À moins d'avoir été présent et extrêmement politisé dans les années 60 ou d'être un fan de musique folk, il y a de fortes chances pour que très peu de lecteurs n'aient jamais entendu parler du chanteur Phil Ochs. Et pourtant, cet énergumène incroyablement prolifique aura connu un incroyable succès d'estime de la part de ses compatriotes avant sa disparition tragique en 1976. "Phil Ochs - There but for Fortune" retrace le parcours difficile et merveilleux de cet être unique.
À l'aide de témoignages de ses proches - frère, soeur, fille, épouse, amis -, de collègues chanteurs et militants de l'époque comme Pete Seeger, Joan Baez, Abbie Hoffman, Peter Yarrow et autres, mais aussi d'admirateurs comme Sean Penn, Jello Biafra ou Billy Bragg, le réalisateur Kenneth Bowser raconte la vie et la carrière météorique de Ochs. De ses débuts à l'école puis à l'université qu'il quitta rapidement pour devenir chanteur folk, de sa soudaine prise de conscience politique, puis de ses débuts de militant chantant, le film analyse en détail les tournants de la vie du ménestrel.
On jette aussi un regard sur sa relation avec son compagnon des débuts, Bob Dylan, et la relation amour-haine qui s'ensuivit lorsque ce dernier devint une vedette internationale et que Ochs resta intègre et inconnu du public! Chantant dans toutes les manifestations (il était beaucoup plus politisé que Dylan), devant des grévistes, opposant la guerre et les dictatures, Ochs semblait à la fois heureux et confident qu'il réussirait à changer le monde grâce à a ses chansons et à ses interventions.
Puis vinrent les années 70 et une radicalisation de l'état, courtoisie de Nixon et ses républicains arriérés, face aux hippies et aux militants anti-Vietnam. Avec ces affrontements violents vinrent la désillusion et le désespoir. Juxtaposé avec l'absence de succès populaire, d'un égo énorme et d'une tendance à l'auto-destruction certaine (doublé d'une bipolarité dangereuse), la recette était prête pour la catastrophe. Descente aux enfers qui vint lentement suite à une série d'événements personnels ou sociaux importants comme le coup d'État supporté par la CIA contre le gouvernement d'Allende au Chili, l'assassinat qui s'ensuivit d'un chanteur folk local engagé local ami de Ochs, Victor Jara, la perte de sa voix magnifique lors d'une attaque sur une plage africaine par des voleurs indigènes et finalement la fin de la guerre au Vietnam qui rendit les chanteurs militants et impliqués un peu caduque aux yeux des gens... et à leurs propres yeux.
Terminant sa vie dans l'alcool et la maladie mentale, Ochs se pendit chez sa sœur en 1976. Il laissait derrière lui un important bagage de protest songs incluant "War is Over", "Love Me I'm a Liberal" et "I Ain't Marching Anymore", qui sont encore chantées dans les marches et les soirées militantes aux États-Unis.
Comme avec tous les documentaires sur des personnalités artistiques, il est vrai que la connaissance de l'œuvre du chanteur peut aider. Mais j'avoue avoir toujours eu une curiosité pour ce chanteur dont je ne connaissais qu'une chanson, très belle, de reste. Et je ne fus pas déçu par ce long-métrage récent. À travers la vie de Ochs, on découvre les hauts et les bas du militantisme de l'époque où tout n'était aussi polarisé qu'on le croit. On voit aussi comment un homme représentant bien sa génération tourne lentement son attention sur le monde et sur les méfaits de la politique expansionniste américaine avec des conséquences désastreuses pour le moral des troupes. Et comme les choses ont peu changé depuis Nixon (Reagan au Salvador et Nicaragua, Bush père et fils au Moyen-Orient) la courte vie de cet artiste et ses chansons encore actuelles nous apprennent une merveilleuse leçon.
Donc un film et un chanteur à découvrir.
Au niveau de la qualité audiovisuelle, l'origine des extraits d'archives affecte grandement le résultat. Même si la plupart des entrevues contemporaines sont bonnes avec leurs couleurs chaudes et leur son bien riche (piste 5.1 tout de même, plutôt rare pour un documentaire), le tout souffre tout de même du nombre incroyable d'archives de qualité moindre utilisées pour le film. Allant d'extraits VHS à des bandes-vidéo amateurs en passant par des clips télévisuels de l'époque, ces documents, bien qu'essentiels au niveau du contenu, affaiblissent grandement la qualité audiovisuelle du long-métrage. Mais comme toujours, le contenu surpasse le contenant. En suppléments, on retrouve une galerie photo et une courte biographie écrite du réalisateur.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |