Ken Burns' Baseball
Paramount Home Entertainment / PBSHome Video

Réalisateur: Ken Burns
Année: 1994
Classification: PG
Durée: 1380 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DDST)
Sous-titres:
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 10 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon François Langevin
2 octobre 2004

Le baseball est reconnu comme étant le passe-temps national des Américains. Inventé par Abner Doubleday et apparu au milieu du 19e siècle, ce jeu s'est rapidement développé pour s'intégrer à toutes les couches de la société et les milieux d'affaires. Le documentariste Ken Burns s'y est longuement attardé et a écrit, réalisé et produit une minisérie d'une durée approximative de 20 heures portant sur l'origine de ce jeu, son histoire, ses anecdotes, ses faits d'armes et ses légendes. Présentée originalement en 1994 sur les ondes de PBS, cette série fût originalement distribuée par Warner Brothers en octobre 2000. Pour cette nouvelle édition, PBS s'associe aux studios Paramount. Si le contenu est essentiellement le même, Paramount a eu la brillante idée de monter le coffret avec des boîtiers minces.

"Ken Burns' Baseball" est le second volet d'une œuvre triptyque portant sur le peuple américain et son évolution plus particulièrement celle portant sur les barrières raciales. Et c'est à l'aide de nombreuses photos, documents d'archives et d'un panel de personnalités provenant de différents milieux (Daniel Okrent - Éditeur, Stephen Jay Gould - Paléontologiste, Doris Kearns Goodwin - Historien, George Plymptom - Écrivain, Billy Crystal - Comédien et Bob Costas - Chroniqueur sportif) que l'on découvre cette mine d'informations sur cette tradition qu'est le baseball.

Le coffret de dix DVD est monté telle une partie de baseball, c'est-à-dire que chaque DVD, d'une durée approximative de 2 heures, est en fait une manche au baseball (Un dixième DVD, rempli de suppléments, complète le coffret). Chacune des manches relate les grands moments de ce sport, et ce, de façon chronologique. L'omniprésente narration de John Chancellor vient lier les différentes interventions faites par le panel d'invités aux évènements qui se sont passés sur le terrain. Ce qui rend cette expérience si unique est le fait que chacune des manches renferme son lot d'anecdotes souvent plus invraisemblables les unes que les autres, ce qui apporte une fraîcheur aux innombrables moments de baseball relatés. Voici un bref aperçu de ce que renferme chacun des DVD de ce coffret. J'aimerais souligner la façon s'amorce chacun d'eux, c'est à dire en situant le contexte économique, historique, culturel et sportif de l'époque. Au lancement de chaque épisode, nous devons également regarder quelques publicités des commanditaires de cette fresque, irritant que l'on peut contourner en actionnant le bouton de "chapitre suivant" sur notre télécommande.

1re manche: Nous assistons à la création de ce jeu par Abner Doubleday dans la ville de Cooperstown, NY aux alentours de 1840. Ken Burns s'attarde à disséquer ce jeu et les instruments utilisés pour y jouer. Nous apprenons de quoi est fait une balle de baseball, du nombre exact de coutures qui la couvrent, de la longueur et poids maximal que peut avoir un bâton et des différentes distances entre les différents points stratégiques qui composent le champ intérieur d'un terrain de baseball. Nous voyons également les disparités entre ce jeu et celui pratiqué par les Anglais et l'émergence de ce passe-temps national et de l'immense opportunité d'affaires qu'il représentait chez nos voisins du sud.

2e manche: Au début du 20e siècle, les premiers grands noms de ce sport apparaissent (Honus Wagner, Walter Johnson et Ty Cobb) et un engouement pour ce sport prend racine. Une nouvelle ligue nommée ligue américaine est créée et elle met peu de temps pour atteindre le niveau de jeu que l'on retrouve dans la ligue nationale. Une entente entre gentlemen empêchera les joueurs de couleurs d'exhiber leurs talents dans ces grandes ligues. Une anecdote d'anthologie y est relatée, moment de sport connu comme le "Merkle Boner" où quelques joueurs d'une équipe ont dû retrouver une balle de baseball dans une foule qui célébrait la victoire de l'équipe locale pour finalement la récupérer et toucher au deuxième coussin, car le joueur qui avait marqué le point gagnant avait en fait omis de toucher à ce coussin. Je vous laisse découvrir la façon dont ils y sont parvenus pour mieux savourer cette hilarante et quelque peu embarrassante page de sport.

3e manche: Une nouvelle ligue voit le jour. Appelée "Federalist", cette ligue ira chercher ses joueurs à même la ligue nationale et américaine en leur offrant plus d'argent. Cette histoire ira jusqu'en cour où le juge Kenishaw Mountain Landis rendra une décision qui fera très mal à cette nouvelle ligue. Le fait saillant de cette page d'histoire est certes la fameuse série mondiale de 1919 perdue intentionnellement par les "Black Sox de Chicago". Dès lors, le baseball tentera de se protéger des parieurs et le même juge Landis deviendra le premier commissaire du baseball. Les joueurs soupçonnés d'avoir participé à cette fraude seront suspendus à vie incluant le fabuleux "Shoeless Joe Jackson".

4e manche: C'est l'affaire de Georges Hermann Ruth mieux connu comme le "Babe". Les exploits de ce joueur seront si fracassants que le baseball sera propulsé vers des nouveaux sommets de popularité. Par exemple, Babe Ruth battit le record de coups de circuit en une saison le faisant passer de 29 à 50 puis à 60. Les détails de la transaction qui l'a fait passer des Red-Sox de Boston aux Yankees de New York sont relatés avec beaucoup de détails. Puis, il y a l'entrée en scène de Lou Gehrig qui allait plus tard passer à la légende à sa façon. Parallèlement, on assiste au développement de la "Negro League" et du visionnaire Branch Ricky, lequel allait mettre au point le système de développement des joueurs via un réseau de ligues dites mineures.

5e manche: On parle plus en profondeur de la "Negro League" et de ses plus grandes vedettes soit Josh Gibson et Satchell Paige. Si M. Paige eut la chance de terminer brillamment sa carrière dans le baseball majeur, Gibson n'y arriva pas même s'il avait connu une saison de 70 circuits et quelque chose comme 931 coups de circuits au cours de sa carrière. On voit comment le baseball a su survivre pendant la grande dépression et on assiste aux fins des carrières des deux premières légendes de ce sport, soit Babe Ruth et Lou Gehrig et l'arrivée en scène de Joe DiMaggio, Hank Greenberg, Bob Feller et Ted Williams.

6e manche: Personnellement, l'ère la plus faste du baseball et de loin la plus intéressante. On voit les effets qu'a eu la Deuxième Guerre mondiale sur ce sport, l'apparition d'une ligue professionnelle pour femmes qui allait connaître un succès considérable avant que le commissaire de l'époque évince les femmes de ce sport. On couvre en détail la remarquable performance de deux des plus grands frappeurs de l'histoire de ce sport. En 1940, Joe DiMaggio allait frapper en lieu sûr dans 56 parties consécutives, record qui perdure toujours et Ted Williams allait frapper pour une moyenne supérieure à .400. Il est d'ailleurs le dernier joueur à avoir accompli ce haut fait d'armes. Pour terminer, on assiste à l'apparition du premier joueur de couleur dans le baseball majeur. Branch Ricky, alors responsable du développement des joueurs dans les ligues mineures pour les Dodgers de Brooklyn rappela un dénommé Jackie Robinson qui jouait alors pour les Royaux de Montréal, filiale AAA des Dodgers. Malgré toutes les tentatives d'intimidations (menace de mort, tentative de blessures, injures) faites à son endroit, il ne riposta jamais s'assurant par contre de faire bien sentir sa présence là où ça comptait, c'est-à-dire sur le terrain de baseball. Il connût une remarquable carrière et permis aux Dodgers de remporter la série mondiale.

7e manche: On entre dans les années d'or du baseball où plusieurs joueurs se démarquent. C'est l'ère des Mickey Mantle, Yogi Berra et Willie Mays. Ce dernier réussira un attrapé au champ centre du célèbre Polo-Ground de New-York, encore surnommé aujourd'hui "The catch". On parle du chambardement qu'a causé l'intégration de Jackie Robinson au sein du baseball et de son impact sur les ligues majeures et sur la "Negro League". Un hommage est d'ailleurs fait sur la "Negro League", sorte d'épilogue commémorant ses grands moments et son impact sur le baseball en général, car ses vedettes (Larry Doby, Frank Robinson, Willie Mays) quittent cette ligue pour aller jouer dans les grandes ligues où les salaires sont de beaucoup supérieurs. On glisse également un mot sur la tradition du "7th inning stretch", du transfert de deux grandes équipes de New York (Giants et Dodgers) qui allaient déménager à San-Fransisco et Los-Angeles respectivement.

8e manche: Nous entrons dans les années 1960 et le baseball se transforme rapidement. Les joueurs noirs sont de plus en plus présents et c'est l'entrée en scène des joueurs latins en autre le célèbre Roberto Clemente. On assiste à la saison de 61 coups de circuit de Roger Maris en 1961, aux prouesses de Carl Yastremski et de Bob Gibson lequel a enregistré une moyenne de point mérité de 1.12 durant la saison 1968. Pas besoin de dire que ce record demeure toujours intact pour un lanceur partant. On nous parle également de la saison de rêve des Mets de New York qui contre toutes attentes ont décroché les grands honneurs de la série mondiale en 1969.

9e manche: Faute de temps ou de budget, Ken Burns a dû intégrer 25 années de baseball sur un seul disque et j'avoue que ce survol est trop rapide. On nous parle évidemment des vedettes de cette époque, en l'occurrence les Pete Rose, Sandy Koufax, Hank Aaron, Nolan Ryan et Reggie Jackson. On parle de la poursuite civile qu'a intentée Curt Flood, voltigeur des Cardinaux de St-Louis, contre le baseball majeur, car il désirait faire abolir la clause liant un joueur à son équipe pour la vie. C'est ainsi que fut abolie la clause de réserve créant par le fait même les agents libres. Plusieurs faits saillants attenants aux séries mondiales sont relatés comme la bourde de Bill Buckner des Red-Sox de Boston ou de l'incroyable coup de circuit de Kirk Gibson des Dodgers de Los Angeles sur une seule jambe. Ken Burns conclut le documentaire en constatant que l'incroyable flambée des salaires continuera à évoluer tout comme ce passe-temps favori des Américains qu'est le baseball.

Ce documentaire est présenté en format plein écran et la qualité de l'image varie beaucoup. Certaines archives sont très poussiéreuses et granuleuses alors que la portion d'archives plus récente est claire et exempte d'impuretés. La portion attenante aux interviews avec les différents invités est aussi de très bonne qualité. J'aimerais porter votre attention sur le fait que la plupart de ces archives sont des morceaux d'histoire si rares que le fait d'avoir quelques poussières où un fini délavé est vraiment un infime prix à payer pour pouvoir contempler ces grands moments parfois anthologiques. Seule une trame anglaise en format stéréo est disponible. Comme pour le volet vidéo, la qualité du son varie selon l'âge des archives. Aucun rematricage ne semble avoir été fait pour éliminer les bruits de fond. Quant à la narration et aux entrevues, la qualité de son est exemplaire et les voix sont parfaitement audibles. Tout le débit sonore de ce coffret réside sur les enceintes avant et l'enceinte de sous-grave reste muette.

Chaque épisode possède son propre menu. Dans le cas des premiers, on a droit à des images de joueurs évoquant l'époque couverte par le DVD. Dans le cas des derniers chapitres, on a droit à des segments vidéo commémorant également l'époque concernée. La chanson "Take me Out to the Ball Game" est omniprésente sur chaque DVD et nous avons droit à autant de variations sur ce thème musical qu'il y a de DVD. La navigation entre les différentes sections et sous-sections du menu est d'une simplicité enfantine.

En guise de suppléments, on retrouve sur chacun des 9 disques des cartes de baseball virtuelles des plus grands joueurs de ce sport. On peut y accéder directement à l'apparition du logo de PBS pendant l'écoute du DVD où simplement en accédant à la section des suppléments de chaque DVD. Une série de 25 questions sont également posées à la fin de chaque DVD et une mauvaise réponse nous transporte instantanément à l'endroit où le sujet abordé par la question est traité. Ces deux compléments sur chaque DVD sont de petits bijoux et complètent merveilleusement chaque manche. À noter que l'apparence de chaque DVD est à l'effigie d'une balle de baseball.

Un dixième disque, également rempli d'extras, complète le coffret. On a droit à des entrevues fait par Charlie Rose sur Ken Burns, Bob Costas, la veuve de Jackie Robinson, Bob Gibson et Yogi Berra. L'entrevue de Bob Costas sur Mickey Mantle est de loin la plus intéressante. M. Costas donna cette entrevue le lendemain de l'enterrement de son grand ami pour lequel il lui rendit un panégyrique d'adieu. Des informations pertinentes sur toutes les équipes du baseball majeur font également partie de ce segment au même titre que le documentaire intitulé "Making of Baseball". D'une durée avoisinant les vingt minutes, ce dernier est vraiment intéressant, car il nous montre les efforts de recherche faits par Ken Burns pour pondre cette œuvre unique. C'est incroyable de constater le nombre de films d'archives consultés pour arriver au produit fini.

"Ken Burns' Baseball" est une véritable encyclopédie sur l'univers de ce sport, de son histoire et de son évolution à travers la société américaine et de l'imperméabilité de cette dernière face à la tolérance raciale. L'ironie du sort aura voulu que cette grande œuvre paraisse au moment où le baseball vivait des heures sombres lors de la grève des joueurs en 1994 alors que nos Expos trônaient au somment du baseball majeur. Je vous recommande fortement de vous procurer ce magnifique coffret qui a su capter l'essence et l'âme de ce jeu, de nous montrer ses plus grandes vedettes et d'illustrer les efforts déployés par certains pour combattre l'injustice et le racisme. En ces jours tristes où la fin du baseball à Montréal est confirmée avec le déménagement des Expos vers Washington, vous pourrez conserver des souvenirs intemporels et uniques avec cette pièce de collection. Je vous garantis que vous ne resterez pas sur votre appétit. Bravo Ken Burns, bravo PBS et bravo Paramount!


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