Carlos: The Jackal
2-DVD Limited Edition
Métropole Films Distribution / Mongrel Media

Réalisateur: Olivier Assayas
Année: 2010
Classification: 18A
Durée: 330 minutes
Ratio: 2.40:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français / Alemand / Anglais, Espagnol, Arabe (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 2 (DVD-9)
Code barres (CUP): 629159045757

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Sébastien Cassou
14 avril 2011

Dans les années 70, à une époque ou les grands médias étaient encore relativement objectifs et pouvaient se permettre de présenter les deux côtés de la médaille dans les questions politiques et sociales, c'est-à-dire bien avant qu'ils ne deviennent des instruments des intérêts corporatifs nous vendant - et ventant - la pensée unique (il y a quelques exceptions qui résistent encore tout de même ; ) ), certains événements terroristes et leurs instigateurs jouissaient d'une aura qui les rendaient presque sympathiques aux yeux du public. Surtout si ces gestes violents appuyaient des idéaux de justice sociale et d'équité que beaucoup partageaient à l'époque.

Maintenant, trois ou quatre décennies plus tard, presque tout le monde se fout de la misère de ses voisins - ou ne compatit, mais ne fait rien pour essayer d'y remédier - et les gens désespérés qui posent des bombes ou lancent des pierres sont automatiquement classés comme terroristes et "méchants" et doivent être éliminés pour cause de menace à la sécurité. Loin de moi l'idée de faire l'apologie du terrorisme, mais il me semble qu'un peu de profondeur de la part de nos médias grand public dans l'analyse des causes menant à de tels actes et des situations économiques, sociales et politiques qui les rendent possibles aiderait sûrement à nuancer notre compréhension et permettrait peut-être même de rectifier certaines injustices flagrantes qui à leur tour réduiraient le besoin de certains de tuer pour se faire entendre. Oui il y aura toujours des illuminés qui croient que la violence fait avancer leur cause, mais un bon nombre des terroristes me semblent plus être des gens désespérés que des fous.

Bon, trêve de bavardage et venant en au film qui m'a inspiré cette dérive éditorialiste: "Carlos" d'Olivier Assayas. Cette longue fresque de cinq heures et demie en trois parties retrace le parcours professionnel de la star des terroristes, Ilich Ramirez Sanchez, le Vénézuélien connu sous le nom de Carlos ou du Chacal. Pendant deux décennies, cet homme qui défendait la cause marxiste-léniniste et qui servait de force de frappe au bras armé de la révolution palestinienne maintint le monde dans un état de peur tout en flirtant avec les médias.

Le film d'Assayas (qui existe aussi en version courte de trois heures, celle qui fut présentée au cinéma, malheureusement pour l'instant disponible seulement sur le DVD qui accompagne la version Blu-ray du film) suit le jeune Vénézuélien (Edgar Ramirez) de ses débuts comme assassin politique jusqu'à sa montée comme chef de son propre groupe et à sa chute coïncidant avec la fin du communisme. Peu de temps mort dans cette longue fresque et peu de répit pour cet homme d'action et de convictions, imbu de lui-même et aimant les femmes à la folie. Le réalisateur a su maintenir la tension tout au long, le comédien a su donner au personnage un côté humain qui nous le rend à la fois sympathique et antipathique. En fait plus les années avancent et plus il est évident que la grande révolution socialiste mondiale n'aboutira pas et moins Carlos se bat pour des idéaux qu'on peut comprendre. Un de ses ex-amis lui fait même remarquer vers la fin qu'il n'est plus qu'une farce aux yeux du monde et que sa gloire est loin derrière.

Mais malgré les hauts et les bas de sa carrière, le film reste totalement captivant et ma foi presque informatif. On y apprend la vie dans une cellule terroriste, la tension constante, les alliances politiques qui changent, les sacrifices et les trahisons. Chaque attentat, ses préparatifs, son exécution et les tensions et négociations qui s'ensuivent nous gardent sur le bout de notre chaise. Certains trouveront peut-être le tout un peu long, mais ceux qui s'intéressent à la politique internationale seront ravis par cette brillante œuvre. Seule ombre au tableau, la musique rock et pop en anglais qui ne se marie pas vraiment bien avec le style du film. Mais rendu là, c'est bien peu de chose.

En complément, je ne peux que vous suggérer un documentaire de Barbet Schroeder sorti il y a quelques années intitulé L'avocat de la terreur qui raconte la vie de Jacques Vergès qui fut l'avocat de Carlos lors de son arrestation. En plus de consacrer une partie du film à leur relation professionnelle et personnelle, ce documentaire jette un excellent regard sur l'ambiguïté morale des criminels qui ont usé de violence pour faire valoir leurs idéaux politiques.

Visuellement, le transfert est assez impeccable avec une bonne reproduction des couleurs et des tons. Le détail est assez bien et les contours sont nettement définis. Pour l'audio, le son est bien chaleureux avec une profondeur adéquate et une belle balance des fréquences. Pour ceux qui peuvent se le permettre, je conseille la version originale polyglotte au lieu du doublage français. La tension et le réalisme sont encore plus frappants quand chacun s'exprime dans sa langue. En suppléments, on retrouve une revuette sur le tournage.


Cotes

Film8
Présentation8
Suppléments7
Vidéo8
Audio8