M
The Criterion Collection
The Criterion Collection

Réalisateur: Fritz Lang
Année: 1931
Classification: G
Durée: 110 minutes
Ratio: 1.19:1
Codec: 1080p (AVC)
Langue: Allemand (PCM Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (BD-50)
Code barres (CUP): 715515057714

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
19 mars 2011

La filmographie de Fritz Lang est le parcours-type d'une randonnée à vélo dans les montagnes: pentes abruptes, sols inégaux et températures variables. De sa filmographie, deux chef-d'œuvres ressortent: Metropolis, science-fiction hypnotique ayant fait école au-delà des frontières et dont les impacts s'en ressentent jusque dans les films d'aujourd'hui Blade Runner en est un exemple). Le second est "M"; véritable œuvre-clé dans le cinéma d'expressionnisme allemand grâce à de longues scènes sans montage et une attention marquée envers les diverses guildes sociales impliquées.

Qui est le meurtrier? C'est ce que se demande la police, les médias, les criminels, les mendiants et les familles. Depuis un moment, cet homme traque les enfants et les assassine sans laisser d'indice ou de trace quant à sa personne. L'inspecteur Lohmann fait face à de grandes pressions de la part de ses supérieurs afin de mener l'enquête à sa fin. Les médias ne cessent de critiquer le manque de vigilance des autorités. Les criminels sont contraints de réduire considérablement leurs activités illicites. Les familles n'ont pas de repos et s'en prennent à chaque occasion envers la police, débordée par cette affaire. Les referment leur filet autour de chaque quartier de la ville et ils doivent faire vite, car les autres couches de la société ont prévu de se faire justice elles-mêmes. Alors que la paranoïa et l'hystérie s'emparent de la cité à petit feu, le coupable comprend qu'il ne s'agit que d'une question de temps avant d'être mis au pas.

Ceci est la première œuvre parlante de Fritz Lang et son ultime chef-d'œuvre, juste après Metropolis (1927). Les dialogues ne dominent pas le long-métrage, mais servent tout de même à établir un climat, à rehausser les images, d'un suspense, d'une colère, de toute émotion transmise par les performances. Ainsi, chaque parole est dosée au maximum afin d'offrir le plus d'impact possible plutôt que de s'enlacer dans la surenchère. Les performances sont exactement dans le ton, à commencer par Peter Lorre qui nous offre un meurtrier aux multiples facettes, représentant les pulsions violentes endormies au plus profond de chacun des citoyens, obnubilés par une société en constante mutation. La population assiste, impuissante, aux nouvelles médiatiques et à la paralysie des autorités, au massacre de ses propres enfants, et sa colère, silencieuse au début, se fait entendre par des gestes forçant la police à prendre des mesures protectrices. La photographie de Wagner filme de façon quasi objective, suggérant davantage au spectateur plutôt que de lui imposer un point de vue pré-digéré. La narration maîtrisée de Lang permet une immersion progressive tout en offrant un personnage principal original, à savoir le meurtrier. Dans l'univers décrit par Lang, il y a une organisation pour tout: les policiers, les criminels et les mendiants. Tous se partagent, à leur façon particulière, le fruit de leur labeur quotidien. C'est cette organisation qui permet aux criminels de resserrer leur emprise autour du meurtrier. Il est également question d'honneur dans cette critique sociale, car les policiers travaillent du "bon côté de la loi", la famille procure un "avenir à la société" et les criminels "ne se permettent pas de tuer pour survivre". Ainsi, le tueur d'enfants est une épine dans le pied de tous ces gens, surtout des voleurs qui s'appauvrissent à mesure que l'enquête piétine, ce qui leur donne la motivation nécessaire pour devenir des justiciers. La réalisation de Fritz Lang propose bon nombre de morceaux de bravoure, des mouvements de caméra très inusités pour l'époque, des décors impressionnants et une conclusion très originale. La meilleure scène provient certainement lors d'un tribunal dirigé par les criminels dans lequel le tueur partage un monologue changeant la vision de tous ceux qui l'écoutent: c'est parfois effrayant, horrifiant, bouleversant, touchant, mais ça ne se veut jamais justifiant, excepté pour le meurtrier. Comment justifier le meurtre? Finissant en apothéose, le film propose une observation coup de poing par la seule organisation qui n'a pas obtenu rétribution: les mères de famille dont les enfants ont été sauvagement assassinés par le responsable.

Cette incursion de Criterion vaut le détour. Le transfert numérique est très réussi malgré que certains passages semblent noyés par de brefs manques de clarté et de rares contrastes lumineux. Ces petits défauts ne sont pas vraiment surprenants, le film ayant quand même l'âge respectable de 80 ans en 2011. Le reste du long-métrage baigne dans une superbe patine granuleuse respectant fidèlement la photographie de Fritz Arno Wagner. Les contrastes sont très bons et la profondeur de champ est très appréciable. Les détails reproduisent finement les multiples textures de cuir, de peau, les manteaux et les décors. Les interprétations des acteurs trouvent une plus grande nuance, surtout chez Peter Lorre. Le livret indique que la piste sonore a été remastérisée à 24 bits en provenance de la piste optique originale et du négatif. Les clics, crissements et autres défauts sonores ont été manuellement retirés à l'aide du logiciel Pro Tools HD. Les craquements ont été atténués en utilisant la station de travail AudioCube. En ce qui a trait à la piste sonore, elle fut très agréable à entendre. On ne dénote aucun défaut particulier et le travail digital de remise à neuf démontre une excellente amélioration, même à côté du DVD.

La totalité des suppléments visibles sur le DVD ont été reproduits ici sur Blu-ray avec l'addition d'une piste sonore sans compression pour le film et d'une découverte toute spéciale d'une copie nitrate de "M" en anglais offrant une vision quelque peu différente, mais toute aussi fascinante de l'étude sociale faite par Lang (offert ici en HD 1080i - 93 minutes). Il y a une piste de commentaires audio par Anton Kaes et Eric Rentschler, une conversation avec Fritz Lang réalisée par William Friedkin, le court-métrage "M le maudit" en plus d'une entrevue avec le réalisateur au sujet des techniques utilisées par Fritz Lang, un entretien vidéo avec Harold Nebenzal (fils du producteur de "M" Seymour Nebenzal), un entretien audio avec le monteur Paul Falkenberg (où il discute du film et de son histoire, à travers divers clips tirés du long-métrage), un documentaire sur l'histoire physique de "M" de la production à la distribution en passant par la toute nouvelle restauration numérique et une galerie d'images dans les coulisses et d'esquisses de production. Il y a aussi un livret contenant un essai par le critique Stanley Kauffman, le script d'une scène manquante, trois articles de journaux d'époque et un entretien écrit avec Lang, paru en 1963.

Criterion nous offre encore une fois un travail de très grande qualité. Les efforts des responsables à redonner vie au classique de Fritz Lang paraissent à tout instant, autant au niveau de la piste sonore que de l'image. Les suppléments sont toujours de très bonne facture et l'ajout de la version anglaise de "M" saura en régaler plus d'un. En somme, si vous possédez l'édition DVD, il vous sera fortement recommandé de passer à cette nouvelle étape, supérieure en tout point.


Cotes

Film9
Présentation9
Suppléments8
Vidéo8
Audio8