Merry Christmas Mr. Lawrence [Blu-ray]
The Criterion Collection
The Criterion Collection / HanWay Films / Image Entertainment

Réalisateur: Nagisa Ôshima
Année: 1983
Classification: NR
Durée: 123 minutes
Ratio: 1.78:1
Codec: 1080p (AVC)
Langue: Anglais/Japonais (DTSHDMA20)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 19
Nombre de disques: 1 (BD-50)
Code barres (CUP): 715515062015

Ce disque Blu-ray est disponible chez: Amazon.ca

Selon Sébastien Cassou
21 octobre 2010

Le cinéaste japonais Nagisa Oshima connut le succès international au milieu des années 70 grâce à son drame érotique L'Empire des sens. Cette adaptation d'un fait divers ayant choqué le Japon cinquante ans plus tôt où une femme avait émasculé son amant adultère après l'avoir étranglé lors de leurs ébats, ébranla une fois de plus le système, cette fois par son intensité et l'explicité de ses séquences sexuelles. Car en effet, pour la première fois au pays du soleil levant, un réalisateur avait osé filmer des séquences de coït réel. Ce qui valut d'ailleurs à Oshima une poursuite en justice.

Après le succès critique et populaire de cette coproduction avec la France, le metteur en scène tourna un autre film, quoique moins sulfureux cette fois-ci, dans la même veine (L'empire de la passion). Puis, toujours en association avec un producteur Européen, Britannique cette fois, il s'attaqua à un autre tabou de la société nippone: l'homosexualité. Pour ce faire, il choisit d'adapter le livre de Laurens Van Der Post relatant son expérience dans un camp de prisonniers lors de la Deuxième Guerre mondiale. Avec l'aide du scénariste anglais Paul Mayersberg (The Man Who Fell to Earth), Oshima mit en scène ce récit où un prisonnier allié est témoin d'un bras de fer psychologique entre le capitaine dirigeant le camp et un captif nouvellement arrivé.

Sur une île du Pacifique, dans un camp de prisonniers Alliés tenu par les Japonais et leurs alliés coréens, le Caporal John Lawrence (sympathique Tom Conti) qui parle couramment la langue sert d'interprète et de lien entre la direction et les détenus. Mais lorsqu'arrive un officier britannique rebelle, Jack Celliers (surprenant David Bowie), le Capitaine Yonoi (Ryuichi Sakamoto, autre star de la musique rock, mais japonaise cette fois) devient totalement obsédé par ce dernier. Pour cacher son attirance physique "contre nature" et impardonnable envers le prisonnier, il tentera de briser son moral et de le soumettre à sa volonté. S'engage alors une lutte à finir entre ces deux hommes qui chacun représentent une culture et une vision du monde qui, alors, ne pouvaient pas cohabiter. Comme témoins de ce duel tacite, d'un côté "Mister" Lawrence et de l'autre son pendant nippon, le jovial Sergent Hara (Takeshi Kitano qui livre une superbe performance en homme tiraillé entre sa bonhommie innée et son amour de la vie et son devoir envers l'Empereur et un code d'honneur rigide).

Comme pour ses films précédents, le réalisateur privilégie ici un quasi huis clos pour permettre une progression de la tension dramatique et pour laisser les personnages s'affronter sans artifices extérieurs qui pourraient désamorcer la situation. En fait, un des seuls faux pas de ce film extraordinaire est ce court flashback où le prisonnier Celliers se remémore un incident de sa jeunesse en rapport avec son jeune frère. Non seulement cet épisode est superflu - on aurait pu nous faire comprendre la motivation et l'état d'esprit de Celliers différemment, sans décrocher du lieu physique - mais il brise en plus quelque peu cette uniformité étouffante du camp et cet esprit de duel entre les deux protagonistes.

Mais outre cette petite maladresse, le film est complètement envoutant à tous les niveaux. Que ce soit par ses nombreux silences loquaces et équivoques, par ses dialogues parfois ambigus, par son scénario habilement balancé ou par son utilisation sporadique de la musique avec ces compositions électroniques subtiles de l'acteur Sakamoto qui ponctuent parfaitement le rythme du film oscillant entre lenteur et brutalité. Et puis les quatre comédiens principaux sont tous superbes que ce soit dans leur intensité pour Bowie et Sakamoto ou dans leur humanisme pour Conti et Kitano.

Avec cette histoire d'amour/haine impossible, où l'environnement est à la fois central et presque superflu, le film de Nagisa Oshima se distance des traditionnels films de prisonniers de guerre comme The Bridge on River Kwai ou The Deer Hunter. Ici la notion d'ennemi est floue et on a le sentiment que le choc des cultures pourrait certainement se transformer en une superbe danse si l'époque le permettait. Mais finalement, c'est cette impossibilité et cette ambigüité qui permettent au récit d'être aussi bouleversant. À voir ou à revoir.

Visuellement, le transfert haute définition est très bien réussi. On a travaillé à partir d'une copie de travail impeccable et on a fait un travail de restauration admirable. Le résultat est superbe, avec une belle chaleur pour la palette de couleurs originales volontairement restreinte et une netteté de l'image époustouflante. Chaque plan est impeccable et l'ambiance de lumière est telle qu'elle ajoute subtilement aux émotions des personnages. Pour l'audio, on a aussi fait un travail remarquable. Le silence ambiant et les quelques sons qui ponctuent ce vide lourd acquièrent une dimension propre sur la bande DTS-HD Master Audio 7 .1. Les dialogues intelligents quoique sporadiques sont aussi bien servis par le travail de numérisation et jouissent d'un bel éventail de fréquences. Seule ombre au tableau peut-être, les nouveaux sous-titres blancs sont parfois difficiles à lire lors des séquences trop claires. Et on aurait de plus pu inclure des versions sous-titrées françaises et espagnoles pour la sortie nord-américaine. D'autant plus que l'accent anglais de Ryuichi Sakamoto est parfois dur à saisir.

Comme c'est toujours le cas pour la collection Criterion, le disque regorge de suppléments. En plus du livret d'une trentaine de pages regroupant des entrevues d'Oshima (de 1983) et de Takeshi Kitano, un essai du professeur de cinéma Chuck Stephens et de nombreuses photos couleur, le disque contient deux revuettes - l'une, "The Oshima Gang", sur le tournage du film et l'autre sur Van Der Post dont le récit autobiographique inspira le film - et quatre entrevues récentes de certains des artisans clés de "Merry Christmas Mr. Lawrence". On peut ainsi écouter Paul Mayersberg, le producteur Jeremy Thomas, l'acteur Tom Conti et le compositeur (et acteur) Ryuichi Sakamoto se remémorer le tournage et leur relation avec Oshima.


Cotes

Film9
Présentation9
Suppléments9
Vidéo10
Audio10