The Shining [Blu-ray]
Warner Home Video

Réalisateur: Stanley Kubrick
Année: 1980
Classification: 18A
Durée: 144 minutes
Ratio: 1.66:1
Codec: 1080p (VC-1)
Langue: Anglais (DD51, PCM51), Français (DD51), Espagnol (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (BD-50)
Code barres (CUP): 085391293859

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
13 février 2011

"Salut Lloyd, c'est le désert ce soir!"

Suite au maigre succès de Barry Lyndon, Stanley Kubrick venait d'essuyer un revers pour son film fétiche, Napoléon. Après quelques années, il décida d'adapter la nouvelle "The Shining" de Stephen King, avec les services de Diane Johnson à la co-écriture. Le réalisateur prit encore plus son temps pour le tournage, allant jusqu'à prendre huit mois afin de boucler le tout. En tant que perfectionniste, Kubrick atteignit son record de prises. Par exemple, une scène entre Scatman Crothers et le jeune Danny Lloyd, fit usage de 88 prises afin d'obtenir le résultat voulu par Stanley. Malgré tout ces efforts, Stephen King détesta le résultat, reniant le produit final comme adaptation "officielle". La critique et le public ne l'entendirent pas de la même façon, jugeant le film comme un des meilleurs films d'horreur à jamais avoir été produit.

Jack Torrance (Nicholson) est un écrivain décidé à faire un changement dans sa vie. Préparant un projet d'écriture ambitieux, ce dernier cherche un calme plat pour l'inspiration nécessaire. Jack passe une entrevue à l'hôtel Overlook afin d'en prendre la charge durant l'hiver. Le directeur annonce à l'intéressé que dans les années 70, un homme ayant le même poste que lui, a souffert d'une forme d'isolation et a abattu sa famille. Jack ne sourcille pas et obtient donc le job. Une fois installés, les divers membres expérimentent l'hôtel et ses environs comme ils peuvent... jusqu'à ce que des événements étranges commencent à se produire. Le fils Danny (Lloyd) se détache de ses parents tandis que Jack sombre dans une isolation psychologique totale, excepté pour converser avec les esprits du passé.

Véritable œuvre transcendant le celluloïd sur lequel elle est imprimée, cette adaptation de la célèbre nouvelle de Stephen King n'est certes pas représentative de son matériel d'origine, mais quelle adaptation de Kubrick l'a réellement été? Là où King s'aventurait dans des scènes plus épiques (les arbres taillés en animaux prenant vie dans le labyrinthe, par exemple), Kubrick préfère raconter l'histoire de la destruction des racines d'une famille, la distanciation du père, les lourdes responsabilités de la mère, l'enfant délaissés par les deux, etc. La caméra active et sans repos propose une incursion psychologique comme le cinéma les a rarement produites auparavant ou après. Le narrateur, l'hôtel, se promène avec les personnages, les espionnant à son gré, les manipulant de ses terribles secrets pour mieux les faire danser jusqu'à la fin de son jeu. La réalisation de Stanley Kubrick offre nombreux morceaux de bravoure, innovant dans le domaine des angles de caméra avec de longues scènes sans fin et une passion pour ses sujets tant humains que les esprits qui habitent l'hôtel. Jack Nicholson prouve son talent à maintes reprises dans le rôle de Jack Torrance, offrant une multitude de facettes à son personnage sans pour autant tomber dans la caricature. Sa chute dans la folie et son repli sur lui-même constitue une des pierres angulaire de cette œuvre. Shelley Duvall se tire très bien d'affaire, jouant la mère désabusée et manipulée par son mari, et Danny Lloyd, le jeune garçon du film, démontrant un talent naturel. Scathman Crothers offre un très attachant et intéressant chef cuisinier doté du pouvoir du Shining, celui de voir dans le passé et dans l'avenir, tout comme celui de parler sans jamais ouvrir la bouche. Ce pouvoir touche la plupart des membres de la famille, expérimentant ses effets avec une bonne différence de conséquences. Danny est le premier à l'avoir depuis la naissance, se manifestant en tant qu'ami imaginaire nommé Tony. Jack est le second puisqu'il réfute ce pouvoir et se laisse consumer par les effets intoxicants du passé. Quant à Wendy, elle en a une minime partie, qu'elle découvre lors de la finale, lorsque les esprits se manifestent librement à elle, que l'hôtel révèle son vrai visage horrible.

The Shining arrive sur Blu-ray avec un transfert honnête, mais qui ne demandera pas le plus de votre cinéma maison. Bien sûr, contrairement au DVD, la présente édition offre un véritable bond en avant avec une excellente dose de nouveaux détails, de textures inexplorées auparavant, un contraste et une colorimétrie bien mieux balancés que toute édition précédente. Cependant, certaines actions de personnages ou mouvements de caméra briment certains de ces détails, perdant une certaine partie de la qualité de l'image au profit d'une exécution quelque peu maladroite. Seulement, le résultat final permet enfin de profiter de la version panoramique filmée par Kubrick, telle qu'il l'avait visualisée.

Bon, ce n'est pas la piste la plus convaincante pour montrer à vos amis que vous avez un nouveau système de cinéma maison, mais les dialogues sont très clairs et il existe une minuscule profondeur de champ intéressante. Cependant, le matériel est peut-être trop vieux pour en tirer une ambiophonie exaltante, ce qui ne veut pas dire que le tout soit dénué d'intérêt puisque les effets sonores procurent une ambiance nette.

Après les suppléments de 2001 et de Clockwork Orange, on s'attendait à quelque chose pour le moins épique. Malgré une déception certes, les suppléments proposent plusieurs moments pertinents et amusants. Il y a d'abord une piste de commentaires par Garrett Brown et John Baxter, piste est très informative et animée. Les divers sujets entamés permettent une écoute rapide, informée et vive. Cela est suivi par le documentaire de Vivian Kubrick où pendant près d'une trentaine de minutes en direct du plateau de tournage, on savoure probablement le supplément le plus intéressant puisqu'on y retrouve Kubrick à l'œuvre derrière la caméra et des entrevues avec les acteurs, bien avant l'époque des félicitations obligatoires. Ensuite, il y a le documentaire "View From the Overlook", une demie-heure durant laquelle producteurs, amis et acteurs se rappellent comment a pris forme le projet de Kubrick de tourner une adaptation de King. Vient ensuite les revuette "Visions of Stanley Kubrick" (Très brève revue à propos des films de Kubrick et des détails croustillants sur leur production et création), "Wendy Carlos, composer" (le processus créatif avec le réalisateur afin de créer la bande sonore mythique du film. Cela est complété par une bande-annonce de une définition faible, minimaliste vaut la peine d'être vue pour ce qu'elle propose et montre (les portes d'un ascenseur durant une minute, submergées d'hectolitres de sang).

Chef-d'œuvre du cinéma d'horreur, cette poésie imagée de Stanley Kubrick transcende le livre duquel il est inspiré. Non seulement nous avons droit à un film des plus réussis, mais cette adaptation est des plus fidèles à l'ambiance du roman d'origine. Cette édition est intéressante, proposant un transfert vidéo honnête, une piste maîtresse correcte sans plus et des suppléments permettant d'en connaître un peu plus sur la production. Amateurs de Kubrick ou de cinéma d'horreur en général, le meilleur film du genre est déjà sur Blu-ray.


Cotes

Film10
Présentation8
Suppléments7
Vidéo7
Audio6