Tous connaissent la légende du comte Dracula, mais il y a aussi son pendant féminin de Hongrie, la comtesse Erzsébet Bathory, qui a réellement vécu de 1560 à 1614. La comtesse Bathory a été surnommée la Comtesse sanglante ou Comtesse Dracula, car elle était réputée avoir tué de jeunes filles vierges afin d'utiliser leur sang pour conserver sa beauté. En 1610, elle fut condamnée à être enfermée dans une pièce sombre, avec un seul orifice permettant de lui apporter de la nourriture. Elle y restera jusqu'à son décès quatre ans plus tard.
Julie Delpy campe avec brio le rôle de la comtesse, depuis sa jeunesse jusqu'à la fin de sa vie. Elle y est tout de grâce et de glace dans cette histoire somme toute classique sur la peur de vieillir, mais qui tente en même temps de remettre les pendules à l'heure sur la tueuse en série la plus célèbre au monde, surtout en comparaison au film Countess Dracula (1971), qui faisait de la comtesse une vampire proprement dit. En plus d'interpréter le personnage principal, Delpy signe la réalisation de La Comtesse, ainsi que le scénario et la musique originale. Parmi les acteurs de soutien, William Hurt et Daniel Brühl interprètent respectivement Gyorgy Thurzo et son fils Istvan, les cousins d'Erzsébet, dont le plus jeune en deviendra l'amant, dans une histoire d'amour déchirante qui aura raison de la jeune femme.
Bien sûr, Julie Delpy offre une interprétation possible de l'histoire d'Erzsébet Bathory, puisque l'on ne saura jamais avec certitude si elle utilisait réellement ou pas le sang de jeunes vierges comme cure de beauté ni le nombre réel de ses victimes. Les théories abondent à ce sujet et le film réussit à nous faire vouloir en savoir plus sur les faits. Quoi qu'il en soit, comme dans toute bonne légende, il est difficile de distinguer le vrai du faux, d'autant plus que les faits rapportés à l'époque auraient été exagérés par les complices de la comtesse, qui furent torturés (elle-même ne sera jamais interrogée et sera plutôt condamnée à sa prison domestique).
La qualité visuelle du produit est très bonne, sans défaut majeur, mis à part les imperfections habituelles du format DVD (légers flous, effets d'escalier occasionnels, etc.). D'ailleurs, les images magnifiques tournées en Allemagne nous plongent vraiment dans la Hongrie d'il y a 400 ans. Le menu bilingue ordinaire est statique, présentant une photo de Delpy dans le rôle de la comtesse. Le film ne comporte aucun supplément. Bien que la bande sonore française soit présente sur le disque, il est préférable de regarder le film en anglais, car il s'agit de la langue dans laquelle il a été tourné. Le doublage français est en fait plutôt raté, puisque la post-synchronisation y est bien évidente et que les bruits de fond sont étouffés. Malheureusement, aucun sous-titre n'est proposé, bien qu'il s'agisse d'un film riche en dialogues. Si vous possédez déjà l'édition 2010 du DVD, toujours publié par Mongrel, sachez que la seule différence entre les deux versions consiste en l'ajout de la piste audio française. Même la jaquette est presque identique, mis à part l'ajout du logo de sélection officielle du festival de Berlin et le bilinguisme du texte de présentation.
La Comtesse saura intéresser tous ceux qui aiment les histoires se déroulant dans un passé lointain, où l'on retrouve une femme au caractère fort dont l'obsession la mènera à sa perte. Julie Delpy met de l'avant ses divers talents et on espère que son prochain projet de film à titre de réalisatrice ne lui prendra pas une autre décennie avant de se concrétiser. Qu'elle ait pris des libertés ou non avec le personnage de la comtesse Bathory, elle a réussi à mettre en scène une histoire crédible et prenante sans tomber dans le piège du sensationnalisme ni faire dans l'horreur. Malgré l'idée horrible de meurtres de jeunes innocentes, on se trouve à prendre en pitié Erzsébet dans le flot ensanglanté de sa folle lubie.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |