My Winnipeg
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Guy Maddin
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 80 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
9 novembre 2008

Lorsque vient le temps de choisir le meilleur réalisateur canadien, il est aisé de porter son choix sur David Cronenberg, Atom Egoyan ou Denys Arcand. Pourtant, pourquoi ne pas considérer Guy Maddin - le David Lynch du pays de la feuille d'érable - qui n'a pratiquement jamais déçu depuis le début de sa carrière? Après avoir offert le brillant Brand Upon the Brain qui a été distribué en DVD directement par la compagnie Criterion, voilà que l'intrigant cinéaste vient d'accoucher de "My Winnipeg", un vibrant hommage qui est possiblement son meilleur long-métrage en carrière.

Il faudrait toutefois parler d'un documentaire fictionnel tant l'objet se veut un ovni dans le jargon cinématographique. Porté par une narration bien à l'avant-plan, le metteur en scène fait découvrir la ville enneigée de Winnipeg en donnant le goût aux spectateurs d'y aller. Un vrai miracle! Pour se faire, il remonte dans le temps, déterre des anecdotes, actualise des histoires à dormir debout tout en demeurant sur la mince ligne entre le sérieux et la comédie. En fait, il sera pratiquement impossible en 2008 de trouver une œuvre plus comique et jubilatoire que cet objet iconoclaste qui reste dans la tête longtemps après son générique.

Pour y arriver, le créateur de The Saddest Music in the World exploite à nouveau ses thèmes de prédilection: le désir d'être ailleurs, le rêve porteur d'espoir, l'exode vers la folie pour survivre et bien entendu les dérèglements familiaux. Comme à son habitude, la mère prend toute la place, et il est difficile de trouver un opus plus personnel que celui-ci. Le père arrive pourtant vers la toute fin dans un drôle hasard du destin, venant souligner au passage l'importance du hockey. Un sujet se mélangeant à d'autres plus improbables les uns que les autres, dont ces mystérieuses rues parallèles, ces piscines à trois étages, ces révoltes pendant la guerre et ces chevaux gelés.

Le style de monsieur Tales From the Gimli Hospital se reconnaît immédiatement dans ses images. Entre expressionniste allemand, cinéma d'avant-garde et film noir, le plein écran est riche de mille détails significatifs. Le noir et blanc enchante la rétine, faisant apparaître du grain et des égratignures qui sont toujours voulues. De la couleur fait irruption par enchantement, jouant avec les archives pour reconstituer une époque pas si lointaine dont la véracité est toute relative. Au sein de cette magnifique photographie, il est pratiquement impossible de rouspéter.

Le mélange entre les mélodies populaires, classiques et instrumentales apporte une atmosphère très particulière. La piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 agrémente les haut-parleurs de bruits multiples (des cloches, le moteur d'un train, des coups de ciseaux, du gaz qui s'échappe, des cris humains, etc.) favorable à une ambiance légèrement claustrophobe. Les dialogues éclatés débutent par les répétitions du narrateur, et tous ces mots s'entendent aisément. Il n'y a que les sous-titres francophones jaunes qui sont un peu trop petits.

La pochette déroutante dans des tons de gris montre un homme, une vieille femme, de la pluie et une situation qui est loin d'être simple. L'ingénieux menu principal du DVD offre un montage morcelé de scènes avec de la neige qui tombe et une jolie musique de circonstance. Les suppléments, plus divertissants que réellement satisfaisants, suivent trois chemins connexes. Une courte animation à la façon des vieux essais russes laisse deviner la ville de Winnipeg qui s'anime. Ce court segment d'à peine trois minutes s'avère plus intéressant que le documentaire sur la présentation du récit à Toronto où quelques personnes se succèdent au micro pour remercier monsieur et madame tout le monde. Il y a finalement trois courts-métrages au rythme débridé. Le poétique "Spanky: To the Pie rand Back" suit les aventures d'un carlin, "Berlin" superpose quelques plans inquisiteurs et "Odin's Shield Maiden" s'intéresse à une femme bien spéciale.

Fascinant, orignal et inoubliable, "My Winnipeg" s'inscrit aisément dans la liste des 10 opus les plus intéressants de 2008. Déjà, au festival de Toronto en 2007, il avait remporté le prix du meilleur film canadien. Toujours imaginatif, hilarant et même triste par moments, ce sommet dans la carrière considérable de Guy Maddin satisfera quiconque a l'impression que le septième art se perd de plus en plus dans des productions vaines et cacophoniques.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments4
Vidéo9
Audio8