Control
Alliance Atlantis / Genius Products

Réalisateur: Anton Corbijn
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 122 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
21 juillet 2008

Estimé réalisateur des meilleurs vidéoclips de Depeche Mode et de U2 et grand admirateur du noir et blanc, Anton Corbijn se tourne vers la réalisation avec "Control", un solide "biopic" retraçant la vie et la carrière d'Ian Curtis, le défunt leader de la formation culte Joy Division qui s'appelle aujourd'hui New Order.

Ian Curtis (Sam Riley) est angoissé, dépressif, épileptique, marié à la jolie Debbie (Samantha Morton)... et également chanteur. Tout d'abord au sein de Warshaw puis, à partir de 1977, de Joy Division, un groupe phare de Manchester qui a révolutionné la musique en popularisant la "cold wave". Malgré peu de disques et de très rares succès populaires, le groupe est devenu légendaire peu de temps après le suicide de Curtis en mai 1980.

Le "biopic" est un genre en soi et il est difficile de s'en détacher. La progression se veut généralement chronologique avec un début canon, un parcours hasardeux, des problèmes de drogues ou de multiples tensions, des imbroglios à la maison, et ce, avant une explosion finale où un des membres meure ou sombre dans l'oubli. Les rares exceptions sont le très comique Walk Hard qui se moquait de ce style de film et, bien entendu, le grandiose I'm Not There, un des meilleurs récits américains de la dernière année.

Sans rien révolutionner, "Control" s'avère un opus de très grande qualité. Sans doute que le sujet aide énormément. Ian Curtis et Joy Divison sont des mythes et le traitement s'intéresse autant au groupe qu'à l'homme et ses démons. L'intime côtoie dont le spectaculaire et contrairement à ce qui arrive habituellement, le personnel remporte la victoire. Ce qui rend le long-métrage encore plus intéressant et vibrant. La composition impeccable et ultra réaliste de Sam Riley, qui va jusqu'à imiter les rictus et la façon de danser du chanteur, joue pour beaucoup dans cet intérêt qui va à crescendo. Il est continuellement en feu et sa passion rend son amitié avec les autres membres et son triangle amoureux tour à tour profond et mémorable.

Comme à son habitude, la mise en scène discrète et délicate d'Anton Corbijn utilise le noir et blanc. Mais comment pouvait-il en être autrement? Le réalisateur a déjà rencontré le groupe, il les a photographiés et en se basant sur les écrits de la veuve de Curtis, il pouvait difficilement se tromper. Ses textures blanches et noires sont tout simplement magnifiques, avec un niveau délectable de détails. Outre la présence de blocage, le reste se veut impeccable, que ce soit les contrastes ciselant, la parfaite définition des contours et l'esthétisme soignée qui fait rêver.

La musique demeure pourtant le principal carburant du récit. Les principaux tubes légendaires sont de la partie, dont la déstabilisante "Transmission" et la trop triste "Love Will Tear Us Apart". En plus des airs de Joy Division, quelques mélodies de David Bowie et des Sex Pistols viennent se greffer à l'ensemble. Afin de fuir ces voix pas toujours élevées et cette pénible traduction francophone ponctuée de "putain", il est aisé d'insérer de jolis sous-titres blancs en français, en anglais et en espagnol. Un incontournable, seulement pour obtenir les paroles exactes des chansons. Pour leur part, les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 fracassent les instruments afin d'en mettre plein les oreilles.

La pochette est représentée par un tortueux Sam Riley, cigarette aux lèvres et regard perdu. Le menu principal du DVD s'ouvre sur un lent montage de scènes qui est alimenté par une irrésistible pièce musicale. Les bonus, en nombre incommensurable, raviront les amateurs du groupe britannique. Trois vidéoclips permettent de voir la formation en direct d'une émission de la BBC, tout en apercevant le travail de Corbijn sur "Atmosphere"... et le massacre de The Killers lors de "Shadowplay". Une galerie statique et sans musique propose une série de belles photographies. Un autre segment regroupe plutôt de nombreux matériels promotionnels, dont des disques et des livres. "Extended Live Concert" est fidèle à son titre en offrant des prestations plus longues des artisans de la production. Il n'y a cependant rien de très significatif au menu. Afin d'en savoir davantage, mieux vaut se tourner vers le documentaire sur le tournage et la conversation avec le réalisateur. Ces deux éléments retracent la genèse de l'opus tout en revenant plusieurs décennies dans le passé. Si le fanatique n'apprendra pas grand-chose de nouveau, ce n'est certainement pas le cas du néophyte. Finalement, comme pièce de résistance, difficile de trouver mieux que la piste de commentaires du cinéaste qui explique de fond en large de sa voix pas toujours excitante sa passion pour le noir et blanc et son admiration pour le "band". Passionnant.

"Control" est une œuvre indispensable pour tous les amateurs d'Ian Curtis, de Joy Division et même de New Order. Il s'agit d'un excellent résumé d'un groupe important et atypique qui brille par sa trame sonore, son noir et blanc somptueux et la performance habitée de Sam Riley. Même si le traitement ne casse rien, le savoir-faire de Corbijn est indéniable. Peut-être qu'un jour, il arrivera à se sortir de l'univers de la musique pour pondre quelque chose d'encore plus personnel...


Cotes

Film7
Présentation7
Suppléments8
Vidéo9
Audio8