"Empire" est une gigantesque entreprise de 33 millions de dollars mise sur pied par le réseau ABC dans l'espoir de concurrencer Rome, l'autre nouvelle série épique, celle-là produite par HBO. L'action des deux séries se situe dans la Rome Antique de Jules César. "Empire" devait coûter au départ 50 millions de dollars et s'étaler sur huit épisodes, mais des compressions budgétaires ont obligé les producteurs à réduire la machine. La série compte finalement six épisodes de 60 minutes. La version DVD offre naturellement des scènes coupées au montage, ce qui étire un peu la sauce.
D'entrée de jeu, il faut avertir les historiens et les passionnés d'histoire: cette série n'est pas pour vous, car vous n'en finirez plus de grincer des dents à son écoute. Les libertés prises avec l'histoire par les scénaristes frôlent l'indécence. Gladiator est un documentaire comparé à cette série. Mais bon, pour les amateurs de sensations fortes et ceux qui aiment bien les récits d'aventures à saveur historique, il faut avouer que le spectacle offert n'est pas mauvais. On est toutefois très loin des séries historiques de qualité produites autrefois par la BBC (on rechercherait en vain un point de comparaison entre "Empire" et l'extraordinaire I, Claudius, par exemple.) "Empire" est d'abord et avant tout un divertissement, et c'est ainsi qu'il faut l'aborder.
Tout dans "Empire" est à la mode. Le scénario, les effets spéciaux, le jeu des comédiens, tout fait très XXIe siècle, ce qui à mon avis cadre mal avec l'époque décrite dans la série. On n'a pas vraiment eu le souci de recréer fidèlement une époque. La série est truffée d'anachronismes et d'erreurs de reconstitution. En fait, bien que je semble déprécier la série en faisant ces remarques, il n'en est rien. Je vise seulement à cibler le véritable public de cette fresque. Pour apprécier "Empire" à sa juste valeur, il faut prendre la série pour ce qu'elle est: une série d'aventures.
Et là, il faut avouer que l'on est servi. Les six épisodes sont tous fort bien nantis en intrigues de toutes sortes. Trahisons, meurtres, complots, tout dans le scénario concourt à tenir le spectateur en haleine. La série débute avec l'assassinat de Jules César par les sénateurs Brutus et Cassius. Avant de mourir, César agonisant (comme si ses ennemis avaient pu abandonner son cadavre sans s'assurer de sa mort...) confie à un gladiateur qu'il a jadis affranchi, la protection de son neveu Octavius. C'est à ce même gladiateur qu'il annonce son intention de faire d'Octavius son successeur. Les assassins de César, de même que celui qui se croyait destiné à lui succéder, Marc-Antoine, se mettent donc à la poursuite d'Octavius dans l'intention de le tuer. Tyrannus, le gladiateur (personnage fictif), accompagne le jeune homme dans sa fuite. Il en profite également pour lui apprendre à se défendre. Sous l'égide de Tyrannus, Octavius change et devient peu à peu un homme. Les circonstances (et les nombreuses ramifications du scénario) séparent momentanément les deux hommes mais ils se retrouvent juste à temps pour le final spectaculaire: le couronnement d'Octavius. L'inévitable histoire d'amour de toute bonne série qui se respecte, se vit ici entre Octavius et Camane, une vestale.
Visuellement, "Empire" est presque irréprochable. La série a été tournée en Italie et certains plans coupent littéralement le souffle. Bien que tournée pour la télévision, cette œuvre s'apparente à un véritable long métrage et en possède certainement les qualités techniques. Un intéressant petit documentaire offert en supplément, et qui s'intitule "Empire: Before and After" nous montre d'ailleurs le processus de création des images. On nous présente une scène comme elle a été filmée, puis on nous la représente avec les ajouts faits à l'aide de l'informatique. Il faut avouer que les résultats sont étonnants. En guise de supplément, on nous offre également un autre documentaire d'une dizaine de minutes réalisé sur les lieux de tournage de la série. On y voit de courtes entrevues réalisées auprès des acteurs, du scénariste et des réalisateurs. Ce petit film est sympathique, mais quand même un peu court, quand on pense que le tournage de la série s'est étiré sur plus d'un an et demi.
La réalisation de la série est vigoureuse. On abuse toutefois de certains procédés (le ralenti par exemple), ce qui peut certainement agacer. L'interprétation est correcte, mais sans plus. La plus grosse erreur de ce casting est sans conteste l'engagement de Santiago Cabrera pour le rôle d'Octavius. Il est très difficile de croire que ce jeune homme frêle et sans charisme deviendra le maître de Rome. Par contre, Jonathan Frake dans le rôle de Tyrannus, rend bien l'héroïsme de son personnage. Si Vincent Regan donne une bonne prestation dans le rôle de Marc-Antoine, Colm Feore est moins à l'aise dans le rôle écrasant de Jules César. Il se débrouillait pas mal mieux dans le rôle de Pierre Trudeau.
La présentation du DVD est très bien. Le boîtier est recouvert d'une pochette en relief qui ajoute de la valeur au produit. Les images et le son sont très bien rendus. Comme je l'ai mentionné plus haut, l'édition DVD inclut plusieurs scènes inédites. Le produit offert ici est d'une très grande qualité.
"Empire" ne révolutionne pas l'histoire de la télévision comme ses producteurs l'avaient certainement souhaité. De meilleures séries historiques, il s'en est fait plusieurs par le passé. Mais il faut avouer que l'écoute de cette série n'est pas désagréable et nous fait passer, somme toute, un très bon moment.
| Film | 7 |
| Présentation | 9 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |