Les ennemis du cinéma
Filmoption International

Réalisateurs: Karl Parent, Yves Lever
Année: 2008
Classification: G
Durée: 52 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres: Français
Nombre de chapitres: 10
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
25 novembre 2008

Avec le récent et controversé projet de loi C-10, la censure est sur toutes les lèvres. À tel point qu'elle devient même la propre vedette de "Les ennemis du cinéma", un court documentaire de Karl Parent et d'Yves Lever qui relate les multiples combats entre la cinématographie québécoise et la "bonne morale" des institutions en place.

Ce projet de 52 minutes monté en format chronologique commence au début du 20e siècle les premiers pas du cinéma au Québec, un art populaire qui a longtemps donné des maux de tête au clergé. Peu à peu, c'est également l'histoire de la Belle Province qui prend place avec la grande noirceur de Duplessis et à la Révolution tranquille. De nombreux ouvrages d'ici et d'ailleurs, longtemps interdits ou remontés pour éliminer toute trace de matériel "compromettant", ont peu à peu laissé leur place à une censure plus intrinsèque, lorgnant vers des thèmes précis (la sexualité, les mœurs douteux, la politique, etc.) pour empêcher la diffusion d'informations pouvant altérer la bonne conduite.

Ce tour d'horizon risque bien d'intéresser les amants du septième art. La démarche, à la fois brève et détaillée, se regarde comme un cours didactique avec ce début, ce milieu et cette fin qui laisse peu de place à l'interprétation. Au passage, il est aisé d'apprendre quelques informations inédites ici et là, tout en notant cette influence entre le public et le privé, le social et le politique. Tout cela est agrémenté de témoignages intéressants de cinéastes, d'avocats et même d'un psychanalyste! Des noms peu connus côtoient ceux de Fernand Dansereau et de Denys Arcand qui se livrent avec plaisir à l'exercice.

Le traitement s'apparente cependant plus à un reportage télévisuel avec ces transitions désuètes, ces bobines qui tournent et ces hiboux qui volent. Le montage ne surprend guère, se voulant généralement académique. Le recours à des archives et à de vieilles photographies met un peu de piquant à l'entreprise. Ces extraits, nombreux et éclairants, ont tous été soignés... ou volontairement altérés, avec ces traces de grain et d'égratignures. Une recherche esthétique enviable venant solidifier des entrevues aux images neutres, aux couleurs précises et au blocage un peu trop apparent.

La piste sonore francophone est de bonne facture. Les voix s'entendent parfaitement et il y a de très beaux sous-titres blancs en cas de besoin. Les enceintes sont timidement utilisées, faisant uniquement ressortir des élans musicaux des différents haut-parleurs. La musique, à la fois classique et alarmante, est de la partie pour attirer l'attention sur les propos.

La pochette noire est éloquente. Elle montre des ciseaux qui vont bientôt couper une bobine de film. Le menu principal offre plutôt un montage de scènes d'œuvres diverses, le tout étant accompagné d'une mélodie sombre. La bande-annonce originale et 27 minutes d'entrevues inédites permettent aux différents intervenants d'approfondir leurs réflexions. Ainsi, Denys Arcand traite de ses extraits perdus et de ses escapades à New York pour voir des opus inédits à Montréal, alors que Fernand Dansereau rappelle ses années de censeur à l'ONF tout en se questionnant sur le rôle de l'Internet et la nécessité d'inculquer de solides valeurs à la jeunesse en place.

"Les ennemis du cinéma" est comme un cours d'histoire. Il s'agit d'une bonne initiation qui amènera le spectateur à entamer encore plus de recherches pour saisir l'ampleur de la censure au Québec, d'hier à aujourd'hui. Simple et accessible, voilà un documentaire qui se regarde sans ennui.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments3
Vidéo7
Audio7