Comme premier film, l'acteur Keith Gordon ne pouvait espérer mieux.: un sujet trouble, une solide distribution de comédiens pratiquement inconnus et des morales sombres sans manichéisme. Autant "The Chocolate War" peut fasciner par sa maîtrise des codes de l'adolescence, autant un ennui est distillé en différentes occasions, perdant du coup le spectateur qui s'est moins investi dans l'entreprise.
Jerry (Ilan Mitchell-Smith) est un élève brillant, quoique isolé de ses camarades d'une école catholique pour garçons. C'est justement cette façon d'être un peu à l'écart de tout qui lui provoquera des pépins. Lorsque le Frère Leon (John Glover) exige que tous les élèves vendent du chocolat, le jeune solitaire sera le seul à ne rien faire. Anicroche. Un autre problème plane à l'horizon et il se matérialise par Archie (Wally Ward), le chef d'une société secrète intitulée les Vigiles. Ce groupe oblige leurs membres à poser des actions concrètes, sinon les représailles seront terribles. Entre la pression de la direction et celle, encore plus manipulatrice, de ses pairs, Jerry entrera dans un engrenage qui ne pourra que le marquer pour la vie.
En tant qu'acteur, Keith Gordon n'a jamais ébloui outre mesure. Les plus grands faits d'arme de cet Américain qui a débuté dans Jaws 2 auront été l'efficace Dressed to Kill et l'inégal Christine. Depuis 1988, il se consacre presque entièrement à la réalisation et en moins de vingt années, il a pondu des récits aussi différents que A Midnight Clear et Waking the Dead. Cet homme aime surtout adapter des romans noirs et exigeants. Sa première tâche aura été de transposer l'univers de Robert Cormier "The Chocolate War" sur grand écran. Une mission qu'il remplit avec un succès appréciable.
Cette histoire verbeuse touche à plusieurs sujets douloureux, comme l'émancipation difficile des adolescents et leur rapport à l'autorité. La première partie tourne autour de la solidarité, le regard des autres. Ces êtres feront n'importe quoi pour se faire accepter et dès qu'il y a un mouton noir qui apparaît, le groupe va d'abord le louanger avant d'étouffer sa passion, son énergie. Le second segment lève le voile sur les tactiques d'un guru qui aime contrôler ses proches, les rendant aussi malléables que des pantins. Cette tranche de vie, plus intéressante que la précédente, va voir un maître perdre ses idéaux lorsque sa propre médecine se retournera contre lui.
Pourtant, l'œuvre n'est pas complètement satisfaisante. Il y a beaucoup trop de personnages secondaires et leur sort ne compte souvent guère dans la balance. Quelques bribes de dialogues tendent vers le sarcasme et l'humour noir, sauf que ces instants sont rares. Généralement, le récit tarde à lever et à captiver pleinement, ce qui risque d'en endormir plus d'un. L'interprétation compense en partie ces lacunes. En chien battu qui arrive à mordre aux bons endroits, Ilan Mitchell-Smith ne s'en laisse pas opposer. Il est toutefois frêle entre l'énergique John Glover et le plus ténébreux Wally Ward.
La trame sonore est d'une efficacité indéniable. Il y a plusieurs tubes en puissance, comme des succès de Peter Gabriel, de Kate Bush et de l'ineffable groupe Yaz. La musique est cependant un peu forte, s'accaparant totalement des enceintes (la piste sonore anglophone Dolby Digital 5.1 ne sert pratiquement qu'à ça), jusqu'à empiéter sur les voix. Ce n'est pas grave, il y a de solides sous-titres blancs en anglais, en espagnol et en français en cas de besoin. Les images sont de bonne facture. Les couleurs sombres (des teintes de noir, de brun et de vert foncé) sont bénéfiques dans la recréation d'un climat lourd. Les honnêtes contrastes offrent un agréable niveau de détails, qui n'évitent malheureusement pas un peu de grain et quelques égratignures.
La pochette n'est pas très impressionnante. Il y a quatre jeunes hommes à l'extérieur et des nuages orageux en arrière-plan. Le menu principal du DVD est encore plus désastreux. Il n'y a qu'un acteur et des bancs. Rien ne bouge et la musique a été laissée au vestiaire. Deux facteurs qui jouent contre le visionnement. Quelle chance que la profondeur des suppléments arrive à la rescousse! Il y a tout d'abord un volumineux documentaire de 52 minutes où le réalisateur Keith Gordon évoque dans le détail l'adaptation, le scénario, les thèmes, le contexte de l'époque, les interprètes et bien plus encore en ne lésinant sur aucun aspect. Dommage que le montage mécanique accumule quelques longueurs. Il y a également une piste de commentaires très complète. Le cinéaste derrière The Singing Detective ressasse un peu les mêmes propos en abordant la musique, les comédiens, le déroulement de l'histoire, etc. S'il aime souvent s'entendre parler, ses sujets ne saoulent pas trop les oreilles.
Même s'il est imparfait et parfois ennuyant, "The Chocolate War" arrive souvent à intéresser. Les acteurs sont solides et les leçons de vie sont très représentatives d'une jeunesse perpétuelle. Ce n'est sans doute pas aussi maîtrisé et intellectuel que le récent film d'Emmanuel Bourdieu Les Amitiés maléfiques, sauf que ça se laisse généralement bien regarder.
| Film | 6 |
| Présentation | 1 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |