Inutilement complexe et verbeux, "Duplicity" finit par fonctionner grâce à la chimie amoureuse entre Julia Roberts et Clive Owen. Dommage que les enjeux mineurs arrivent difficilement à intéresser de A à Z.
Depuis la fin de la Guerre froide, les combats politiques se sont déplacés dans l'arène financière. C'est ce qu'a compris l'ancienne agente de la CIA Claire Stenwick (Roberts) et l'ancien espion britannique Ray Koval (Owen). Même s'ils ne travaillent pas au sein du même organisme, ils décident de faire équipe pour frauder leur employeur respectif, usurper une formule secrète et la vendre aux plus offrants afin de toucher le gros lot. La méfiance et l'amour qui apparaît au tournant risquent toutefois de se retourner contre eux.
Tony Gilroy est un drôle de cinéaste. Tout d'abord scénariste pour des productions pas toujours convaincantes (Armageddon, Extreme Measures) et ensuite pour la trilogie Bourne, son passage derrière la caméra a été couronné de succès avec le surestimé Michael Clayton. Malgré que l'histoire soit pratiquement la même que celle de The Firm, cette première réalisation mettant en vedette George Clooney a réussi à se frayer un chemin dans la catégorie du meilleur film de 2007, à côté de grosses pointures telles No Country For Old Men, There Will Be Blood et Atonement. À partir de ce mini triomphe, ses prochains longs-métrages allaient bénéficier d'une attention médiatique certaine.
Évitant de se compromettre trop rapidement avec un sujet sérieux, Gilroy fait du Steven Soderbergh léger. "Duplicity" pourrait même ressembler à un cousin éloigné de Ocean's Eleven. Le ton est à la farce, la vraisemblance prend le bord, il y a une arnaque et les imbroglios arrivent à grands pas. Rien de nouveau sous le soleil et il faudra repasser pour la critique du néolibéralisme. La réussite relative du projet tient plutôt dans cette mise en scène aérée, mais répétitive, et ce joli duo entre Julia Roberts et Clive Owen. La première, aussi lumineuse que dans le très bon Charlie Wilson's War, n'a aucun problème à mener en bateau le second qui semble continuellement incarner le même personnage. C'est lorsqu'ils sont ensemble à l'écran que l'ensemble lève.
Cela arrive malheureusement très rarement. Pendant 125 longues minutes, ils multiplient les pièges, les secrets et les trahisons pour arriver à leurs fins. Ils se disputent sur des airs connus, se suivent comme des prédateurs et se tombent dans les bras à la moindre occasion. Jusqu'à cette finale incroyablement romancée qui laisse le spectateur sur sa faim. Autour de ces deux pôles monopolisateurs d'attention, il faut tout de même un peu de tension. Ce qui n'est pas le cas ici. L'intrigue, incroyablement brouillonne, rappelle que Gilroy a toujours ses réflexes de scénariste. L'abus des mots est donc palpable, tout comme sa façon d'expliquer le moindre rebondissement. Dans cet exercice luxueux, mais vide, les héros ne se mettent jamais en danger. Ils errent en essayant d'être le plus charismatique possible, affichant leurs plus beaux sourires en tentant de faire oublier cette trame narrative extrêmement mince qui se plait à jouer des ellipses chronologiques pour avoir l'air branché et dans le vent.
La musique frêle, volatile et dansante de James Newton Howard accompagne généralement bien les péripéties, mignonnes, mais sans conséquence. Les pistes sonores, format poids plume au niveau des enceintes situées sur le côté (il n'y a que des bruits d'oiseaux et d'une ville en pleine activité), offrent des voix et des dialogues qui s'entendent aisément, et qui peuvent bénéficier d'une honnête traduction française ou de visibles sous-titres blancs. Les très belles images, précise sans être trop stylisées, sont dotées de couleurs toujours justes, d'un intéressant niveau de détails et de contrastes suffisamment profonds et riches. De quoi faire oublier ce blocage qui peut apparaître sur quelques immeubles.
L'ordinaire pochette blanche en forme de carreaux montre les principaux protagonistes, un baiser langoureux et la ville de New York. Le menu principal du DVD présente une longue succession de scènes sur une mélodie languissante. Le seul supplément disponible est une fascinante piste de commentaires de Tony Gilroy et du monteur et co-producteur John Gilroy. Décontractés et en verve, les deux hommes discutent de la création de l'ouvrage, ses influences, son ton, les péripéties rencontrées et les joies du montage, parlant avec un humour pince-sans-rire assez savoureux. Quelques bonus supplémentaires n'auront pourtant pas été de trop.
La farce peut être drôle et ludique. Et elle l'est en de trop rares occasions. Elle manque toutefois de profondeur et de cohérence. Comment peut-on réunir deux grands comédiens comme Tom Wilkinson et Paul Giamatti et ne leur offrir que des miettes en terme de personnage (hormis peut-être cette savoureuse introduction)? Mystère. "Duplicity" existe seulement grâce à la présence au générique de Julia Roberts et de Clive Owen et c'est, de loin, le meilleur atout de la production. Pourtant, ce couple trop parfait s'avérait nettement plus convaincant dans le troublant Closer. Peut-être que Mike Nichols, contrairement à Tony Gilroy, avait une vision d'ensemble, et qu'il savait nourrir sa prémisse divertissante d'éléments essentiels qui allaient rester en tête une fois la tombée du générique.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |