Le documentaire. Il s'en fait beaucoup, mais il arrive difficilement à se frayer un chemin jusqu'aux salles de cinéma. Si un cinéaste comme Werner Herzog voit son récent et excellent Encounters at the End of the World aboutir directement en DVD, le moral doit être bas pour des réalisateurs moins connus. Cela n'a pas empêché Kurt Kuenne de signer le bouleversant "Dear Zachary: A Letter to a Son About His Father". Cet essai autobiographie d'une grande force dramatique aurait très bien pu soutirer l'Oscar du meilleur documentaire à Man on Wire... sauf qu'il n'était même pas mis en nomination!
Le sujet fait réagir dès les premières secondes. Le docteur Andrew Bagby a été assassiné par son ancienne amie de cœur Shirley Turner qui s'est sauvée à Terre-Neuve pour échapper à la justice américaine. Devant les abyssaux et infernaux rouages canadiens, elle accouche presque librement d'un enfant qui ne connaîtra jamais son père. Pendant que les grands-parents paternels font l'impossible pour pouvoir visiter le petit Zachary, maman a plus d'un tour dans son sac.
Cette histoire tirée d'un fait véridique met en scène Kurt Kuenne, un ami d'enfance d'Andrew Bagby. Afin de léguer un testament à Zachary, il décide de parcourir les États-Unis et le Canada, interrogeant ainsi des membres de sa famille et des amis. Il passe surtout beaucoup de temps en compagnie de Dave et Kate qui pleurent toujours la perte de leur enfant et qui luttent ardemment pour récupérer leur petit-fils. De ce drame personnel naissent des révoltes, légitimes, envers l'existence, mais également face aux lenteurs des tribunaux canadiens qui n'hésitent pas à remettre en liberté Shirley Turner...
Cet essai de 95 minutes fait passer par toute la gamme des émotions. Il y a l'horreur de l'existence et l'espoir de beaux lendemains qui se confrontent. Pendant tout le récit, la lumière combat la noirceur. Ces affrontements, intenses et inégaux, amènent avec eux beaucoup de tristesses et de larmes. Lorsque la vie semble remporter la victoire sur la mort, il y a toujours un nouvel élément pour troubler l'échiquier, jusqu'à cette conclusion qui épuisera la boîte de Kleenex.
Loin d'être objectif, le documentaire défend les gens qui se sentent floués par le système. C'est parfois un peu lourd et manipulateur, mais cela ne dérange pas. Le regard sur le genre humain est probant. Le propos, captivant de la première à la dernière image, bénéficie d'une réalisation experte de Kuenne, qui sait créer une tension en deux temps trois mouvements. Tout cela grâce à de nombreux intervenants toujours crédibles et sincères.
En retournant dans le temps afin de montrer l'existence de ce père, le cinéaste utilise de nombreuses archives où le grain et les égratignures sont de la partie. Ce n'est pas trop grave, il sauve la mise lors de séquences plus récentes où les couleurs et la densité des contrastes sont au point, faisant même oublier la présence de blocage. La piste sonore anglophone utilise timidement les enceintes situées sur côtés tout en s'assurant de rendre compréhensible les nombreux dialogues, qui peuvent être accompagnés de potables sous-titres blancs en anglais. La musique variée débute dans la légèreté pour devenir de plus en plus suffocante avec ces cordes et ce piano qui monopolisent l'ouïe.
L'incroyable pochette noire montre un bébé qui cherche son père. Frissons garantis. Un arbre généalogique et une mélodie incroyablement triste dominent un menu principal un brin trop statique. Les suppléments proposent cinq scènes supplémentaires à la fois très intéressantes et un peu trop répétitives pour se retrouver dans le montage final. Des archives vidéo présentent Andrew Bagby parmi ses proches, alors qu'un clip en 16 mm est à l'effigie de Zachary. Quelques liens vers des ressources variées permettent d'en apprendre davantage sur un livre écrit après les évènements, sur une pétition qu'il est possible de signer et sur un rapport de jurisprudence qui peut être consulté via l'Internet.
"Dear Zachary: A Letter to a Son About His Father" est un documentaire qui ne laissera personne indifférent. La prémisse est révoltante et il est difficile de ne pas retenir ses larmes. Ce n'est peut-être pas toujours très subtil et la quête d'émotion semble perpétuelle, mais c'est le genre de long-métrage qui poussera n'importe qui (ou presque) à devenir activiste pour faire changer la société.
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |