un propos substantiel qui porte à réflexion sous le vernis des chansons et de la danse. Malgré certains arrangements musicaux un peu quétaines, cette histoire d'amour impossible est brillamment interprétée et vaut la peine d'être visionnée, même si vous n'êtes pas friand de comédies musicales de prime abord.
| Film | 7 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 6 |