Robert "Willie" Pickton est le pire tueur de l'histoire du Canada, mais à part les grands titres des manchettes, connaît-on vraiment les faits qui ont mené à son arrestation et à sa condamnation? À partir de la seconde moitié des années '90 et jusqu'au début du siècle suivant, des dizaines de femmes ont disparu du quartier le plus pauvre du pays, le Downtown Eastside de Vancouver. Comme il s'agissait principalement de prostituées aux prises avec des problèmes de drogue et de personnes en transit ou en rupture avec leurs familles, il aura fallu plusieurs disparitions avant que la police locale ne daigne enquêter et des années avant qu'ils ne réalisent qu'ils avaient affaire à un tueur en série. Malgré tous les indices qui s'empilaient contre lui et les témoignages qui l'impliquaient directement, Pickton a profité du laxisme des autorités pour continuer d'empiler les corps sur sa ferme de Port Coquitlam, en banlieue de Vancouver. Même s'il a été trouvé coupable du meurtre au second degré de six femmes, on ignore encore aujourd'hui le nombre exact de ses victimes, qui avoisinerait plutôt la cinquantaine.
Le documentaire "The Pig Farm" s'attarde surtout à raconter le long processus qui a mené à une première enquête bâclée de la police de Vancouver, puis à celle plus fructueuse de la GRC. On y retrouve des entrevues effectuées avec des témoins de première main comme des anciens employés de la ferme, des amis de Robert Pickton et des policiers qui ont été impliqués dans l'enquête. On a même droit à des témoignages inédits que les jurés n'ont pas entendus lors du procès, comme celui de "Stitch", une prostituée qui a échappé de justesse à une tentative de meurtre des années avant que Pickton ne soit arrêté, mais que la police n'a pas pris au sérieux sous prétexte de manque de crédibilité.
Le documentaire insère également des images d'archives et des reconstitutions de certains événements, ainsi que des extraits du journal audio que tenait Robert Pickton. On entend la voix du tueur qui philosophe sur divers sujets, mais ces extraits ne nous apprennent rien de plus sur la psychologie ou les motivations du personnage. C'est d'ailleurs une des faiblesses de "The Pig Farm". On ne cherche jamais à expliquer le pourquoi, seulement le comment. La réalisation est généralement de bon goût, mais on utilise beaucoup trop les trois mêmes photos de Pickton, surtout celle où on le voit à côté d'une dépouille de porc avec les mains pleines de sang. L'utilisation de cette image à répétition verse un peu dans le sensationnalisme, mais c'est le seul cas qu'on peut reprocher. Le reste du documentaire est réalisé avec sobriété et respect.
La pochette du boîtier, tout comme le menu du DVD, présente un montage à partir d'une photo de la ferme qui évoque les films d'horreur de style "grindhouse" des années 70. Cette présentation est bassement racoleuse et ne correspond pas au style du documentaire, qui se rapproche beaucoup plus d'un reportage en profondeur réalisé par une équipe de nouvelles (ce qui est le cas). La qualité de l'image varie, puisque les images d'archives côtoient des prises plus récentes effectuées avec une caméra numérique. La musique est principalement atmosphérique, et souligne bien le ton grave du sujet. On ne retrouve aucun supplément sur le disque à part la bande-annonce, ce qui est décevant. Il aurait été pourtant simple d'ajouter des extraits d'entrevues qui ont été coupés du montage. Dans l'ensemble, on reste un peu sur sa faim.
Il y aura sans doute d'autres documentaires qui tenteront d'expliquer des facettes différentes de cette histoire complexe, comme la possibilité que Pickton n'ait pas agi seul et qui est évoquée à la va-vite à la toute fin du film, mais pour l'instant, "The Pig Farm" est probablement le document le plus complet pour comprendre comment le tueur en série a pu agir en toute impunité durant des années.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |