La série de livres relatant les aventures du Capitaine Alatriste, un soldat espagnol du 17e siècle, connaît un succès mondial phénoménal depuis la parution du premier volume il y a une quinzaine d'années. Il faut dire que contrairement à beaucoup de récits romanesques qui inondent les librairies depuis quelque temps, les romans écrits par l'Espagnol Arturo Perez-Reverte possèdent un vrai style littéraire rappelant les écrits de grands romanciers du genre comme Alexandre Dumas ou Louis Stevenson. De voir le personnage d'Alatriste prendre forme dans une saga cinématographique ne pouvait donc que réjouir les amateurs de la série de livres. D'autant plus que ce long-métrage à grand déploiement s'avère être l'un des plus couteux de l'histoire du cinéma espagnol.
Or, le réalisateur et les scénaristes ont eu la TRÈS mauvaise idée de vouloir englober les cinq premiers tomes des histoires du Capitaine (Capitaine Alatriste, Les bûchers de Bocanegra, Le soleil de Breda, L'or du roi et Le gentilhomme au pourpoint jaune) dans un film de moins de deux heures et demi. Il est vrai que la magie des livres tient autant au langage fascinant employé dans le texte qu'aux aventures à proprement parler du Capitaine et de ses amis, mais en voulant couvrir trop d'action et de péripéties, on se perd totalement dans l'histoire et on oublie de développer les personnages et les relations qu'ils entretiennent... ce qui est aussi une clef du succès des romans. Ainsi, dans le film, on ne comprend pas très bien l'importance du lien unissant le narrateur, le jeune Inigo Balboa, au Capitaine, ni l'amitié de celui-ci avec le poète séditieux Luis Quevada, ni les liens politiques complexes et les alliances et corruptions au sein de la cour d'Espagne. On ne fait que survoler tout cela et non seulement les spectateurs restent perplexes et perdus dans le récit - même ceux qui auront lu les livres - mais en plus il ne semble y avoir aucun lien de continuité entre les diverses séquences. Comme si on avait tourné le tout avec une multitude de réalisateurs et d'équipe techniques et qu'on avait ensuite mis le tout bout à bout.
J'avoue même avoir cru qu'originellement "Capitaine Alatriste" était une minisérie pour la télé espagnole qu'on aurait amputée de dizaines et dizaines de minutes, question d'en permettre une distribution internationale en salles. Mais il n'en est rien. Ce que je soupçonne par contre, c'est qu'on ait coupé et coupé au montage soit parce que le rythme était trop lent ou soit pour rendre le tout d'une durée acceptable pour un public moyen. Peu importe, le résultat est désastreux et sans intérêt. Peut-être un jour aura-t-on le droit à la version longue du réalisateur et alors tout prendra forme, mais pour l'instant on doit se contenter de ce montage et déprimer un bon coup.
Il est assez ardu de résumer le film tellement il s'agît d'épisodes décousus. Ce que je pourrais en dire c'est que ça raconte l'histoire d'un soldat de l'armée espagnole (Viggo Mortensen, question de donner un panache international au film) qui grâce à son courage lors de la guerre contre les protestants flamands tombe dans les bonnes grâces d'un duc puis se retrouve mêlé peu à peu aux intrigues de la cour. Entre temps il doit veiller sur le fils d'un de ses amis tombé au combat.
Les qualités d'image et de son du film sont par contre très bonnes. Une chaleur des tons ocres et des nuances de gris, une forte présence des couleurs ainsi que des détails précis et des contours nets agrémentent l'image. Ceci combiné avec une piste audio vivante et chaleureuse, bien remplie et dynamique nous aurait permit un visionnement plaisant si le scénario avait été à la hauteur. Il n'y a pas de supplément sur ce DVD.
| Film | 6 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 8 |