Manufacturing Consent
Special Edition
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateurs: Mark Achbar, Peter Wintonick
Année: 1992
Classification: PG
Durée: 167 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DDST)
Sous-titres: Français, Espagnol, Allemand
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
24 novembre 2007

Quinze années après sa sortie, le documentaire de Mark Achbar (The Corporation) et de Peter Wintonick "Manufacturing Consent" est toujours aussi d'actualité. Que les gens soient pour ou contre les pensées de Noam Chomsky, l'ouvrage mérite d'être visionné avec attention.

Entre autres penseur, écrivain, philosophe, linguiste (c'est lui qui a popularisé les fameux arbres syntagmatiques) et activiste, Noam Chomsky ne laisse pas indifférent. Intellectuel érudit, il se bat depuis des années pour conscientiser l'opinion publique, se mettant souvent à dos les instances gouvernementales des États-Unis. En 1992, deux cinéastes canadiens se sont intéressés à lui pour pondre "Manufacturing Consent", un documentaire mouvementé et excitant à mille lieues du cours didactique. Malgré les propos et l'opacité de l'essai qui s'échelonne sur 167 minutes (il y a même une intermission de quelques secondes), la réalisation est riche, vivante, drôle et inventive, multipliant les documents audio et visuels qui remettent en perspective les dires et les multiples énoncés.

Heureusement, le long-métrage ne fait pas l'apologie de Chomsky. Plusieurs témoignages contredisent ses pensées, des sources qui utilisent l'essence même de la rhétorique pour prouver leurs positions. Mais ce sont les mots de cet homme fascinant et passionnant qui dictent le récit (sans toutefois lui obliger une marche à suivre), jouant avec les éléments propres de l'usuelle biographie (il est né et a grandi...) pour s'en affranchir la plupart du temps. De la politique à l'économie en pensant par les modes de pensée et le rôle de l'industrie sportive dans les sociétés, les discours touchent à toutes les strates du pouvoir et de l'influence, débutant parfois en surface pour aller davantage en profondeur.

La pierre angulaire s'avère surtout le rôle des médias, entre propagande et endoctrinement, comme instrument des classes dominantes pour museler le reste du peuple. À coup d'exemples probants, Chomsky analyse les formes de discours sans jamais simplifier ou généraliser et c'est lorsqu'il compare que sa théorie tient le mieux la route. Les parallèles qu'il dresse entre les tortures médiatisées au Cambodge et celles dissimulées sous le tapis au Timor-Oriental pendant la seconde moitié des années 1970 ne peuvent que glacer le sang.

C'est par l'utilisation choc et ironique de différentes archives et témoignages que l'opus se veut profond et convaincant. Bien entendu, ce mélange de documents divers crée des images de qualité variable, entre teintes exemplaires, couleurs parfois usées et omniprésence de grain. Mais généralement, il n'y a rien pour nuire au visionnement. Ces nombreuses sources jouent également sur l'intensité des voix qui ne s'entendent pas toujours parfaitement. Pour remédier à la situation, il y a de solides sous-titres blancs en espagnol, en allemand et en français qui sont très utiles, surtout pour comprendre les termes plus techniques. La trame sonore qui évoque souvent les sons de la manufacture ne prêche jamais par excès.

La pochette, montrant un être humain entouré de postes de télévision, expose clairement les lignes directrices de l'ouvrage. Le menu principal du DVD reprend cette idée en y saupoudrant de la musique atmosphérique. Le premier disque contient le documentaire, alors que le second est composé de multiples suppléments généralement pertinents et incisifs. Deux entrevues réalisées en 2007 débutent le tout. Les cinéastes, qui semblent avoir une bonne estime de leur personne, parlent des impacts de l'essai et un narrateur leur pose d'excellentes questions. Bien entendu, les mises à jour de Chomsky sur différents sujets traités dans le documentaire s'avèrent nettement plus intéressantes. Son ton semble cependant un peu désabusé, ce qui est un peu triste. Il y a ensuite quatre débats où l'écrivain polémiste se frotte à l'auteur conservateur William F. Buckley (1969) sur les politiques guerrières américaines, au penseur Michel Foucault (1971) en comparant la justice au pouvoir, au controversé John Silber (1986) en direct à la télévision et à Alan Dershowitz (2005) sur des questions de paix entre Arabes et Israéliens. Les matériels vidéo et audio sont loin d'être extraordinaires, le tout s'étire parfois en longueur et des sous-titres auraient été bénéfiques, mais les arguments utilisés sont généralement efficaces et les sujets demeurent d'actualité. Il y a enfin une courte démonstration où les réalisateurs présentent la monteuse et les archives utilisées et un livre d'accompagnement uniquement disponible sur l'Internet dans un document PDF.

Sans jamais être déplacé comme les frondes de Michael Moore et de Paul Arcand, ce documentaire explosif mérite d'être visionné par le plus grand nombre de personnes afin de créer des débats significatifs. Le traitement très alerte est en phase avec le sujet qui touche à toutes les couches de la société. Sans doute que c'est trop long, mais la mise en scène aérée évite que ça soit trop touffu et il y a énormément de suppléments pour continuer la réflexion. Lorsque quinze années s'écoulent et que le sablier se retrouve au point de départ et même encore plus ancré dans son marasme, il y a un sérieux problème.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments8
Vidéo6
Audio6