Dieu merci, il existe d'excellents films canadiens anglais et "Daydream Nation" en fait parti. Sorte de chronique adolescente aux thématiques universelles, le film explore avec efficacité et une poésie qui lui est propre la descente aux enfers d'une ville campagnarde et ancrée dans ses principes, tel que l'expérimente Caroline Wexler, jeune fille de la ville qui se retrouve du jour au lendemain en plein cauchemar ou en pleine banlieue au bout du monde, selon.. Pourtant, pour cette protagoniste qui bénéficie de la fougue toujours aussi agréable de Kat Dennings pour la camper, pas question de se laisser abattre et peu à peu, elle décide de vivre les choses à sa façon, influençant plus sérieusement qu'elle pourrait le croire son entourage.
Il n'y a donc probablement rien de bien nouveau dans cette histoire de contamination de la campagne par la ville, encore moins dans cette division en chapitres distincts, mais l'écriture de Mike Goldbach et la maîtrise de sa réalisation collaborent à faire de ce premier long-métrage en carrière une surprenante réussite qui séduit à de très nombreuses reprises. Sans oublier que le triangle amoureux plutôt singulier a peut-être un petit quelque chose qui détache encore plus le film des autres productions du genre. Il faut dire que la distribution peut compter sur plusieurs acteurs vétérans comme Josh Lucas et Andie Macdowell, mais également de Dennings, nommée précédemment, et Reece Thompson qui revisitent des rôles qu'ils connaissent par coeur, mais qui leur vont également si bien.
Jouant la carte de "indie teen comedy" que Sundance a l'habitude de chérir, évoquant It's Kind Of A Funny Story, mais en version féminine, le film se veut aussi tordu que profondément brillant. Il y a d'ailleurs une caractérisation des personnages qui fascine tant des plus jeunes aux plus vieux, tellement on en trouve une palette des plus colorée, mais aussi des plus juste. Cette revisite efficace du questionnement éternel à savoir chez qui réside le plus de maturité trouve encore bel et bien écho à notre époque et le film parvient à bien rendre compte des erreurs de la plus minime à la plus gravissime que tous peuvent arriver à commettre à un moment ou un autre de sa vie. Cela étant par ailleurs bien représentatif de la "fucked-up nation" que le film s'efforce à dépeindre avec le plus de réalisme possible au lieu de le dénoncer ou de prétendre pouvoir la guérir (il n'y a d'ailleurs que bien peu de réponses dans le film à défaut d'alimenter les questionnements et les réflexions). Il faut également ajouter que c'est dans les scènes où se comparent plusieurs moments simultanés, ce, grâce à un excellent montage, bien qu'utilisant peut-être un peu trop les fondus, que le film trouve probablement ses moments les plus frappants.
Certes, s'il a fallu gonfler un peu la sauce pour en faire un film des plus captivants (la narration dit bel et bien "That was the year that everything happened"), on pardonne facilement l'excès d'ambition toutefois fort bien dosée qui sait charmer par cette alternance entre exagération et retenue. Que ce soit de par les textes plus mystiques qui ne font qu'enrober dans une aura de mystère le long-métrage ou ces touches plus obscures qui donnent au film un attrait beaucoup plus sombre qu'on voudrait l'accorder au-delà des répliques écrites avec un grand mordant, le long-métrage vit de son propre univers qui n'est au fond qu'un détonnant reflet du nôtre. Par ailleurs, si c'est la vision fémine qui prédomine de par cette façon qu'ont tous les personnages masculins d'être sous l'emprise de ceux féminins, on se console sans contredit de par les nombreuses qualités techniques que le film arbore.
D'abord, il y a la sublime cinématographie qui englobe dans de sombres teintes l'univers morose et apparemment sans étincelles l'univers dépeint, n'hésitant pas pour bien profiter des éclairages pour être du plus grisâtre, à l'extérieur, au plus chaleureux, voire orangé, à l'intérieur, que ce soit le jour ou la nuit. À l'écoute du film on réalise d'ailleurs le grand accomplissement visuel dont le film bénéficie, tant l'image séduit au premier regard. Puis, il y a la bande son qui juxtapose dans une belle clarté les savoureux dialogues, les compositions originales de Ohad Benchetrit et l'excellente sélection musicale qui soutiennent de manière très importante le récit comme l'indique le titre du film, emprunté d'une chanson du groupe Sonic Youth, ou du fait qu'en activant les sous-titres, il soit possible d'y lire également les paroles des chansons. Que ce soit avec les pièces de Beach House ou de Devendra Banhart, notamment, on vibre incontestablement au rythme du film et on savoure la qualité audio dont le DVD fait preuve. Si elle ne casse rien, la pochette attire le regard de par sa sensualité moderne et accrocheuse dans ce détachement aguichant des deux jeunes personnages illustrés bien éclairés, tout comme le menu du DVD, simpliste, mais élégant.
Pour ce qui est des suppléments, mis à part trois bandes-annonces de trois autres films de eOne Entertainment, on peut compter sur une très courte revuette qui, tout en montrant beaucoup de moments pris sur le vif lors du tournage, répond par le biais des acteurs et du réalisateur-scénariste à plusieurs questions clés comme: ce qu'ils pensent du réalisateur, de leur personnage ou même du film. Loin d'être essentiel ou de nous en apprendre beaucoup, mais court et généralement sympathique.
En somme, seulement pour la qualité de ce premier long-métrage en carrière très stylisé qui déploie un nombre impressionnant de qualités, "Daydream Nation" vaut à lui seul le détour et l'achat. Le genre de film qui divertit, mais qui résonne également longtemps.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |