Dernier documentaire de Benoît Pilon avant son passage à la fiction avec son acclamé et très réussi Ce qu'il reste de nous, "Des nouvelles du Nord" revisite les grands espaces québécois avec douceur et sensibilité. Lorsque les êtres humains sont au centre de tout.
C'est le concept de la Baie-James qui est exploré. Comment cette ancienne région charnière de la Belle Province vit aujourd'hui avec une population déclinante? Pour le savoir, un documentariste talentueux et son équipe décident de prendre le pouls des êtres qui habitent Radisson et Chisasibi.
Les premières séquences ressemblent à celle de Les états nordiques de Denis Côté. Une route qui s'étend à l'horizon vers un lieu fantôme. C'est le Nord québécois, aménagé lors des constructions de centrales hydroélectriques, qui tombent aujourd'hui dans l'oubli. La majorité des âmes s'en vont alors qu'une petite communauté a décidé de rester. Mais pour combien de temps? À Radisson, les gens cherchent à occuper leur temps: un jardin, un emploi à temps partiel, de la radio. Le passé est éphémère, car le cimetière est inexistant. À Chisasibi, la population des Cris a été délocalisée. Les gens continuent de vivre en repensant au passé tout en affrontant le présent.
À partir de cette dichotomie, Benoît Pilon trace un délicat portrait humaniste. Son objectif anthropologique n'est pas nécessairement d'analyser hier, mais de baigner dans le maintenant pour deviner le demain. Sa caméra est donc toujours tournée vers les gens. Comme dans ses précédents documentaires Roger Toupin et Nestor et les oubliés, les individus sont attendrissants et colorés, devenant pratiquement des amis avant la tombée du générique. Cette grande force de caractère permet à une région administrative de prendre vie alors qu'elle aurait facilement pu rebuter par sa nordicité et sa tendance à neiger les 24 juin.
Au passage, il est difficile de ne pas remarquer les majestueux paysages. La jolie photographie est à couper le souffle. L'immensité du territoire est alimentée de verdure, de plaines et de nuages parfois menaçants. Les images sont solides, bénéficiant de couleurs intéressantes et de stylisés reflets orangés qui font oublier ce blocage un peu trop présent. Pendant l'introduction, quelques archives (forcément inégales, car il y a du grain et des égratignures) sont utilisées pour montrer ce temps qui passe.
La piste sonore francophone en Dolby Digital 2.0 alimente timidement les enceintes de sons d'hélicoptères, de klaxons et de cris d'oiseaux sans jamais entraver les dialogues. Des sous-titres blancs en anglais (l'écriture est un peu petite) permettent de rejoindre un nouveau public. La musique variée de Robert Marcel Lepage, aussi divertissante puisse-t-elle être, est loin de rivaliser avec ses collaborations effectuées avec Bernard Émond et Catherine Martin.
La pochette épurée montre une personne sur une plage qui semble minuscule devant l'immensité du territoire. Une superbe image qui pourrait presque se substituer à une peinture. Le menu principal du DVD reprend exactement cette même pose, malheureusement statique et sans musique. Les suppléments regroupent la bande-annonce originale, une galerie d'agréables photographies et environ 26 minutes de scènes supplémentaires. Ces récits, généralement intéressants et pertinents, cadraient toutefois mal avec le reste de l'ensemble. L'absence d'une piste de commentaires demeure regrettable.
"Des nouvelles du Nord" est une réflexion vivante et chaleureuse sur l'être humain. Derrière sa simplicité se trouve l'âme de deux nations qui cherchent à vivre sur un territoire parfois austère et peu populaire. Un documentaire qui est transcendé par l'apport authentique de son cinéaste qui n'hésite pas à prendre son temps pour scruter ce qui se dresse devant lui.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |