Les documentaires engagés et dénonciateurs ne sont pas nouveaux, mais depuis que Michael Moore en a fait sa carte de visite, il semble qu'ils sont de plus en plus montrés au public qui les découvre alors au grand jour. Avec "Escape to Canada", le message est clair : les États-Unis sont-ils vraiment le pays de la liberté? Dans cette coproduction de Canal D, l'ONF, Movie Central et The Documentary Channel et réalisée par Albert Nerenberg ( Stupidity), nous découvrons les différences sociales entre ce que les Américains croient avoir et ce que le Canada offre vraiment.
L'image du Canada, pour de nombreuses personnes à travers le monde, c'est celle de son tourisme : les castors, les grandes forêts et les montagnes, la neige et la police montée canadienne (il ne faut pas oublier les igloos et les indiens). Mais pour ceux qui y résident, il y a en fait plus. Et ce sont ces différences, que l'on ne retrouve pas justement chez son voisin du sud, les USA, qui font que le Canada est aujourd'hui comme une terre d'exil de ces Américains qui se sentent comme trompés par leur gouvernement. Effectivement, il s'agit là d'une nouvelle attaque contre l'administration Bush qui, selon de nombreux résidants, ne place pas les priorités aux bons endroits.
En fait, selon l'introduction de ce documentaire, jusqu'à l'arrivée de George W. Bush à la présidence américaine, le Canada était perçu comme un pays ennuyant, ni plus ni moins. Mais cette perception a changé au tournant de l'an 2000. Les principaux points évoqués ici sont la modification de la loi sur la possession de marijuana (décriminalisation et légalisation), la position militaire du maintien de la paix au Moyen-Orient et les mariages entre personnes de même sexe. Le film, composé principalement d'images provenant d'événements publics et d'entretiens, est narré dans sa totalité par Albert Nurenberg lui-même. Sans s'enlever de l'esprit que la production date de 2005 (avant l'arrivée du gouvernement conservateur), on assiste donc à l'annonce puis à la mise en place des différentes lois, leur évolution, comme celle des mariages gays qui prend place dans les provinces canadiennes. Bien entendu, tout ceci ne se fait pas dans la facilité. Comme nous le voyons bien dans le documentaire, ces nouvelles décisions ne plaisent pas à tous. Rapidement, le Canada devient un peu la risée de ses voisins du sud, surtout dans les médias. Mais pour plusieurs autres, ce changement est aussi le signe qu'il leur faut peut-être regarder ailleurs. C'est ainsi que de nombreux Américains vont sérieusement réfléchir à venir vivre au Canada, principalement afin de pouvoir profiter de ces nouvelles lois, toujours interdites ou mal vues aux États-Unis.
L'un de intérêts de ce documentaire, c'est surtout qu'il ne lance pas les idées comme ça, sans explications ou prévention. Il compare les différences entre les deux pays sur d'autres lois qui briment, d'une certaine façon, le peuple américain par rapport au peuple canadien. On y voit aussi que les nouvelles lois d'ici ne font pas que des heureux et que les affrontements accompagnent parfois les défilés pacifiques. On y revoit aussi les déboires des cafés "pot" à Montréal, Toronto et Vancouver, qui se font fermer ou qui sont incendiés. On y rencontre aussi des soldats américains qui se réfugient littéralement au Canada (certains ont même déserté) pour ne pas avoir à subir la pression militaire de leur pays qui envoie des troupes combattre sur des fronts qui ne la concerne même pas. Un survol de cinq années qui ont certainement changé le Canada, mais aussi et surtout marqué pour une fois sa différence avec son voisin du sud.
Techniquement, cette édition d' "Escape to Canada" aurait pu bénéficier d'une meilleure qualité. Le film est bien panoramique, mais non anamorphique. Conséquence ou non, l'image est de qualité moyenne, avec beaucoup de fourmillements et des couleurs souvent fades. La piste sonore anglaise est correcte, mais en raison du fait que plusieurs segments sont des enregistrements "en direct" dans la rue ou dans une foule, certaines parties peuvent être difficiles à comprendre. Il n'y a aucun sous-titres, ni même pour malentendants. La page de menus est animée.
Du côté des suppléments, relativement nombreux, nous avons principalement des extensions de certaines séquences, qui n'ont pas été montées avec le documentaire final. Nous avons ainsi le discours complet du maire de Vancouver, Larry Campbell, pour la légalisation de la Marijuana, la version complète de l'entretien avec Tommy Chong, les entretiens avec l'activiste Marc Levy avant son arrestation, mais aussi par téléphone, alors qu'il est en prison. Nous avons également la séquence entière sur le L.E.A.P. (Law Enforcement Against Prohibition), on suit la famille Key, dont le père, Joshua, a déserté l'armée américaine pour vivre au Canada et on a des entretiens plus longs avec d'autres soldats réfugiés ici, on passe un moment avec la famille Foxter, alors que les deux filles vont se marier et on termine par une version légèrement plus longue de l'appel de Rondo Thomas contre les mariages de même sexe.
Ne serait-ce que par sa qualité visuelle discutable et son manque de pistes de sous-titres pour bien cerner toutes les paroles, ce documentaire, à l'instar de quelques autres dans le même style, apporte un beau travail de fond sur les points apportés. On y voit clairement que le "Pays de la liberté" impose ses lois à ses habitants, alors que le Canada ne cherche qu'à accommoder l'idéologie de chacun dans un monde de plus en plus international. Mais il ne faut pas non plus se sentir obligé de choisir un camp. Il faut simplement choisir le mode de vie qui nous plaît et ne pas accepter de se laisser dicter notre conduite. La liberté, ce n'est pas ce qu'une personne ou un groupe de personnes veut nous faire faire. Ne l'oublions pas!
| Film | 8 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 6 |