Shoot the Piano Player
The Criterion Collection
The Criterion Collection

Réalisateur: François Truffaut
Année: 1960
Classification:
Durée: 81 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 23
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
18 décembre 2005

François Truffaut est né à Paris en 1932. Autodidacte, il est animé autant par la littérature que par le cinéma. Suite à une rencontre avec le jeune Truffaut, André Bazin le célèbre critique de cinéma, avouera que ce jeune homme a des goûts et des dégoûts pour le cinéma et qu'il sait les analyser. Témoignant d'une précoce lucidité, il signe de remarquables articles pour "Les cahiers du cinéma" en 1953 et il devient assistant-réalisateur de Roberto Rossellini quelques années plus tard. En 1958, il signe 400 coups et propulse la nouvelle vague du cinéma français à l'avant-plan du cinéma mondial. Il remet ça en 1960 avec un deuxième long métrage intitulé "Tirez sur le pianiste" qui rend hommage aux films de gangsters américains des années 1940. La célèbre compagnie Critérion s'est attardée à cette œuvre du cinéaste phare et elle nous la présente dans une somptueuse édition double disque.

Charlie Koller (Charles Aznavour) est un énigmatique pianiste qui exerce son métier dans un petit bistro parisien. On sait très peu de choses de Charlie si ce n'est qu'il a trois frères et qu'il s'occupe du benjamin. Son frère Chico, le plus magouilleur du lot, semble par ailleurs avoir maille à partir avec des malfrats qui sont à sa recherche. Seul, Léna (Marie Dubois), serveuse au même bistro en connaît plus sur Charlie, notamment sa vraie identité, son passé célèbre et la terrible tragédie qui l'affligea au point de vouloir se réfugier dans l'anonymat. Léna s'éprend du pianiste et voulant l'aider, les ennuis commenceront.

Ce film est possiblement le plus incompris de l'œuvre de François Truffaut du fait qu'il est partiellement un film noir, une comédie et un drame. L'idée de mélanger les genres n'était pas à la mode à cette époque et ce petit côté avant-gardiste fût plutôt mal perçu. Adapté par Marcel Moussy d'après le roman de David Goodis, ce film est un témoignage d'admiration que rend Truffaut à la littérature et au cinéma américains. En l'encapsulant dans son langage cinématographique où le rythme est soigneusement contrôlé, les personnages sont complexes et possèdent des états d'âme, ses effets de surprises et sa façon de jongler avec la vie et la mort, il fait de cet hommage, un tout idiosyncrasique où transpirent les préoccupations des protagonistes. C'est d'ailleurs cette touche d'humanité qui rend le réalisateur si spécial. Il avouera son penchant pour la condition humaine et le fait qu'il devait chercher continuellement des romans extraordinaires, car l'adaptation qu'ils en faisaient avait tendance à les rendre moins spectaculaires. C'est le seul film de gangsters qu'il fera au cours de sa vie, car tout au long du tournage, il détesta l'univers inhérent au monde interlope. La seule façon dont il put négocier avec cette ambiance fut d'en désamorcer le machisme qui le caractérise. Quelques grands moments de cinéma, notamment celui du kidnapping de Charlie et Léna, amenèrent une saveur humoristique à des situations qui ne s'y prêtaient guère, donnant par le fait même des dimensions insoupçonnées à des scènes qui étaient habituellement bâclées. Il choisira Charles Aznavour pour incarner Charlie parce que François Truffaut recherchait un côté poétique pour son personnage central. Le québécois Félix Leclerc y composa et interpréta la chanson "Dialogue d'amoureux", fait d'armes que je ne connaissais pas et qui ne fait que confirmer son immense talent et l'envieuse réputation qu'il avait en France. Une des grandes innovations du cinéma de la nouvelle vague fut de prendre la caméra et de la sortir des studios. Raoul Coutard, le directeur de la photo, fut un véritable pionnier des plans extérieur et c'est en Dyaliscope (procédé compatible au cinémascope développé en France et utilisant un objectif anamorphoseur) que le tout fut tourné donnant au film des décors naturels d'une grande richesse tout particulièrement les derniers moments qui se passent dans la neige.

Comme pour tous les films de la collection Critérion, les formats audio et vidéo sont les originaux, ce qui se traduit ici par une image de format 2.35:1 et par une bande sonore monaurale en français. Le transfert vidéo fut supervisé par Raoul Coutard, le directeur de la photographie, et le résultat est des plus impressionnants. Construits à partir de noirs très solides, nous avons droit à une très belle palette de tons de gris même lors des plans sombres sauf lors de la séquence d'introduction qui pour des raisons que j'ignore manque de contraste. Certaines impuretés, surtout sous forme d'égratignures, demeurent apparentes de temps à autre, mais comparé à ce que s'était avant, on ne peut que se féliciter que ce transfert fut réalisé par la réputée firme. Aucun artefact de compression n'a pu être observé lors du visionnement. La cure de rajeunissement administrée à la trame sonore est des plus concluantes. Les dialogues sont d'une clarté absolue et la musique qui l'accompagne, spécialement le piano, résonne admirablement bien. Aucun bruit de fond n'a pu être décelé lors de mon écoute.

Les suppléments sont nombreux et s'échelonnent sur les deux disques. Sur celui où réside le film, nous pouvons entendre une trame de commentaires animée par les spécialistes en matière de cinéma que sont Peter Brunette et Annette Insdorf. Nous avons droit à une vraie dissertation, très riche en contenu et passablement intéressante. En plus d'éplucher les différents aspects attenants au film et d'amener quelques anecdotes, les deux érudits font aussi un intéressant parallèle entre ce film et quelques autres de l'œuvre de Truffaut, effleurant au passage celle d'Alfred Hitchcock. J'aurais bien aimé voir Charles Aznavour ou un autre comédien participer à ce commentaire pour nous donner une idée du climat qui régnait sur les plateaux de tournage. La bande-annonce originale du film complète les suppléments du premier disque.

Le second disque comporte un bon lot de suppléments qui touchent aux différents aspects du film. Trois entrevues (les comédiens Charles Aznavour et Marie Dubois ainsi que le directeur le la photographie Raoul Coutard) lancent le bal. Ces entrevues nous donnent une excellente idée de la façon dont travaillait François Truffaut et de la relation qu'avaient les comédiens entre eux. Une rare entrevue donnée par Suzanne Schiffman, la collaboratrice de François Truffaut pour huit de ses films nous permet de comprendre le genre d'homme qu'était le cinéaste et du grand respect qui était à la base de leur relation d'affaires. De plus, elle nous donne ses impressions sur l'œuvre de Truffaut. Deux entrevues d'époque faite avec le François Truffaut suivent. La première fût enregistrée pour les cahiers du cinéma et est la plus intéressante des deux. Il nous parle de son amour du cinéma américain, de sa phobie des gangsters, du roman de David Goodis, bref, un discours intéressant et humble de ce grand cinéaste. La deuxième entrevue porte surtout sur le livre "Down There (renommé Shoot the Piano Player)", miracle de l'écriture américaine que décida d'adapter Truffaut. Un essai lu par l'historien Jeff Smith rend hommage au grand compositeur qu'est Georges Delerue et met l'accent sur l'importance de la musique de l'orchestrateur pour ce film qui le révéla à la face du monde. Un clip de l'audition de Marie Dubois confirmant sa très grande beauté et nous laissant entrevoir une surprenante timidité complète les suppléments. Tous les segments d'entrevues ainsi que l'audition de Marie Dubois sont présentés en français.

J'aimerais souligner l'ahurissante présentation de cette édition DVD. La pochette reprend l'affiche originale du film, des menus concepts et soignés nous accueillent et un livret de 28 pages vient compléter le tout. Ce livret renferme un essai écrit par le critique de cinéma Kent Jones, la transcription écrite d'une entrevue réalisée sur François Truffaut en 1980 et les commentaires du cinéaste concernant ses deux vedettes principales. Plusieurs photographies, la liste des chapitres et la distribution du film complètent ce magnifique compagnon au film.

"Shoot the Piano Player" est un savoureux mélange d'humour et de drame fait à partir d'un film noir. Plusieurs clins d'œil faits au cinéma américain plus tard, l'inoubliable interprétation de Bobby Lapointe de sa chanson "Avanie et Framboise" et de quelques délicieuses réflexions sur la condition humaine, on ne peut qu'admirer cet assemblage de personnages et d'ambiances que proposent François Truffaut dans une de ces œuvres les plus méconnues. Quant à cette édition DVD, elle est d'une qualité incomparable et elle offre de plus une section de suppléments extrêmement complète. Les amateurs de Truffaut sont maintenant servis à souhait.


Cotes

Film8
Présentation10
Suppléments9
Vidéo9
Audio8