Cassandra's Dream
Les Films Séville Pictures / E1 Entertainment

Réalisateur: Woody Allen
Année: 2007
Classification: PG
Durée: 90 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD30, DD20), Français (DD30), DD20)
Sous-titres: Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 774212100994

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
28 avril 2009

Le public québécois est passé à un cheveu de ne pas avoir eu accès à l'avant-dernier film de Woody Allen "Cassandra's Dream". Le long-métrage qui devait être distribué par Christal Films a été mis au rancart après les déboires financiers de la compagnie québécoise. L'œuvre a toutefois pris l'affiche furtivement dans quelques salles obscures de la Belle Province, avant de finalement arriver en format DVD, plus d'une année après l'édition américaine et européenne.

À Londres, l'existence de deux frères n'est pas toujours clémente. Terry (Colin Farrell) a des problèmes de jeux et Ian (Ewan McGregor) aimerait avoir plus d'argent pour impressionner sa nouvelle copine. Ils décident de prendre leur courage à deux mains et de demander de la liquidité à leur riche oncle Howard (Tom Wilkinson). Ce dernier accepte, mais à condition que ses deux neveux se débarrassent d'un associé gênant...

"Cassandra's Dream" n'a pratiquement rien à voir avec le très léger Vicky Christina Barcelona et c'est tant mieux. Au lieu d'une comédie frivole déjà oubliée, il s'agit d'un drame noir et obsédant. En apparence, cela ne ressemble pas à une œuvre de Woody Allen. L'humour est généralement absent et il n'y a pas de jazz. Pourtant, en cherchant le moindrement, il s'agit indéniablement d'une nouvelle partition du célèbre réalisateur à lunettes.

Comme d'habitude, sa mise en scène est purement fonctionnelle. L'histoire à l'originalité diffuse est peuplée de clins d'œil au théâtre (par de superbes mises en abyme), à la mythologie grecque (le titre) et le hasard y tient toujours une place prépondérante. Plus encore, le cinéaste démontre que la famille est parasitée par l'amour, l'envie, le désir et, ultimement, l'argent. Chez lui, rien n'est accessoire, et ce qui devait être blanc ou noir se transforme toujours en gris opaque où les dilemmes moraux sont nombreux, ce qui en fait probablement son récit le plus troublant depuis Crimes and Misdemeanors il y a de cela deux décennies.

Les comédiens sont dirigés par les mains d'un maître, ce qui permet d'offrir un second souffle à leur carrière. Colin Farrell est parfait en petit minable et il aura rarement paru aussi convaincant. Ewan McGregor va puiser au fond de lui-même pour offrir une de ses meilleures interprétations depuis plusieurs années. Leur chimie fonctionne totalement et elle est alimentée par une très belle distribution secondaire, qui comprend le toujours excellent Tom Wilkinson et la pétillante Sally Hawkins de Happy Go Lucky.

La ville de Londres a déjà été le théâtre du surestimé Match Point et du rigolo Scoop. Pour ce nouvel essai, elle s'avère encore plus grise et pluvieuse. Les images, précises, mais peu éclatantes, offrent des couleurs, des teintes et des contrastes corrects. Un peu plus de pep n'aurait toutefois pas été de trop pour revigorer ce qui a tendance à être un peu terne. Pour une rare fois, il n'y a pas de jazz ou de blues au rendez-vous. C'est plutôt le légendaire Philip Glass qui assure la musique avec brio. Ses compositions amènent beaucoup d'émotions tout en tenant continuellement en haleine. Les pistes sonores peu élaborées maximisent les mots et les dialogues. Tant mieux. De très intéressants sous-titres blancs en français sont de la partie pour les gens qui préfèrent regarder le tout dans son format original. Une idée qui est fortement conseillée, car les accents irlandais et écossais sont nettement plus savoureux que la piètre traduction dans la langue de Molière.

La pochette manque singulièrement d'éclat. Il n'y a que le visage des principaux interprètes qui sont enfermés dans des cases brunes. Le menu principal du DVD reprend mécaniquement cette pose. Tout demeure statique et sans musique. Les suppléments se limitent à la bande-annonce originale et une série de publicités diverses de futures productions de Séville où tous les titres semblent très prometteurs.

Sans être un grand Woody Allen, "Cassandra's Dream" est indéniablement un de ses meilleurs ouvrages depuis son mignon Everyone Says I Love You. Il rappelle également le truculent Before The Devil Knows You're Dead de Sydnet Lumet par ses thèmes et son traitement. Le scénario sombre, l'atmosphère de désillusion et l'étonnante interprétation transforment le simple drame familial en tragédie humaine qui laissera plusieurs spectateurs pantois. Espérons que le renommé metteur en scène new-yorkais revienne à quelque chose de plus tragique après sa dernière fantaisie sous le soleil.


Cotes

Film7
Présentation2
Suppléments1
Vidéo6
Audio6