Après s'être attardé avec un succès relatif à la fiction par l'entremise de ses intéressants Défense d'aimer et Le dernier jour, Rodolphe Marconi se tourne vers le documentaire en mordant la poussière. Sans être totalement raté, "Lagerfeld Confidentiel" souffre d'une réalisation anonyme et d'un traitement à l'objectivité douteuse.
Le point de départ pouvait pourtant être fascinant. Pendant trois années, le metteur en scène de Ceci est mon corps a décidé de suivre le styliste Karl Lagerfeld - la tête dirigeante de la maison Chanel depuis 1983 - dans des défilés de mode, mais également chez lui à la maison. Quoi de mieux que pénétrer l'intimité d'un tel créateur qui a connu tant de styles et d'influences, lui qui était enfant lors de la fin de la Seconde Guerre mondiale?
Le traitement déçoit cependant rapidement. Étrangement, Marconi devient presque complice de son sujet et il se laisse manipuler en y allant de questions souvent superficielles sur l'enfance, la mère, le milieu, le tempérament et le désir de solitude. En fait, rares sont les informations réellement pertinentes qui ressortent au sein de ces 91 minutes. Montrer Lagerfeld en pleine effervescence peut être intéressant, mais cela doit servir à quelque chose.
Au contraire, le spectateur reste toujours en retrait, étant le principal témoin d'un monstre à l'ego surdimensionné. Rapidement, le principal intéressé énervera par son ton hautain et son désir de toujours avoir le dernier mot. De quoi changer de trottoir le plus rapidement possible si jamais quelqu'un le rencontre. Dans un tel univers où la mode, les vêtements et la photographie sont rois, il est dommage que le cinéaste n'ait pas positionné sa réalisation selon les créations de sa source. Sa mise en scène manque pourtant d'attrait et de personnalité, devenant trop statique et ordinaire pour un esprit aussi allumé.
Les mélodies ambiantes laissent la place à des tubes rock britanniques qui restent rarement en tête. La piste sonore francophone demeure intéressante, avec ces bruits d'applaudissements et ces élans musicaux qui s'échappent des différentes enceintes. Les dialogues, aisés à saisir, peuvent être accompagnés de très jolis sous-titres anglophones blancs.
Le traitement de l'image manque sérieusement d'éclat. Les couleurs sont souvent dans les mêmes teintes, les contrastes s'avèrent beaucoup trop sombres et la définition des contours aurait pu être plus juste. Peu à peu, ces défauts deviennent moins problématiques, surtout lorsque de vieilles vidéos ou des photographies apparaissent.
La pochette rouge, noire et blanche exerce un simple jeu de miroirs en montrant trois poses de Karl Lagerfeld. Le menu principal du DVD, statique et sans musique, est à l'effigie du roi de la mode. Les bonus se limitent à six publicités variées de la compagnie Koch Lorber, l'honnête bande-annonce originale un 12 séquences ratées qui ne servent strictement à rien. C'est bien peu.
"Lagerfeld Confidentiel" piquera sans doute la curiosité chez les amateurs de haute couture, mais rien ne dit que les attentes seront comblées, car le traitement superficiel et partisan favorise l'instauration d'une clôture entre Lagerfeld et son public. Sans doute que ce sujet, traité dans la fiction, aurait été plus intéressant. Ou tout au moins plus divertissant.
| Film | 4 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |