Quel petit garçon, ou même petite fille, n'a pas joué dans sa jeunesse aux cowboys et aux Indiens? Et bien entendu tout le monde voulait être le cowboy puisque c'est toujours eux qui gagnaient. Le réalisateur Cree Neil Diamond avoue lui aussi avoir participé à ces jeux étant petit et s'être seulement rendu compte après un certain temps qu'en fait les perdants, ceux qu'on tuait toujours, c'était les siens. Suite à cette réflexion, il décida de partir de sa réserve dans le Grand-Nord et de traverser l'Amérique du Nord pour se rendre en Californie question d'essayer de comprendre le rôle des Autochtones dans la construction du mythe hollywoodien.
Le documentaire résultant de cette quête s'intitule "Reel Injun" (ou "Hollywood et les Indiens" en français). Grâce à une impressionnante recherche, Diamond a retrouvé des quantités incroyables de documents d'archives, d'extraits de films américains et même de publicités télé ou le stéréotype de l'Indien est exposé sous toutes ses facettes. Grâce à de nombreuses entrevues de réalisateurs comme Clint Eastwood, Jim Jarmusch et Chris Eyre, mais aussi d'innombrables artistes autochtones comme Graham Greene, Adam Beach et Robbie Robertson, le documentariste retrace le cheminement de l'image de son peuple dans le cinéma d'Hollywood.
Des premières apparitions dans les années 20 (quoiqu'un des premiers films jamais tournés par Edison à la fin des années 1890 montrait une danse rituelle Lakota) où l'Indien était le sage stoïque et bon à la transformation radicale dans les années 30 où il devient le "sauvage", le guerrier redoutable qui massacre les bons Blancs et empêche la belle et grande Amérique de progresser! Viennent ensuite les années 70 et une première tentative de rédemption avec des films plus près de la réalité comme Little Big Man et One Flew Over the Cuckoo's Nest qui présentent des personnages autochtones plus complexes et humains et non plus le modèle monolithique du passé. Il faudra attendre les années 90 avec Dances with Wolves pour que l'Indien hollywoodien devienne enfin un être humain comme les autres (bien que le héros soit un homme blanc comme les interviewés s'empressent de le spécifier!), avec ses défauts et ses qualités, mais surtout ses différences de personnalités, comme pour toutes les races de la planète.
Le film se termine en jetant un regard sur la naissance du cinéma autochtone nord-américain avec des films comme Smoke Signals ou Atarnajuat: l'homme rapide, mais aussi sur celui des Nations autochtones de partout dans le monde comme Whale Rider ou Once Were Warriors du Maori Lee Tamaori. Tout au long du documentaire, des intervenants autochtones ou blancs - militants comme John Trudell ou Russell Means, mais aussi historiens du cinéma - commentent les différentes périodes de l'histoire autochtone et leur reflet dans le miroir hollywoodien.
Le résultat final est un film à la fois informatif, rigolo par moments, mais qui fait surtout découvrir comment notre perception des Indiens fut construite par le cinéma et nous fait réfléchir sur le peu de réelles connaissances le Nord-Américain moyen a des Nations autochtones qui habitaient le continent avant l'Homme blanc et surtout du peu de connaissances qu'il a de la situation actuelle sur les réserves.
Au niveau vidéo, le documentaire est très bien présenté. On a des images claires, aux contrastes prononcés, aux contours bien définis et aux couleurs éclatantes. La majesté des paysages et de leurs milliers de nuances et de couleurs est impeccablement reproduite, nous donnant l'impression d'y être. Ainsi, une accolade spéciale doit être faite à la directrice photo québécoise Édith Labbé pour son superbe travail qui apporte énormément au film. L'audio est aussi d'excellente qualité. Le choix musical hétéroclite (Nick Drake, Iron Maiden, etc.) se fond bien dans le mixage final et les diverses entrevues sont bien rondes et chaleureuses. Il n'y a pas de supplément sur ce DVD.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |