Iñárritu, Del Toro, Cuarón. Non seulement les plus grands cinéastes d'origine mexicaine de l'heure, mais également trois des réalisateurs les plus en vue sur la scène internationale qui, au fil des ans, ont accumulé les succès critiques et populaires. En 2006, le premier nous a offert Babel, une fresque déchirante sur le langage universel des émotions, alors que le second, avec Pan's Labyrinth, mariait drame et fantaisie dans une étonnante allégorie sur la guerre civile Espagnole, thème qu'il avait déjà abordé en 2001 dans l'excellent The Devil's Backbone. Quant à Alfonso Cuarón, après une incursion réussie dans l'univers Potterien avec Harry Potter and the Prisoner of Azkaban, il réalise "Children of Men", un thriller futuriste percutant qui fait réfléchir sur l'état actuel et sur l'avenir de notre civilisation.
En l'an 2027, 18 ans après la naissance du dernier bébé, l'homme fait face à sa propre extinction et tous les continents sont plongés dans la violence et le chaos. Alors que les sociétés s'effondrent les unes après les autres, des flots ininterrompus de réfugiés migrent vers l'Angleterre et les autres nations riches qui, dépassées par les événements, arrivent à peine à maintenir un semblant d'ordre. C'est à Londres que Theo Faron (Clive Owen), un ex-activiste désillusionné recyclé en bureaucrate, se verra confier une mission par son ex-femme Julian (Julianne Moore), devenue leader d'un groupe révolutionnaire nommé "The Fish". Il devra protéger Kee (Claire-Hope Ashitey), une jeune réfugiée mystérieusement tombée enceinte, et l'accompagner vers un sanctuaire en mer où la naissance de l'enfant aidera peut-être les scientifiques du "Human Project" à sauver l'humanité.
Adaptation du roman éponyme de la romancière britannique P.D. James (plus connue pour ses polars), "Children of Men" est un film fascinant qui offre plusieurs niveaux de lecture. Au premier abord, le scénario est plutôt simpliste, mais ce thriller futuriste demeure efficace malgré quelques coïncidences et scènes prévisibles parce que le réalisateur y insuffle un rythme enlevant, et surtout parce qu'il réussit à créer un univers tout à fait crédible. Par contre, en étant attentif et/ou lors d'un second visionnement, on s'aperçoit que ce qui se déroule en avant-plan n'est en fait qu'un véhicule qui sert à explorer des thèmes très actuels comme l'immigration, l'environnement, la mondialisation, l'obsession pour la sécurité, la suppression des libertés individuelles, le terrorisme, le capitalisme et les inégalités sociales, etc. Bref, quand on s'attarde aux détails, à ce que la caméra nous montre de façon furtive aux extrémités du cadre, aux graffitis sur les murs, aux immigrants dans des cages le long de la route, aux brefs extraits de bulletins de nouvelles à la télé, en fait à tout ce qui se passe en marge de l'intrigue principale, on réalise que "Children of Men" est bien plus qu'un simple film d'action. Et Cuarón, bien qu'il nous présente un constat pessimiste de l'avenir du monde, évite les leçons de morale, les stéréotypes et les solutions simplistes, et laisse au spectateur le soin de réfléchir et de tirer ses propres conclusions.
Techniquement, "Children of Men" est particulièrement solide. En utilisant une approche semi-documentaire qui accentue le réalisme (longs plans-séquences, minimum de coupures, caméra à l'épaule) le réalisateur nous plonge au coeur de l'action et le spectateur n'aura aucun mal à se projeter dans cet univers sombre et gris aux couleurs désaturées, photographié avec une beauté aussi sublime que déchirante, qui transporte les protagonistes vers un destin incertain. Clive Owen est parfait dans le rôle de l'antihéros et le reste de la distribution est exemplaire. Mention spéciale à Michael Caine, qu'on croirait sortir tout droit de Woodstock, qui incarne un vieux hippie reclus fumeur de pot qui viendra en aide à Theo. Seul petit reproche, mis à part les carences scénaristiques ci-haut mentionnées, quelques scènes teintées d'humour s'intègrent mal à l'ensemble et me sont apparues déplacées.
Il y a bien peu à redire sur la présentation technique de cette édition. Le transfert anamorphosé est de très bonne qualité. L'image est claire et propre et l'aspect parfois granuleux ne fait qu'ajouter au réalisme de ce monde sombre et gris. L'étalement des noirs et le niveau des contrastes et des détails sont à point, et je n'ai noté aucun problème d'accentuation des contours ou de compression. La piste en Dolby Digitsal 5.1 est efficace et équilibrée. La séparation des canaux est nette et procure une expérience très immersive, autant lors des moments de quiétude que lors des scènes d'actions où de nombreux effets ambiophoniques viennent supporter l'ambiance. Les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. La présentation est standard et les menus sont statiques et accompagnés de musique.
Malgré l'absence d'une piste audio de commentaires, une belle brochette de suppléments est offerte. Pour débuter, le documentaire "The Possibility of Hope", réalisé par Cuarón lui-même, propose des commentaires de philosophes, d'historiens, de sociologistes, d'économistes et de scientifiques, qui se penchent sur les thèmes explorés par le film et discutent de leur impact sur notre société moderne et sur l'avenir du monde. Certains concepts ne sont qu'effleurés et le propos est passablement déprimant, mais offre tout de même plusieurs pistes de réflexion et quelques lueurs d'espoir. Par la suite, on retrouve quelques scènes coupées, quatre brèves revuettes ("Under Attack", "Theo and Julian", "Futuristic Design" et "Visual Effects: Creating the Baby") qui s'attardent aux différents aspects techniques (réalisation, montage, décors, costumes, effets visuels, etc.), au casting et aux personnages. Une autre courte revuette, "Children of Men Comments by Slavoj Zitek", nous propose des commentaires du philosophe/critique culturel, qui aborde les contrastes entre les éléments en avant-plan et en arrière-plan du film, ainsi que les différences entre le roman et le film. Intéressant, malgré le fort accent de Zitek qui rend l'écoute passablement ardue. Pour terminer, on retrouve quelques bandes-annonces.
Techniquement exemplaire et porté par une distribution convaincante, "Children of Men" est à la fois un thriller intense et efficace qui comporte des scènes d'action explosives, et un drame socio-politique qui explore avec finesse des thèmes essentiels pour quiconque s'intéresse à l'avenir de l'humanité. Un des meilleurs films de 2006.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |