En inscrivant d'emblée son film dans la peur engendrée par le terrorisme, le réalisateur Jeff Renfroe cherche à filmer son époque. Malgré quelques erreurs pas trop dommageables, "Civic Duty" réussit son but premier d'intéresser avec une intrigue sociale et politique.
Terry (Peter Krause) vient de perdre son emploi, ce qui crée des conflits avec sa copine (Kari Matchett) au sujet de l'hypothèque. Dans ses temps libres, il observe son nouveau voisin (Khaled Abol Naga), le suspectant rapidement d'être un terroriste par la couleur de sa peau et ses activités nocturnes. Terry contacte rapidement un agent du FBI (Richard Schiff) pour le mettre au courant. De fil en aiguille, le nouveau chômeur perd de plus en plus contact avec la réalité et les conséquences risquent d'être terribles pour son entourage.
"Civic Duty" est un film qui dresse un portrait amer des États-Unis. Il parle de paranoïa, de terrorisme et d'individualisme en critiquant l'accès facile aux armes à feu et le rôle des médias qui semblent être présents pour faire peur aux gens. Ces thèses, populaires au sein du cinéma américain des années 1970, reviennent à la charge lorsqu'un gouvernement se fait contester et que des guerres ont lieu à l'étranger. Le parallèle n'en est que plus facile à dresser.
Comme dans le chef-d'œuvre Rear Window d'Hitchcock, le protagoniste passe son temps à épier par la fenêtre. Le résultat n'est bien entendu pas comparable, mais il ne manque pas d'attrait. Toujours à deux doigts de chuter dans le téléfilm, ce long-métrage s'en sort relativement bien grâce à la réalisation alerte de Renfroe et le jeu convaincu des comédiens. Dans le rôle principal, Peter Krause s'en sort sans problème, très à l'aise en monsieur tout le monde qui voit son esprit s'obscurcir par sa peur des étrangers. Ses scènes avec Richard Schiff sont les plus convaincantes et les plus révélatrices du climat de tension qui rode.
Les images tournent généralement dans des tons de bleu, de blanc et de vert. Le sens du détail est parfois remarquable, tout comme ces éclairages qui offrent des reflets séduisants. Les contrastes manquent un peu de profondeur, et le grain fait sentir sa présence sur des zones plus sombres, davantage présentes dans la deuxième partie. Quelques défauts qui s'oublient assez rapidement. Les différents haut-parleurs s'avèrent peu utilisés. Il n'y a qu'un peu de musique, des cigales et des sirènes de police. Une petite déception pour une production qui comporte une piste audio francophone et anglophone en Dolby Digital 5.1. Il n'y a également aucun sous-titre. Au moins, les voix demeurent toujours très audibles et la traduction dans la langue de Molière est tout à fait acceptable. Les mélodies, très (trop?) présentes, se veulent généralement descriptives, jouant avec l'atmosphère, appuyant l'action en cas de nécessité.
La pochette est simple et directe. Un homme, téléphone et révolver dans les mains, regarde devant lui, flairant le danger. Le menu principal du DVD reprend ce plan en y ajoutant une télévision (qui montre un montage de scènes) et une chanson douce. En guise de supplément, une courte entrevue de huit minutes avec Peter Krause qui discute des thèmes, des connotations politiques et de la mince ligne qui peut exister entre la peur et la paranoïa. Pertinent, mais beaucoup trop court.
En jouant allègrement sur les plates-bandes du supérieur Arlington Road, "Civic Duty" évite de n'être qu'une banale copie en proposant des sujets d'actualité qui donnent des frissons dans le dos. Avec des acteurs compétents, une réalisation alerte et une progression qui ne dépasse pas les 95 minutes, il est beaucoup plus facile de rester jusqu'à la fin.
| Film | 6 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |