Diffusé à quelques endroits spécialisés (dont au Festival présence autochtone 2008), "Muffins for Granny" lève le voile sur un passé honteux et peu glorieux du Canada. Un documentaire riche et exemplaire réalisé sobrement par une Nadia McLaren engagée.
De 1892 à tout récemment, une loi canadienne obligeait les enfants autochtones âgés de six à 18 ans à fréquenter des pensionnats. Au sein de ceux-ci, de nombreuses personnes mourraient, et les gens qui s'en sortaient étaient très souvent marqués pour la vie. En repensant à sa grand-mère qui a vécu dans tel établissement, Nadia McLaren décide de donner la parole à sept aînés qui n'ont toujours pas cicatrisé complètement leurs blessures.
En voilà une démarche courageuse! À travers une mise en scène simple et posée, la cinéaste offre la chance à des exclus de parler et de se libérer l'esprit. Sans partir en guerre contre les institutions politiques, la réalisatrice effleure les sentiments, se collant le plus près possible aux émotions. Son récit, divisé en chapitres (l'humilité, l'amour, etc.), peut paraître kitch. Sauf que cette prose est utilisée pour toucher l'âme et le cœur. Au-delà de ces êtres humains qui souffrent, le film s'intéresse en filigrane à la sauvegarde d'une culture, à la perpétuation d'une mémoire collective qui se rappellera des erreurs du passé. Une démarche importante qui transcende l'individualité.
Le montage intègre des archives personnelles obtenues un peu de la même façon que dans le brillant Tarnation. Parfois, il y a des photographies en noir et blanc, et même des extrapolations en dessin animé. Un procédé permettant à McLaren de peindre une toile avec des nuances encore plus grandes. Les images, réalistes et précises, se veulent souvent sombres. Ainsi, s'il y a du blocage et que le niveau des contrastes n'est pas toujours à la hauteur, les couleurs demeurent généralement représentatives.
Les deux pistes sonores anglophones s'avèrent particulièrement convaincantes, surtout celle en Dolby Digital 5.1. Les différentes enceintes sont rapidement envahies par des tambours, des oiseaux, des éclairs, de la pluie et du vent. De quoi rendre jaloux M. Night Shyamalan qui utilise cette nature vivante dans son intéressant "The Happening". Les voix, généralement audibles, auraient pu être plus élevées. Et les sous-titres francophones, s'ils se lisent presque sans difficulté, auraient mérité d'être plus gros. L'utilisation de la musique est toutefois sentie. Des chants traditionnels amérindiens parsèment la trame sonore, alors que des airs lyriques complètent le tout aux endroits plus délicats.
La pochette ressemble à une véritable toile d'art. Un superbe dessin montre une maison, un adulte et un enfant. Une main glauque s'échappe du cadre et elle n'inspire pas confiance. Ce n'est pas très subtil, mais ô combien efficace! Le menu principal du DVD est beaucoup moins original. Le dessin présent demeure joli, sauf qu'il n'y a aucune animation ni mélodie pour agrémenter la navigation. Et quelques suppléments n'auraient pas été de trop afin d'en savoir encore davantage sur cette dérangeante et révoltante situation.
"Muffins for Granny" est un documentaire brûlant d'actualité. En effet, le gouvernement conservateur s'apprête - si ce n'est déjà fait - à s'excuser à ces générations d'enfants qui ont résidé dans ces pensionnats. Non seulement cette œuvre de grande qualité permet de mieux comprendre une page d'histoire souvent balayée sous le tapis, mais elle le fait sans recourir à des moyens sensationnalistes. Malgré une finale qui rend les yeux tristes, le sentimentaliste n'est jamais appuyé. Il naît plutôt des nombreux témoignages éloquents, montrant que l'espoir de beaux lendemains s'apparente à la plus fine des éclaircies, apparaissant à des endroits insoupçonnés après une longue période de doute, d'incertitude et de grande noirceur. Libérateur.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |