Elle veut le chaos
FunFilms

Réalisateur: Denis Côté
Année: 2008
Classification: PG
Durée: 105 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 6
Nombre de disques: 1 (DVD-9)
Code barres (CUP): 777078916679

Ce DVD est disponible chez:

Selon Martin Gignac
5 juillet 2009

Denis Côté est le cinéaste québécois le plus prolifique de la dernière demi décennie. Presque une année ne passe sans que du nouveau matériel ne prenne l'affiche. Après son excellent Les états nordiques, son intrigant Nos vies privées et en attendant que son pertinent Carcasses arrive en format DVD, place à l'obsédant "Elle veut le chaos".

Dans un coin perdu, Coralie (Ève Duranceau) ne prend pas bien le départ de sa mère. Ni son père (Normand Lévesque) ni ce visiteur du passé (Laurent Lucas) n'arrivent à lui changer correctement les idées. Près de chez eux, une organisation criminelle est en pleine redéfinition. Le Boss (Réjean Lefrançois) continue d'avoir de l'influence sur un de ses membres (Olivier Aubin), mais le plus récalcitrant (Nicolas Canuel) n'en fait qu'à sa tête.

Cette histoire au demeurant simple s'apparente au western contemplatif. Il ne s'y passe presque rien, les dialogues sont réduits au strict minimum, les interventions demeurent décalées, il y a de belles lenteurs et un rythme qui permet de réellement ressentir le temps qui passe. Bref, c'est du Denis Côté tout craché! Comme d'habitude, le spectateur adhéra ou non à l'entreprise, et celui qui le fait - non sans mal, car le récit s'échelonne sur 105 minutes - sera le premier à être récompensé. Il faut avouer que ce style de traitement est rare au cinéma québécois. La façon dont le metteur en scène place sa caméra est unique et ce qui aurait pu être qu'un exercice de style un peu vide est sauvé in extremis par un humour salvateur, des thèmes qui se dévoilent tardivement et une interprétation dans le ton. Dans le rôle principal, Ève Duranceau montre une belle sensibilité, et les promesses affichées dans le sublime Dans les villes de Catherine Martin ne font que se confirmer.

Un des grands avantages de ce petit long-métrage qui a fait la route des festivals est sa sublime photographie. Le noir et blanc granuleux est majestueux, pouvant rappeler celui de Bela Tarr et, surtout, Jim Jarmusch. Ce travail sur les ombres et l'atmosphère donne un côté à la fois poétique et animal à l'ensemble. Dommage que la qualité vidéo ne soit pas toujours à la hauteur et que du fâcheux blocage s'affiche régulièrement. En contrepartie, la définition des contours et les contrastes ne manquent pas de personnalité. La musique, extrêmement rare, se limite à une performance chantée et une excellente mélodie de Christophe en fin de parcours. La piste sonore francophone est timide, principalement utilisée pour rendre claire et palpable les quelques dialogues. D'intéressants sous-titres blancs en anglais ou en français sont disponibles pour les gens qui en ressentent le besoin.

L'exquise pochette sombre montre une fille qui semble perdue dans ses cheveux. Très original! Beaucoup plus que le menu principal du DVD qui ne fait que reprendre ce concept classique et sans musique. Les suppléments regroupent une bande-annonce originale, quelques scènes ratées qui mettent en vedette un chien qui ne répond pas toujours aux directives appropriées, et le court-métrage pratiquement muet "Maïte" sur le banal quotidien d'une adolescente.

"Elle veut le chaos" a beaucoup plus en commun avec le cinéma européen qu'américain. Même si les influences sont parfois un peu évidentes et que les ruptures de ton s'avèrent nombreuses, le cinéphile sera ravi d'atterrir dans cet univers insolite et parfois déconcertant à mille lieues de son train-train quotidien. Dépaysement total.


Cotes

Film6
Présentation4
Suppléments3
Vidéo6
Audio6