Sans nécessairement offrir les flammèches escomptées, la rencontre entre Seth Rogen et Anna Faris dans "Observe and Report" permet au premier de solidifier son statut du prince de la comédie et à la deuxième de penser à changer de registre, car la répétition n'a pas toujours meilleur goût.
Un pervers traumatise la gente féminine d'un centre commercial, surtout la jolie Brandi (Anna Faris) qui travaille au département des cosmétiques. Désirant impressionner sa douce tout en faisant régner l'ordre, le gardien de la sécurité Ronnie (Seth Rogen) et ses acolytes font tout en leur pouvoir pour l'arrêter. C'est peine perdue et les échecs s'accumulent. À tel point que les policiers sont rapidement appelés en renfort. Malheureusement pour le détective Harrison (Ray Liotta), Ronnie cherche ardemment à résoudre l'enquête à sa façon, ce qui risque de mettre en danger la sécurité de tous et chacun.
Par son sujet, "Observe and Report" ressemble à s'y méprendre au médiocre Paul Blart: Mall Cop qui a pris l'affiche au début de 2009. Le nouveau film de Jody Hill n'a toutefois presque rien à voir avec celui de Steve Carr, ce qui est une bonne nouvelle en soi. Chez le cinéaste du mordant The Foot Fist Way, la mise en scène sert indéniablement le récit et la réalisation professionnelle utilise efficacement le montage pour donner un peu de pimpant à l'ensemble.
La bande-annonce, hilarante et efficace, regroupe aisément les meilleurs moments de la production. Cela n'empêche pas le long-métrage de divertir sans trop se casser la tête. Par l'humour, peu intellectuel et politiquement incorrect, qui se moque autant des immigrants que des personnes à mobilité réduite, et par les thèmes, souvent trop moralisateurs et superficiels, qui finissent pourtant par soutirer de nombreux sourires, surtout par cette obsession qu'ont tous les personnages pour les armes à feu. Il s'agit d'un film de superhéros comique qui frôle le pathétisme pour s'asseoir confortablement dans le slapstick et les allusions vulgaires.
Rien ne serait aussi réussi et rafraîchissant sans la présence de Seth Rogen. Ce John Belushi du 21e siècle s'en donne à cœur joie dans un rôle qu'il connaît parfaitement, livrant une prestation physique et émotionnelle décapante. Il est de presque toutes les scènes et ce n'est pas un hasard. Sa bouille charismatique lui permet à peu près de dire et de faire n'importe quoi sans nécessairement verser dans les excès d'un Pineapple Express. Dommage que sa partenaire de jeu ne soit pas aussi inspirée. Anna Faris répète encore et toujours les mêmes sottises de la blonde idiote et son apport amoureux à l'histoire plombe quelque peu le rythme. La distribution secondaire s'avère agréable quoique beaucoup trop stéréotypée, avec un délicieux Ray Liotta en tête de liste.
La musique variée qui alterne les différents styles (country, pop, rock façon Pixies et Queen...) se veut descriptive, laissant peu de souvenirs impérissables. Les pistes sonores sont généralement immersives, avec ces mélodies, ces balles perdues et ces applaudissements qui s'échappent périodiquement des différentes enceintes. Les voix parfois insuffisamment élevées peuvent compter sur une honnête traduction française doublée au Québec, ainsi que sur de très visibles sous-titres blancs, ce qui est l'idéal afin de tout écouter en version originale. Les images affichent sont lot de détails significatifs, des couleurs précises, d'intéressants jeux lumineux et des contrastes aux noirs nuancés. C'est solide à défaut d'être spectaculaire.
La pochette jaune et bleue représente ces agents provocateurs. Le banal menu du Blu-ray reprend cette idée peu définie. Les suppléments proposent 28 minutes de scènes coupées (hilarantes, mais superflues), 13 minutes de séquences ratées pas toujours comiques, un court segment sur l'entraînement qu'a dû suivre Rogen pour pouvoir suivre le rythme, une vidéo assez cocasse afin de recruter de nouveaux agents de sécurité ainsi qu'un document peu étoffé sur la chimie entre l'antihéros sociopathe et Anna Faris. Tout cela se regarde plus par curiosité, car l'information pertinente n'est pas toujours de mise. Le tout se termine par une piste de commentaires à la fois drôle et superficielle de Hill, Rogen et Faris qui s'en donnent à cœur joie dans leur description de cet univers disjoncté. Des bonus seront bientôt disponibles grâce au support BD-Live, et une copie numérique est également insérée dans le boîtier.
Avec des titres comme I Love You, Man et Adventureland, la comédie américaine remplit honnêtement son mandat de faire rire. Il n'y a encore rien de mémorable (du moins, au premier degré, car en fouillant bien, il pourrait s'agir de l'ultime comédie noire de l'année) dans une production comme "Observe and Report", si ce n'est un humour ravageur, des scènes outrancières et un Seth Rogen en pleine forme. Un petit pas dans la bonne direction.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |