Lorsqu'on pense aux grandes histoires d'amour pastorales et romantiques du dix-neuvième siècle, on a généralement en tête des films britanniques basés sur les romans de Jane Austen ou des sœurs Bronte. Avec le chef-d'œuvre "My Brillian Career" sorti en 1979 et restauré récemment pour une sortie sur disque haute définition chez Blue Underground, un distributeur habituellement spécialisé dans les films d'horreur de série B (!!!) , on découvre que l'exclusivité de ces récits n'appartient pas aux Anglais, puisque ce petit bijou fut tourné par Gillian Armstrong dans son Australie natale.
Mettant en vedette de très jeunes Judy Davis et Sam Neill, ce magnifique long-métrage est tiré du roman semi-autobiographique du même nom écrit par Miles Franklyn en 1901. L'auteure y raconte son adolescence pauvre dans la campagne australienne et son désir de vivre à contre-courant des valeurs imposées aux jeunes femmes de l'époque. C'est à dire travailler à la ferme, trouver un mari et faire des enfants en servant ce dernier aveuglément. Artiste dans l'âme, rebelle dans ses agissements, Miles Franklyn lutta toute sa vie pour s'imposer comme un être humain à part entière et non comme simplement "la femme de monsieur x ou y". On pense un peu à deux autres vies similaires qu'on mit en image récemment, avec des résultats nettement moins impressionnants toutefois, soit celle de Jane Austen (Becoming Jane) avec Anne Hathaway dans le rôle de l'écrivaine et celle de Béatrice Potter, la créatrice des premiers livres illustrés pour enfants (Miss Potter) mettant en vedette Renée Zellwegger.
Dans le film tiré de sa première œuvre, l'alter ego de Franklin, Sybylla Melvin (Davis) donne du fil à retordre à ses parents lorsqu'elle refuse de travailler la terre familiale et préfère rêvasser et écrire son journal toute la journée. Lorsque sa grand-mère maternelle, nettement plus aisée financièrement, la fait venir dans son domaine rural, la jeune Sybylla est folle d'enthousiasme. Pensant avoir quitté la dure vie de ferme pour les cercles mondains villageois, elle s'apercevra bien vite que les conventions et le mode de vie imposés aux femmes sont aussi présents dans ce nouveau milieu. Une fois le vernis enlevé, cette société aisée est tout aussi étouffante pour la jeune Miss Melvyn. Heureusement, cela ne semble pas effaroucher le riche voisin et ami d'enfance de Sybylla, le beau Harry (Neill). Mais la sauvage et déterminée jeune artiste ne se laissera pas capturer si facilement. Déchirée entre son indépendance, son amitié pour Harry, la pression de sa famille et ses visées professionnelles, la jeune femme devra faire des choix difficiles...
Empreinte de joie de vivre, d'humour, de cabotinages, mais aussi de drame et de cruauté, cette histoire d'amour et de vie est certainement racontée avec maîtrise et passion par sa réalisatrice. Les comédiens sont tous excellents, avec une Judy Davis se démarquant particulièrement par une performance emplie de fraîcheur, d'énergie et de caractère. Les paysages et la direction photo sont aussi à couper le souffle. Pas étonnant que ce film remporta six prix lors de la cérémonie couronnant le cinéma australien (dont celui du meilleur film et de la meilleure réalisation), qu'il fut sélectionné aux Oscars et qu'il participa au Festival de Cannes en compétition officielle. À voir absolument pour les cœurs romantiques et les amoureux du dix-neuvième siècle.
Visuellement, le transfert est très bien réussi. Comme toujours les gens de chez Blue Underground ont pris le temps de bien faire les choses. On a travaillé à partir du négatif original et même engagé le directeur photo original, Donald McAlpine, pour superviser le travail de restauration. Le résultat est superbe, avec des couleurs chaudes et une netteté de l'image époustouflante. Chaque plan est impeccable et l'ambiance de lumière est telle qu'elle ajoute subtilement aux émotions vécues par les personnages. Pour l'audio, on a aussi fait un travail remarquable. Les bruits ambiants, comme le vent dans les herbes ou les pas sur les planchers de bois acquièrent une dimension propre sur la bande DTS-HD 7 .1 qui remplissent nos têtes et nous transportent dans l'univers de Sybylla. Les dialogues intelligents sont aussi bien servis par le travail de numérisation et on distingue bien la palette de fréquences.
En suppléments, on retrouve un commentaire audio optionnel de la réalisatrice, une entrevue avec cette dernière, une autre de la productrice Margaret Fink, un documentaire sur l'écrivaine et féministe Miles Franklin et un reportage sur le Festival de Cannes où quelques participants au film allèrent le présenter lors de sa sortie.
| Film | 9 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 10 |
| Audio | 10 |