David Lynch et Werner Herzog font équipe pour "My Son, My Son, What Have Ye Done", une œuvre aussi étrange que fascinante qu'il ne faut surtout pas prendre au premier degré. Lorsque deux monstres sacrés du septième art se rencontrent pour offrir un effort très intéressant qui n'a toutefois rien de majeur ou d'inoubliable.
Le détective Hank (Willem Dafoe) arrive sur la scène d'un crime horrible: une femme a été tuée à l'aide d'un sabre! On suspecte rapidement un voisin d'avoir commis ce meurtre. Se voyant pris au piège, Brad (Michael Shannon) s'enferme chez lui, prétextant détenir des otages. Afin de faire la lumière sur toute cette affaire, les forces de l'ordre décident d'interroger quelques témoins importants (dont Chloë Sevigny et Udo Kier) qui relatent les dernières journées du présumé assassin.
L'affiche est alléchante: Werner Herzog se trouve derrière la caméra et David Lynch agit en tant que producteur exécutif. De quoi attirer l'attention du cinéphile pour un film qui, malheureusement, n'a jamais pris l'affiche dans les salles du Québec. Autant le résultat est probant (sans nécessairement être à la hauteur des attentes), autant ce n'est pas surprenant à une époque où la prise de risques est minime. Car "My Son, My Son, What Have Ye Done" n'a rien du récit conventionnel. En fait, le travail est tellement décalé et saugrenu que plusieurs spectateurs qui prennent tout au pied de la lettre risquent d'être complètement largués.
Comme dans son mésestimé Bad Lieutenant: Port of Call New Orleans, le cinéaste est un maître de l'humour noir, se permettant d'abandonner quelques minutes son histoire pour filmer des autruches! De quoi déconcerter... et rappeler par le fait même que la touche d'Herzog est partout, notamment dans sa fascination pour la jungle (du Pérou!), pour les animaux et pour la folie qui afflige ses héros. Dans le rôle titre, Michael Shannon offre une des meilleures prestations de l'année, campant un être déséquilibré qui donne littéralement froid dans le dos. Il est aidé par une composition hétéroclite d'excellents comédiens, de judicieuses ellipses chronologiques qui évitent les confusions inutiles et une surprenante musique ironique.
La sublime photographie est au service d'une image précise, aux contrastes sans doute imparfaits et granuleux, mais qui sait bien utiliser ses couleurs et ses teintes pour offrir un agréable rendu visuel. Le soin sonore est également appréciable, avec ces pistes qui ne lésinent pas sur les bruits d'eau, de train et de coups de tonnerre. Bien que claires, les voix se font parfois entraver, et si la traduction dans la langue de Molière laisse parfois à désirer, le choix de sous-titres blancs en anglais n'est pas nécessairement une bonne idée, car l'écriture ne s'affiche pas toujours de façon naturelle.
Le boîtier simple et efficace représente le noir du néant, séparant la pochette d'un sabre, affichant les visages de Michael Shannon et de Willem Dafoe. Le menu principal du Blu-ray imite le tout (de façon statique) en y superposant une drôle de mélodie chantée. Les suppléments se limitent peut-être à trois bonus, sauf qu'ils méritent le détour. Un documentaire de 28 minutes fait un tour d'horizon assez complet du projet, le court-métrage "Plastic Bag" de Ramin Bahrani et comportant une narration de Werner Herzog mélange poésie et sarcasme pendant près de 20 minutes, alors qu'il y a une divertissante piste de commentaires du cinéaste qui, en compagnie d'un producteur et d'un co-scénariste, discutent de la nature de l'ouvrage et de leur désir de s'éloigner des conventions.
À la façon d'un Twin Peaks (mais en moins mémorable et maîtrisé), "My Son, My Son, What Have Ye Done" est un long-métrage fascinant et déboussolant, complètement imprévisible, qui risque autant de jouer avec la patience d'un public moins averti tout en ravissant au plus haut point les adeptes d'ovnis. Une atmosphère très étrange... mais dans le bon sens du terme.
| Film | 7 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |